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L’armée débarque dans les paradis fiscaux

Publié le 24 juillet 2012 par Fabien Major @fabienmajor

débarquementLe 24 juillet 2012 va passer à l’histoire. C’est à 4 heures 50 (locale) que l’attaque simultanée a eu lieu. L’opération Tan Spectre, a bénéficié d’une force armée comptant plus de 15 000 militaires et policiers. Ils ont mené une intervention surprise dans 7 paradis fiscaux considérés comme étant les plus grands refuges financiers de criminels, terroristes et de fraudeurs boursiers et fiscaux.

Les citoyens des Bahamas, des îles Caïmans, des Bermudes, de Monaco, d’Andorre, de la Suisse, et du Liechtenstein n’en ont pas cru leurs yeux au petit matin. Les institutions financières de leurs pays ont été mises sous séquestre. Toutes, sans exception. Des militaires ont tenu les politiciens à l’écart et procédé à plus de 400 arrestations. Avocats, fiscalistes et banquiers d’affaires ont été tirés de leur sommeil et embarqués dans des fourgons cellulaires.

L’Interpol, l’ONU, L’OCDE, la SEC, et les organismes d’autorités des marchés financiers (AMF) de plus d’une vingtaine de pays ont été mis à contribution. Depuis 2008, une vaste enquête d’Interpol a été menée dans la plus grande discrétion. Dès 2003, des menaces sérieuses pesaient sur les grandes places financières mondiales. Les avertissements fusaient de partout et pointaient du doigt autant les grands fonds de couverture (Hedgefunds), les banques d’affaires, que les paradis fiscaux.

abordage
La spéculation débridée, la complexité des produits dérivés, et de grandes arnaques orchestrées à partir des capitales offshore ont conduit selon le commandant Frank Hofzerekordd, à l’effondrement de Wall Street en 2008. Les saisis et gels bancaires totalisent selon l’enquêteur, à 21 000 milliards de dollars américains. Du coup, le point de passage annuel de plus de 600 milliards vient de se faire barrer.

filion
Autant dans le passé, on avait tablé sur la solidité des Deutshe Bank, Citigroup, Société Générale, Credit Suisse, Merril Lynch, Lehman Brothers et autres, qu’en 2008, il a fallu se rendre à l’évidence. Les grandes organisations financières ont institutionnalisé l’évasion fiscale et l’opacité des transactions boursières. Parfois les mêmes spécialistes chargés de la conformité des transactions secondaient les grandes fortunes et criminels en tous genres dans les rudiments du blanchiment d’argent. Depuis 2008, on voyait bien que les pays européens avaient déclaré la guerre aux paradis fiscaux, mais on était loin de se douter qu’ils étaient sérieux. Le 26 octobre 2008, le premier ministre français de l’époque François Filion a déclaré devant l’Assemblée nationale : «Des trous noirs comme les centres offshore ne doivent plus exister. Leur disparition doit préluder à une refondation du système financier international». Visiblement, il a été entendu.

La Suisse réclame immédiatement l’arrêt des procédures. Dans la Principauté de Monaco, les Rainier crient au scandale et comparent le geste à un coup d’État sanglant. On comprend maintenant un peu mieux le scandale Madoff, mis au jour justement par la même escouade internationale. Ce cas ne serait pas unique. La collaboration d’anciens banquiers déchus, de milliardaires ruinés et de centaines d’employés récemment mis à pied à Wall Street et à la City de Londres, a permis ce coup de filet historique. Il semblerait que l’ampleur du scandale du LIBOR et plus récemment l’implication formelle de la HSBC dans le blanchiment d’argent au bénéfice du cartel Mexicain et de l’Iran a convaincu Barak Obama de collaborer pleinement.

Dès demain, on s’attend à des centaines d’arrestations supplémentaires et de mises en garde à vue dans tous les pays du G-20. Je m’attends à de nombreuses démissions politiques. Le financement occulte de certains partis (autant en Amérique, qu’en Asie et en Europe) ne fait pas de doute. La complaisance, le laxisme et la complicité politique ont permis aux paradis fiscaux de s’organiser et surtout de croître en toute tranquillité, jusqu’à maintenant. 21 000 milliards semblent un joli butin de guerre. Mais, il ne renfloue qu’en partie la destruction de richesse de 30 000 milliards subie par les bourses mondiales depuis 2008.

Si vous trouvez que c’est trop beau pour être vrai. Vous avez raison.

J’ai imaginé ce scénario en 2009. Mais malheureusement, 3 ans plus tard rien de tout cela ou même une petite taloche n’est venu inquiéter les paradis fiscaux. J’ai ramené ce texte au goût du jour en lisant les conclusions de la dernière études de TJN. L’organisme Tax Justice Network affirme que les paradis fiscaux ne cessent de croître. On estime maintenant  au minimum à 21 000 MILLIARDS de dollars la somme totale des actifs qui échappent à l’impôt dans leur pays respectif. Le plus effrayant de l’analyse c’est que seulement 92 000 personnes sont propriétaires de ce magot. Dans une évaluation supérieure, le montant pourrait atteindre 32 000 milliards. Avant de prétendre que c’est de foutaise, sachez que ces chiffres s’appuient sur les données publiques des banques! « Les 50 premières banques destinées aux clients fortunés ont collectivement géré en 2010 plus de 12 100 milliards de dollars dans des investissements transfrontaliers (contre 5400 milliards en 2006), via notamment des trusts qui permettent de dissimuler le nom du bénéficiaire réel de ces placements ». A cela, il faut ajouter les plus petites banques ET les sociétés d’investissement qui n’ont pas de structure bancaire et TOUTES celles qui ne publient RIEN car elles sont privées. Vous comprenez mieux pourquoi l’Europe s’écroule sous les dettes et que nos hôpitaux, écoles, institutions et infrastructures manquent cruellement de ressources!

21 000 milliards. Vous trouvez ça énorme? Ça l’est, mais cela ne tient pas compte des avoirs physiques, comme les oeuvres d’art, les bijoux, collections ou les biens immobiliers. Ce n’est pas demain qu’on va défaire cette passoire bicentenaire. Permettez-moi  quand même de rêver.


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