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Violence FM interview

Publié le 27 août 2012 par Hartzine

Violence FM interview

Fidèles oreilles des sous-labels cachés derrière le générique Skylax(à commencer par les Wax Classics), Hartzine n’a pas manqué de noter la création d’une nouvelle franchise à l’identité programmatique : Stay Underground It Pays. Première surprise, la release inaugurale du label est signée Violence FM. Peu de choses transparaissent quant aux parcours, affinités et projets du producteur parisien. À peine savons-nous qu’il produit depuis 1994 une musique duale, dure dans ses structures et plutôt deep dans ses tonalités, écrite sur tout un tas de supports et sortie sur des labels n’ayant rien à voir entre eux (de Mathematics à Premier Sang). Une sorte de secret bien gardé.

C’est un peu une surprise de te retrouver signé sur une sous-division de Skylax. Au final, dis-moi si je me trompe, mais rien que le nom de la division en question semble bien correspondre à ta musique ?

Le label en question, Stay Underground It Pays, m’a offert l’opportunité de sortir trois compositions inédites, annonçant un album dans la continuité de l’EP To Live And Die. Le sublabel est émergent et a été pensé pour proposer une alternative au label Skylax, aux releases prolifiques. Le nom sonne bien, mais c’est avant tout une rencontre avec Joseph de Skylax qui m’a contacté il y a deux ans déjà.

Tu t’étais fait connaître par une sortie sur Mathematics ; le tracklisting de la compilation reste un peu énigmatique pour moi. Y était indiqué « IBM presents Violence FM« . Je n’ai jamais trop compris le sens de cette formulation ; peux-tu nous éclairer là-dessus ?

En ce qui concerne le tracklisting effectivement les morceaux et les artistes sont très différents. J’aurais voulu faire un EP quatre titres mais cela n’a pas pris. Quant à IBM, c’est un projet électro-indus de Chicago réunissant Steve Poindexter, boss du label Muzique et Jamal Moss Hieroglyphic Being.

Deux ans après tu sortais un EP sur Premier Sang dans une veine plus deep. Ce label ne touche pas forcément les réseaux de distribution traditionnels de musique électronique. Cela t’a permis de toucher un public différent ? Les mecs de la noise ont eu un avis sur ta musique ?

Normal, je n’ai pas que la culture club. Quant à qui écoute ce disque, qui le passe, je n’en sais que peu de choses. C’est fait pour surgir d’on-ne-sait-où. Hendrick Hegray, qui chapeaute Premier Sang, le distribue lui-même, mais il y a aussi Rough Track à Londres, Juno, les shops à Paris, d’autres en Europe. To Live And Die reste un projet ambitieux. Quant aux mecs de la noise comme tu dis, Hendrick avait craqué sur des démos électro-house. Pour cet EP qu’il voulait sortir tel quel, je l’ai emmerdé jusqu’à la fin pour obtenir un résultat encore plus juste, je voulais qu’il tende vers une certaine perfection. J’ai pu faire des live dans des lieux remplis à chaque fois, et ça vibrait autant derrière le son que dans la salle.

Violence FM interview

À propos de ta musique, j’ai lu que tu parlais de new wave tribale. Ça veut dire quoi ? Gros synthé d’un coté et patterns de 909 de l’autre ?

La new wave pour moi c’est quelque chose de fin, c’est un esprit mélancolique et exalté.
Direction tribale : musique de groupes, de bandes, de clans qui se mêlent au gré des projets où le format court est éclaté, puisant dans l’esprit de transe et d’aventure ; épurées, les mélopées sont répétitives, pleines d’infinies variations au clavier joué comme un groupe de percussions. Quelque soit l’instrument, une batterie, des congas, des tablas, tambourins, clochettes, gamelan, un clavier, une guitare, les mélodies où les attaques dessinent un rythme tonal. Une approche chaude, aventureuse, des patterns rythmiques présents, une énergie qui envoûte, une musique massage, dure et douce à la fois.

À l’instar de producteurs comme Simoncino, ta musique semble trouver son équilibre entre un côté deep hyper exalté et un autre plus raw où la rythmique impose sa stature. Au final il n’y a pas plus de primeur accordée aux synthés qu’à la basse ou au drumkit. Comment travailles-tu à la synergie des instruments que tu utilises ? Tu fais tout par toi-même, de la production au mixage ?

Ce qui constitue l’équilibre d’un morceau tient à peu de choses. Mes prises de son ondulent les unes par rapport aux autres de manière organique. Elles s’emmêlent et s’enchevêtrent. Il s’agit d’un dialogue entre les timbres et les phrases utilisés et pour cela il faut bien entendu être à la source de chaque prise de son, de leur agencement, de leur mixage, tout en gardant l’idée ou en se rapprochant du sentiment à évoquer. Et tout cela sans perdre l’énergie première. Il est nécessaire de tester son son en refaisant les mixages en permanence.

J’ai l’impression qu’il y a un retour en grâce de la deep house et de son versant garage. Les index de sites comme Sound Shelter ne cessent de croître, les rééditions ne cessent d’affluer. Tu jettes un oeil sur la production de tes contemporains ?

Je suis ravi de ces rééditions, surtout pour les acteurs qui à cette époque avaient peu de visibilité et une vraie pertinence avant-gardiste. La musique jetable aura trouvé un public sur le court terme.

Tu produis depuis un petit moment. Ce débat de théoricien autour du rétro (le recyclage d’esthétiques passées et de leurs gimmicks musicaux) qui se généraliserait dans la production culturelle contemporaine touche particulièrement la musique électronique. Te sens-tu concerné par ces questionnements ? Est-ce que l’entrée purement technologique (l’opposition traitement analogique/numérique) de ce débat est la bonne ? N’y a-t-il pas une entrée plus difficile à cerner mais qui concernerait le poids de tous les intermédiaires et médiateurs (institutions, professionnels de la musique, industrie du disque, médias spécialisés…) dans ce mouvement vers le passé ?

Tu parles de retour vers le passé et de futur, la musique va puiser dans l’imaginaire, dans le cosmos, souvent sur terre, tu laisses transparaître une empreinte, un sentiment, une ombre. La vie : hier , au présent, demain. La musique d’hier qui ne trouvait pas son public le trouve aujourd’hui (ou ce sera demain), et le spectre est vaste, il y en a pour tout le monde. De ce côté on crève pas la dalle. Il y a plus d’histoires au passé forcément. En prendre conscience aujourd’hui, les « digérer », c’est une manière d’œuvrer pour demain. Le débat pour moi en musique c’est plutôt l’espace, un truc qui te fait oublier les murs de ton studio, qui les pousse, qui les habille ; pareil pour une salle, un club, un lieu d’expo, architectures sauvages, désert urbain, caravane de l’espace. Le temps est étiré.

« L´héritage culturel »On a toujours utilisé des thèmes, des airs que les musiciens s’échangent entre eux : c’est culturel, traditionnel, c’est un moyen d’apprendre et d’avancer. Les artistes disposent d’un terreau à mixer et à interpréter. Tu peux vouloir coller à un genre, mais si tu n’es pas impliqué à la source, si t’as pas vécu ce que cette musique véhicule ou que tu ne l’as pas comprise, si tu n’es pas dans le cosmos musical, il y a de fortes chances pour que cela sonne fake ou raté. Je hais l’opportunisme.

Après peu importent les outils utilisés, l’instrument humain qui les orchestre est un filtre, une éponge, absorbant et assimilant, le processus peut être long, le tamisage obtenu après une longue pratique propose ainsi un angle singulier, un espace de liberté, une esthétique personnelle, une épure.

Ton disque qui va sortir peut être le seul, ou le dernier, il faut tout donner, c’est un voyage où l’improvisation est soutenue par des bases plus ou moins stables. Tu peux aussi être équilibriste voir funambule, c’est pas mal aussi.

Je me moque de savoir si une musique à deux mille ans (qui possède les bandes ?) ou a été enregistrée hier à 22h30 et selon quel process. J’écoute de tout, j’aime quand c’est habité. Je cherche et je choisis des disques qui me semblent avoir un angle ou une approche originale, qui me font danser, pleurer, qui rendent heureux, qui m’accompagnent dans les instants de vie, que je pense ou non partager.

Mouvement vers le passé ? : « le grand inventaire »

Une ironie inouïe marque le fait que les mecs de Détroit essayaient de produire le son du futur avec du matos analogique alors que les producteurs de 2012 tentent de reproduire le son du passé avec du matos numérique. As-tu écouté des trucs ces derniers temps qui t’ont fait penser au futur de la musique ?

Pour finir je cite volontiers Igor Bogdanov, un extrait de l’émission Temps X :

« Nous vivons tous dans le temps réel. Lorsque j’ai rendez-vous avec quelqu’un quelque part, je dois disposer du lieu et de l’horaire. Je dois me rendre dans un endroit selon trois coordonnées de l’espace. C’est le premier trio qui fonde l’espace-temps. »

À partir de là on ne peut pas accélérer son voyage dans l’espace-temps puisque nous nous déplaçons tous à la même vitesse de soixante minutes à l’heure du passé vers l’avenir en passant par le présent. Cette contrainte existe pour chacun d’entre nous qui sommes plongés dans le temps réel. Or il reste un autre temps qui a été préfiguré par Poincarré au XIXème siècle qui fut un des premiers à s’approcher de ce qu’il appelle le temps imaginaire. Alors qu’est-ce que c’est ? Et bien le temps imaginaire ne passe plus. Il faut imaginer, justement, que vous êtes plongé dans un univers qui n’a plus de passé plus de futur qui serait plongé dans un perpétuel présent. Ça c’est le temps imaginaire ».

Merci à Julien, Antoine, Gilles, Olivia, Hendrick, Sylvain, Nat, Audrey, Anna, Olivier, Joseph, mes parents, mes frères, les disquaires, label, la bande de Boulogne Sud et tous ceux et celles que je n’ai pas cités car la liste est sans fin.

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