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Un bonjour du Piémont et une idée à creuser

Par Mauss

Temps magnifique au Piémont avec des visites chez Sandrone, Voerzio, Vajra et Burlotto. Demain, à Barbaresco avant de partir pour la Toscane, au festival de musique de ColleMassari qui devient, dans ce domaine, un événement majeur.

Les vendanges en rouge commenceront tranquillement d'ici dix jours, alors que pour les blancs, c'est en cours. Il y a tellement plu cet hiver que l'eau n'a pas manqué pendant cette période d'août où, comme ailleurs, on a connu un temps sec de sec, sans dommage pour la vigne… à l'exception des grèles qui ont frappé ici ou là, notamment sur les dolcetto de Luciano Sandrone. Ses baroli n'ont pas été touchés : heureusement !

On ne dira jamais assez la qualité exceptionnelle des vignerons piémontais qui savent recevoir avec une élégante simplicité, parlent plus des autres que d'eux-mêmes, alors qu'on a de plus en plus le souci des incertitudes économiques qui touchent tous les vignobles européens. Ne pas oublier, que dans ces collines abruptes, un beau domaine sérieux arrive maintenant à un coût moyen à la bouteille qui navigue entre € 18 et € 22 ! Ce n'est pas rien ! Pour des prix de vente qui n'ont guère changé, ici on me cite que maintenant, pour le même volume de production, depuis un peu plus de dix ans, on a dû doubler le personnel, surtout administratif tant les administrations prennent un malin plaisir à compliquer la vie de ces vignerons. Italie et France, même combat ?

Pour l'Italie, les ventes aux USA ont fléchi sensiblement, et la pénétration des marchés asiatiques (où l'Italie a pris un sévère retard) ne fait que commencer. Même un ténor comme Roberto Voerzio, qui n'a pas connu l'avion pendant des décennies, prend maintenant son bâton de pèlerin pour porter la bonne parole ici et là. C'est dire !

Mon passage ici est motivé par le souhait d'organiser à Villa d'Este un superbe dîner où ne seront servis que des vins de cette région fascinante. Des blancs, des rouges, des doux "frisante". Le propos ne sera surtout pas de susciter des comparaisons qui n'ont pas lieu d'être dans le contexte du WWS, mais bien plus de montrer, avec un représentant de chaque appellation (dolcetto, barbera, nebbiolo d'alba, barbaresco, barolo : pour les rouges - et pour les blancs : arneis, riesling (oui, oui) et autres crus bien plus rares dans cette couleur) les multiples variétés proposées aux amateurs que nous sommes. Un moscato d'asti en finale, naturellement.

L'accueil est plus que positif, et j'ai bon espoir d'aboutir à une sélection de haut niveau. Merci d'avance à tous ces producteurs piémontais qui seront là un soutien majeur.Côté truffes blanches : par manque récent de pluies, ça sera rarissime avec, comme conséquence, que bien des truffes d'ailleurs viendront se faire baptiser "d'alba" : combinazione !

Ici, comme ailleurs, les producteurs sont de plus en plus obligés, pour rester "sous le radar", de s'impliquer dans des manifestations de qualité et j'apprends ainsi qu'au Grand Tasting de B+D, ils sont prêts à s'y inscrire, quand bien même ils savent que les places sont étroites et limitées. Si vous êtes parisien fin novembre, ne manquez pas cet événement majeur qui devrait connaître également une édition londonienne. Pas sûr que les zozos de Decanter apprécient comme Marvin Shanken qui a dû lever le sourcil quand les bordelais ont voulu organiser une telle manifestation (annulée depuis) à NYC. Va falloir du doigté, de la persuasion et cet esprit gaulois qui ne manque pas à Desseauve :-)

Ce soir, logement à la Locanda de la Ciau del Tornavento (Treiso) qui est tout bonnement superbe. Chambres magnifiques, à prix quasi cadeau pour la qualité des prestations, et surtout la cuisine de Maurilio Garolla qui reste une référence incontournable ici près d'Alba. Bref, le Piémont du vin, des collines, de la gastronomie est une bonne approche du Paradis que méritent les amateurs que nous sommes, païens ou autres. La Majesté de l'éventuel au-delà ne peut pas ne pas prendre en considération cet aspect de nos vies terrestres. Il fallait que cela soit dit.

UNE IDEE A CREUSER

Comme d'habitude, on discute des GUIDES, ces ouvrages où, bon an mal an, des critiques-journalistes donnent des notes en fonction de connaissances, d'humeurs, de préférences qui peuvent varier considérablement en fonction de critères pas toujours avoués, peu ou pas expliqués ou sujets à des contingences pouvant, c'est selon, être bénéfiques ou non pour ces producteurs qui triment une pleine année pour lire des chiffres ou quelques étoiles distribués sans pouvoir contester. Dur métier que celui de vigneron ! Quels autres métiers sont-ils ainsi dépendants d'autrui ?

Donc, la discussion porte sur les méthodes de cotation.

L'idée à creuser est la suivante. De plus en plus de GUIDES se font envoyer des échantillons et certains ont l'élégance de lister ceux qui n'acceptent pas ces envois gratuits quand d'autres tournent le problème en achetant ces vins. Soyons clairs : pour la vaste majorité d'entre eux, ils n'ont pas de budget suffisant pour cela.

On ajoute à cette évolution le fait - sans que ce soit une généralité, c'est évident - que certains domaines n'hésitent pas à préparer pour ces expéditions aux GUIDES, des échantillons "travaillés". On en parle régulièrement à Bordeaux et aussi ici au Piémont.

Concept de l'idée qu'on m'a explicitée ce jour : que les GUIDES achètent les vins auprès de négociants/importateurs/cavistes et viennent se faire rembourser, sur reçus, à la propriété de vignerons ayant donné préalablement leur OK à cette formule.

Sûr, voilà un travail supplémentaire pour une secrétaire, un budget à trouver et quelques recherches pas évidentes à mener rondement. Mais une idée à creuser.

Et, pour ma paroisse, évidemment, l'engagement de ces GUIDES  à noter le contenu et non pas l'étiquette. Là, on le sait, je rêve gravissime !

On va me tomber dessus de tous les côtés avec des tas d'arguments dont certains seront probablement sérieux : il n'empêche ! Devant la relative chute des ventes de ces GUIDES, il n'est que temps pour les éditeurs de donner aux lecteurs quelques nouveaux principes pouvant atténuer ces défauts qui entachent un tantinet ce qui est imprimé.

Un Freisa Kyé de Vajra ce soir : c'est-y pas un beau choix pour un vagabond de passage ?


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