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Deuxième Guerre mondiale : "Opération Barbarossa", de Hans SEIDLER

Par Theatrum Belli @TheatrumBelli

"J'ai tenu à m'adresser à vous ce soir parce que nous avons atteint un des tournants cruciaux de la guerre". L'homme qui s'exprime ainsi au micro de la BBC, en ce 22 juin 1941, c'est Winston Churchill. 153 divisions de l'Axe viennent d'attaquer l'Union soviétique et le Premier ministre britannique, comme nombre d'observateurs de l'époque, sait que l'avenir du monde se joue dorénavant en Russie.

La plus grande force d'invasion terrestre de tous les temps - plus de 3 millions de soldats allemands et 650.000 troupes alliées, des milliers de blindés et d'avions - a été assemblée et lancée sur un front long de près de 3.000 kilomètres. Ce gigantisme fait de "Barbarossa" une opération militaire sans équivalent. Mais s'il s'agit d'une date capitale - peut-être la plus importante de la Seconde Guerre mondiale -, c'est parce que cette invasion va dresser contre l'Allemagne nazie le « géant » russe et ses 29 millions de soldats : la lutte à mort entre la Wehrmacht et l'Armée rouge, commencée avec l'opération Barbarossa, durera jusqu'au dernier jour de la guerre et mènera l'Allemagne nazie à sa ruine (plus de 80% des pertes totales alle mandes de la Seconde Guerre mondiale se sont produites sur le front de l'Est).


D'une importance capitale, Barbarossa demeure pourtant assez méconnue en comparaison d'autres  opérations militaires comme l'attaque japonaise de Pearl Harbor ou le Débarquement par exemple. Les livres sur le sujet sont rares, et la date même - le 22 juin 1941 - reste bien moins célèbre que le 18 juin 1940 ou le 6 juin 1944. Ce soixante-dixième anniversaire est donc l'occasion de s'intéresser à nouveau à cette campagne militaire titanesque aux conséquences colossales. Ces étonnantes photos prises par des soldats allemands anonymes apportent un éclairage nouveau sur cette opération. Elles permettent de mieux comprendre son volet militaire et d'appréhender les causes de son échec. Même le non-spécialiste saisit la démesure de l'invasion en découvrant ces colonnes de véhicules, de fantassins ou de cavaliers qui se prolongent à perte de vue. Il n'est pas non plus nécessaire d'être un expert en matière de transport pour comprendre, en voyant ces trains, ces convois, ces chariots et ces roulottes, que mener en campagne une armée aussi nombreuse sur un territoire aussi grand est un cauchemar logistique. Et il est encore plus frappant de constater que la Werhmacht — qui réussit, à force de propagande, à se donner l'image d'une armée ultra-moderne — utilisait encore massivement les chevaux. Des centaines et des centaines de milliers au début de la campagne, et la mortalité fut telle que les Allemands réquisitionnèrent bientôt des bêtes dans toute l'Europe pour les envoyer sur le front de l'Est.

Mais c'est aussi les causes de l'échec de Barbarossa que révèlent ces clichés : voir se répéter, sur les photographies de l'automne 1941, la même scène, encore et toujours, montrant des véhicules prisonniers de la boue, c'est appréhender à quel point l'envahisseur a été freiné par ces pluies qui rendirent les routes impraticables ; et comment ne pas réaliser que le fantassin allemand était condamné en observant sur ces clichés la pauvreté de son équipement pour affronter des températures arctiques : 40 degrés en dessous de zéro.

Néanmoins, si ces photographies offrent un point de vue nouveau et étonnant sur l'aspect militaire de cette campagne de Barbarossa, le lecteur doit garder à l'esprit qu'elles n'offrent évidemment pas une vision complète de la lutte féroce entre l'Allemagne nazie et l'Union soviétique. Elles ne montrent pas tout : la guerre y est bien moins monstrueuse et brutale qu'elle ne l'a été en réalité. Les combats sont lointains, et cela s'explique aisément : lorsqu'ils se retrouvèrent vraiment en danger, ces photographes amateurs durent logiquement se précipiter sur leur arme plutôt que sur leur appareil photo. Mais quelle que soit la guerre, les clichés de véritables combats sont rarissimes.

Les images de cadavres ou de scènes atroces manquent elles aussi. Cette absence relève probablement de deux facteurs : les soldats prirent ces photographies pour montrer et raconter la guerre à leurs proches restés à l'arrière. Dès lors, ils ont certainement évité volontairement de fixer sur la pellicule ce qui était le plus terrifiant et risquait de les inquiéter le plus. Le second facteur est lui postérieur au conflit. Ces documents amateurs n'ont pas été conservés par un organisme officiel, mais par les familles des soldats. Avec le temps, il ne fait pas de doute qu'il s'est opéré un certain écrémage : les clichés les plus choquants étant cachés, détruits ou séparés de leur lot d'origine (avec le risque d'être perdus) par les familles... Si l'on garde ces limites à l'esprit, Opération Barbarossa constitue, pour quiconque s'intéresse à l'histoire des guerres, un témoignage photographique exceptionnel de l'une des plus étonnantes opérations militaires du XXe siècle.

Editions Pierre de Taillac, 216 pages, 24 €

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