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Madonna : Desperate Popstar

Publié le 10 avril 2012 par Exnight
Madonna : Desperate Popstar
Clubbeuse entre 1983 et 1985. Marilyn peroxydée entre 1986 et 1988. Madonne italo-catho entre 1989 et 1990. Prêtresse sado-maso entre 1991 et 1993. Egérie vintage entre 1994 et 1996. Gitane émo en 1998. Cowgirl en 2000. Anti-militariste en 2003. Disco Queen entre 2005 et 2006.
Madonna n'a cessé de renouveler son look, son esthétique, de se réinventer au fil des années et des albums. C'est comme ça qu'elle s'est toujours maintenue au top malgré les jeunettes frappant à la porte. Ces réinventions personnelles, elles sont passées par des stylistes, des directeurs artistiques mais aussi, et surtout, par des producteurs qui ont façonné le son de la Madonne. Nile Rodgers pour le clubbing new-yorkais de "Like A Virgin". Shep Pettibone pour le sado-masochisme de "Erotica". Dallas Austin et Babyface pour le vintage de "Bedtime Stories". William Orbit pour l'émo de "Ray of Light". Mirwais pour "Music" et "American Life". Stuart Price pour le disco de "Confessions On The Dancefloor".
Dans sa jeunesse, elle se contentait d'aller chercher des producteurs pop déjà très en vogue (Nile Rodgers, Shep Pettibone, Dallas Austin). C'était largement suffisant pour assurer les ventes à la tonne. Mais la quarantaine franchie, à la fin des années 90, et après une période d'absence de 4 ans sans album original, la Madonne a eu l'intelligence de devenir musicalement un peu plus "edgy". Quand vous avez toute une flopée de starlettes qui se poussent au portillon pour prendre votre place, vous avez intérêt à bien montrer que vous n'êtes pas une diva vieillissante qui se contente de payer le plus gros producteur actuel à coup de millions de dollars (Mariah Carey, I look at you) mais aussi une artiste exigeante qui sait dénicher les "vrais" talents pour la sublimer elle et la pop-music.
C'est donc ce qu'elle a fait pour son retour en 1998 en dénichant William Orbit, jusque là connu essentiellement comme musicien ambient et son travail de réorchestration electronique de morceaux de musiques classiques. Et ce fut banco ! 20 millions d'albums vendus dans le monde pour "Ray Of Light". Elle n'avait pas connu tel succès depuis "True Blue" en 1986. En 2000, ce fut au tour de Mirwais, producteur français ancien membre du groupe new-wave "Taxi Girl", pour les albums "Music" et "American Life", puis, en 2005, à celui de Stuart Price, producteur multi-facettes et alors peu connu du grand public (Zoot Woman, Les Rythmes Digitales...), qui boucla "Confessions On The Dancefloor".
Et en 2008, patatra, elle fait appel aux Neptunes et à Timbaland pour façonner "Hard Candy". Retour à la case "je prends les plus gros (et chers) producteurs du moment" au lieu de petits nouveaux. Sauf que les plus gros producteurs du moment, ils ont enchaîné, avant elle, la production des albums de Justin Timberlake, Missy Elliot, Snoop Dogg, Nelly Furtado et des dizaines d'autres artistes qui ont trusté les charts mondiaux pendant plus de 10 ans. L'inspiration n'est plus vraiment là, Madge prend les restes et l'album, artistiquement et commercialement, se plante - en beauté.
Pourtant, la leçon n'a pas l'air d'avoir été retenue. Sur son dernier album en date, MDNA, on trouve le rescapé des années 90 Benny Benassi, son ancien comparse Orbit et le nabot français Martin Solveig. J'ai eu beau cherché l'originalité, je l'ai à peine trouvé - dans certains titres de William Orbit peut-être (Gang Bang, Masterpiece, Love Spent). Mais on est loin de "Ray Of Light" ou de "Music" quand Madge imposait le son pop du moment. Là, elle est à la traîne. La seule chose qu'on ressent, en écoutant l'album, c'est un mélange de "j'aurais pas déjà entendu ça quelque part" et "je réécouterais bien le dernier Lady Gaga". On sent que Madge aimerait bouffer la viande tendre et douce des jeunettes mais, il faut qu'elle se fasse une raison, elle n'a que ses doigts à mordre.
Madge choisit ses amants tout frais. Pourquoi pas ses producteurs ? En même temps, Madge n'est plus de première fraîcheur elle-même. Bouffer de la viande pleine de nerf, personne n'aime vraiment ça. Alors au lieu de s'injecter je-ne-sais-quel-produit dans les veines, pourquoi ne pas continuer d'aller chercher la jeunesse et la modernité chez les autres - comme elle l'a fait si bien il y a 15 ans.
Je me suis donc demandé : en 2012, quel producteur aurait été capable de livrer à Madge un album plus "edgy", plus innovant et surtout moins ennuyeux que ce MDNA un peu très paresseux, tout en restant, évidemment, commercialement viable - comme avaient réussi à le faire Stuart Price, Mirwais et Wiliam Orbit ?
Le premier auquel j'ai pensé, c'est Sebastian. Le producteur français est souvent à la frontière de l'expérimental avec des beats très nerveux mais il sait aussi s'aventurer dans les morceaux plus pop, plus accessibles. Avec Sebastian, on est en effet vraiment proche du Mirwais de la fin des années 90 qui avait séduit Madonna avec son "Disco Science". Quand j'entends par exemple des morceaux comme "Embody" ou "Love In Motion", je me me dis qu'il y a là le terreau idéal à un album pop moderne, innovant et pas suiveur. Et quand j'entends la BO de "Notre Jour Viendra", je me dis que le garçon est capable aussi d'injecter de l'émotion pure dans sa musique (comme Orbit) et c'est toujours une très bonne chose, l'émotion, dans un album pop - surtout chez Madonna dont les morceaux les plus intemporels sont souvent les ballades et les mid-tempo.
Qui d'autre ? Il y aurait bien aussi les remixeurs Starsmith ou The Magician qui arrivent souvent à transcender des morceaux d'origine déjà très bons - tout en produisant des tubes pour eux-mêmes. Voir le remix de "I Follow Rivers" de Lykke Li par le belge The Magician ou celui de "Hot & Fun" de NERD & Nelly Furtado par l'anglais Starsmith. Le son est plus classique, plus dans l'air du temps mais, dans le registre dance-pop, c'est quand même vachement plus original que Martin Solveig.
Et bien sûr, il y a Skrillex. Dans un récent épisode promo, Madge avait tweeté beaucoup écouter le héros des kids aimant se défoncer le cerveau sur des beats dégénérés. Pour l'instant, ses morceaux accessibles  à l'oreille du commun des mortels restent vraiment limités ("Summit" avec Ellie Goulding) mais il est indéniable que le son de Skrillex est un peu partout aujourd'hui. Il est difficile à supporter sur la durée d'un album mais cette énergie ! Autant je peux avoir du mal à comprendre certains engouement de la jeunesse mondiale, autant celui-là, je le comprends et j'aurais presque même envie de l'embrasser. Si j'avais 15 ans, Skrillex serait sûrement un de mes héros. Je suis donc assez persuadé que le DJ/producteur est capable "d'assainir" un peu sa musique, de la rendre plus pop pour aller produire des artistes comme Madonna.
Personnellement, c'est vraiment quelque chose que j'aimerais écouter. On accuserait sûrement Madge de faire du "jeun's" à tout prix. Mais que fait-elle en allant chercher Martin Solveig ? Quitte à faire du "jeun's", autant le faire avec panache. On parle de Madonna ici. Qu'est-ce qu'elle a à perdre ? Elle a 54 balais; elle a vendu 200 millions d'albums; elle a une des plus grosses bases de fans du monde. Quel est l'intérêt de faire un disque euro-dance avec Martin Solveig et Benny Benassi ? Quand on est une starlette avec les dents qui rayent le plancher, je veux bien comprendre que le risque ne fasse pas vraiment partie du business plan. Mais Madge a largement passé le stade de la starlette.
Ce qu'elle refuse clairement d'admettre (je crois qu'on est à peu près tous d'accord là-dessus).
Alors justement... S'il s'agit - encore et toujours - de concurrencer Lady Gaga (et les autres) sur leur propre terrain, pourquoi faire tout comme elle mais en moins bien. Car Lady Gaga a beau être "edgy" dans ses looks, ses clips et ses attitudes, elle a la musique la plus consensuelle du monde, celle concoctée par RedOne, le plus putassier des producteurs multimillionnaires. Madonna ne peut plus faire grand chose sur la jeunesse : même Photoshop n'y arrive plus vraiment. Elle ne peut plus faire grand chose sur les looks : la Gaga a mis la barre beaucoup trop haut. Elle ne peut plus faire grand chose sur la provoc' : de la race au sexe en passant par la politique, elle a déjà tout fait et inventé.
Alors pourquoi ne pas aller chercher ses rivales sur le seul terrain qui reste, qui plus est le plus intéressant terrain qui soit ? Celui de la musique...

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