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Que faire de Mr Sloane

Par Gjouin @GilbertJouin

Que faire de Mr SloaneComédie des Champs-Elysées15, avenue Montaigne75008 ParisTel : 01 53 23 99 19Métro : Alma-Marceau
Une pièce de Joe OrtonAdaptée par Vanasay KhamphommalaMise en scène par Michel FauDécor de Bernard FauCostumes de David BelugouAvec Charlotte de Turckheim (Kathy), Gaspard Ulliel (Mr Sloane), Michel Fau (Eddy), Jean-Claude Jay (Daddy)
L’histoire : Kath, une « Lolita » d’un certain âge, prend comme locataire le joli et inquiétant Mister Sloane. Elle le traite comme un fils, puis comme un  amant, ce qui ne plaît pas du tout à son frère qui cherche aussi à séduire l’étrange minet, et à son père convaincu que Sloane est un meurtrier…
Mon avis : Cette pièce, délicieusement amorale, est un petit bijou d’humour noir typiquement British. Heureusement que l’auteur avait pris délibérément l’angle de la farce, sinon ce huis-clos à quatre personnages possédait tous les ingrédients pour constituer une éprouvante tragédie. Or, on n’arrête pas de rire. D’une part en raison d’une écriture très acide et, d’autre part grâce à une mise en scène et à des jeux de comédiens tout-à-fait jubilatoires.Déjà, aucun des quatre protagonistes n’est normal. Chacun a son grain, son handicap, sa fêlure, son déséquilibre. Ecrite quatre ans avant le sulfureux Théorème de Pasolini, la pièce de Joe Orton aurait presque pu influencer le réalisateur italien. Mais, si le principe est le même, ça ne va pas aussi loin. Nous sommes – et c’est tant mieux – bien plus dans le registre de la farce ; de la farce noire, certes, mais de la farce. Nos personnages sont tellement névrosés qu’ils en deviennent caricaturaux !... Pour notre plus grand plaisir.
Les prestations de Charlotte de Turckheim et de Michel Fau sont proprement ébouriffantes. Dès son apparition, Charlotte déclenche les rires avec son allure de gros bonbon enrobé de taffetas rose, surmonté d’un monumental chignon torsadé. On la croirait sortie d’un roman de Barbara Cartland. Elle minaude, prend des poses, des airs affectés… Elle n’a aucun scrupule pour forcer le trait. Et ça passe. A la voir aussi mutine, on devine tout de suite qu’elle s’est mise en mode séduction. Elle pourrait se révéler pathétique, voire grotesque, elle n’est qu’amusante et touchante. En dépit de ses manœuvres maladroites et éhontées, elle nous est d’emblée sympathique.Michel Fau, lui, crée une fois de plus un personnage haut en couleurs, une sorte de dandy précieux et décadent, autoritaire, misogyne et jaloux, souvent odieux, mais fragilisé par son attirance pour le charmant Mister Sloane.L’objet de toutes les attentions de cette chatte enamourée et de cet Oscar Wilde de boulevard, est campé par un Gaspard Ulliel surprenant. Il pourrait se contenter de n’être que beau. Mais il n’est qu’ambiguïté. Il est à la fois désarmant et opportuniste, candide et pervers. Surtout, il est sujet à des bouffées de violence dont il est le premier surpris et qu’il est incapable de maîtriser. Son rôle est de loin le plus complexe à interpréter. Autant ses partenaires sont formatés, autant il est imprévisible et incernable.Et puis il y a le personnage du père de Kathy et Eddy. Il baigne dans une douce sénilité qui le rend oublieux et craintif. Il se fait rabrouer et maltraiter par tout le monde. Pourtant, il a la sensation confuse de détenir une clé du mystère. Mais son esprit est tellement embrumé qu’on ne sait pas si une lueur va en sortir.
Nous avons donc là un quatuor on ne peut plus gratiné. C’est vraiment du concentré. Nous frôlons l’absurde en permanence sans jamais y tomber. On se délecte sans cesse devant une écriture féroce, décapante, remarquablement mise en valeur par les comédiens. D’ailleurs, les quelques longueurs que l’on pourrait déplorer sont sauvées et par le texte et par le jeu habité des acteurs. Je me répète et j’insiste : Charlotte de Turckheim et Michel Fau sont en tous points remarquables et nous offrent de superbes compositions. Il faut dire en outre que le responsable des costumes, David Belugou, leur a concocté une garde-robe qu’il faut oser porter sans craindre le ridicule.Maintenant, c’est à vous de deviner qui est vraiment Mystère Sloane…

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