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Diamants : une chance pour la Russie ?

Publié le 05 novembre 2012 par Edelit @TransacEDHEC

Deuxième producteur mondial de diamants, la Russie n’en finit plus de nous surprendre. Il y a deux mois, le monde découvrait l’existence d’une gigantesque mine de diamants représentant la consommation pour 3 000 ans sur la base actuelle. L’armée et la recherche pétrolière nécessitant de plus en plus de diamants, cette réserve sibérienne découverte en pleine Guerre Froide avait été tenue secrète par le gouvernement soviétique.

Une mine prometteuse pour la Russie

Les réserves qu’elle contient, gemmes et diamants à destination de l’industrie, pourraient s’avérer incroyablement supérieures aux réserves mondiales : les 0,3% de la mine explorés donnent 147 milliards de carats, alors que les réserves mondiales sont estimées à 5 milliards de carats. De quoi asseoir la suprématie de la Russie… surtout quand on se remémore quelques chiffres éloquents : la Russie représente aujourd’hui 21% de production mondiale de diamants. Chaque année, 3 milliards de dollars de gemmes sont extraits et des diamants bruts sont produits à hauteur de 1,2 milliards. La Russie pourrait donc gagner la place de leader mondial dans les années à venir, devançant l’Afrique du Sud. Pourtant cette heureuse révélation ravive certaines tensions.

Le pillage de la Iakoutie

Cette région produit plus de 98% des diamants bruts de la Fédération de Russie, soit le quart de la production mondiale. Bien que l’activité diamantifère permette de freiner le dépeuplement de ce territoire inhospitalier (- 70°C en hiver), elle n’en est pas moins critiquée par certains activistes iakoutes. En effet, la production diamantifère représente 70% des revenus du budget de la République de Iakoutie, mais les recettes ne sont pas redistribuées à la population locale. Aussi certains n’hésitent pas à appeler à la sécession obligeant Moscou à intervenir.

Un monopole d’exploitation

Venant corroborer certains clichés sur la Russie, les premiers à en profiter sont quelques oligarques proches du Kremlin et dirigeants de l’entreprise publique Alrosa. Cette entreprise fondée en 1992 est la deuxième entreprise diamantifère mondiale après De Beers et contrôle 97% de la production russe. Aujourd’hui, le gouvernement fédéral russe détient 32% des parts d’Alrosa, la majorité étant détenue par le gouvernement régional iakoute. Pourtant c’est bien le Kremlin qui contrôle cette société.

Le Kremlin et les diamants

Le Kremlin se contente simplement de placer ses pions. Ainsi on retrouve de nombreux membres du gouvernement dans le conseil d’administration d’Alrosa : en 2006, le ministre russe des finances, Alexei Kudrin, occupe le poste de PDG. Et pour placer ses fidèles, tous les coups sont permis. En 2002, Viacheslav Chtirov est élu président de la République de Iakoutie… alors qu’il est à la tête d’Alrosa. Des élections sans surprise orchestrées, à plus de 6.000 km de la capitale iakoute, par le Kremlin. Moscou n’a cessé d’intervenir pour évincer le président sortant, Mikhaïl Nikolayev. Ainsi fin 2001, Vladimir Poutine n’hésite-t-il pas à forcer la main à Nikolayev, lors d’une conférence sur l’industrie diamantaire russe, pour que celui-ci se retire des élections. Ce qu’il fera 2 jours plus tard en n’oubliant pas d’appeler ses électeurs à voter pour son rival… sans commentaire.

Pourtant tout n’est pas si noir…

D’abord parce que Vladimir Poutine fait tout pour stabiliser le marché du diamant mondial tout en assurant à la Russie des revenus conséquents. En témoignent les accords commerciaux conclus en 2006 entre Alrosa et le géant De Beers salué par Poutine. L’entreprise sud-africaine s’est en effet engagée à acheter à son homologue russe pour 4 milliards de dollars de diamants bruts. Mais ce n’est pas tout : ce contrat autorise surtout Alrosa à vendre librement près de la moitié de sa production de pierres précieuses ce qu’elle ne pouvait pas faire auparavant. De Beers a donc perdu son monopole sur les exportations de diamants russes. Cela signifie également dans les faits la légalisation d’un commerce « sous-marin » de petits diamants. Jusqu’à présent, une partie des diamants iakoutes était en effet exportée par certains distributeurs russes sous de faux labels, vers de grands centres de taille étrangers, et principalement indiens. Par ailleurs, la politique diamantaire de Poutine diffère de celle de son prédécesseur. Pour s’assurer un soutien politique fiable en Iakoutie, Eltsine avait permis au président iakoute sortant, Nikolayev, de détourner des fonds de la société Alrosa. Au total, les montants détournés avoisinent 15% des bénéfices. A l’inverse, la politique de Poutine semble viser à limiter cette corruption, et, on l’a vu, à resserrer le contrôle de Moscou sur les revenus diamantaires. Ce qui est vu positivement par la population russe.

Anne Vibert


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