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Carlo M. Cipolla: « Les lois fondamentales de la stupidité humaine »

Publié le 21 novembre 2012 par Donquichotte

Carlo M. Cipolla

« Les lois fondamentales de la stupidité humaine »

De quoi s’agit-il ?

Le titre du livre m’étonne, me surprend, m’intéresse... puis m’inquiète. Je crois que ce livre peut m’intéresser parce que souvent je me prends à dire que le monde – certain monde - est stupide, ou encore que certains politiciens ou commentateurs de la chose publique, ou professeurs d’université, ou les gens de marketing, sont vraiment des gens stupides. Alors, aller aux sources de la stupidité, en comprendre les fondements, les lois fondamentales, m’intéresse au plus haut point. Je saurais donc un peu plus de quoi il s’agit quand j’utilise ce mot, je l’avoue, trop facilement et à tout propos.

Mais j’ai un problème avec le titre, d’abord je le trouve prétentieux, et quand je lis le livre et comprends dès les premiers paragraphes qu’il s’agit, pour Cipolla de parler des « gens stupides », là, je mets un bémol. Oui, j’ai un problème parce que je n’imagine pas qu’il existe des gens stupides, mais plutôt des comportements, des attitudes, des actes, des pensées aussi, des morales, des règles et même des lois, STUPIDES. J’entends par là qu’une personne peut agir stupidement en une occasion, mais qu’elle peut aussi agir avec plus de nuances, ou plus de discernement, ou plus d’intelligence, en d’autres occasions. Ainsi l’état de stupidité ne serait pas, pour moi, un état permanent pour une personne ; autrement dit, ce ne serait pas inscrit dans ses gênes, (inné, dans la nature) mais ce serait plutôt un état transitoire (et contingent) inscrit dans la culture, dans l’acquis.

Mais, M. Cipolla, l’auteur, n’est pas de cet avis. Pour lui, les gens stupides existent ; c’est génétique, on n’y peut rien, on doit s’en protéger, on doit même essayer de les empêcher de nuire ; on ne doit même pas croire qu’ils puissent être transformés ; et même plus, on ne peut même pas imaginer que l’on puisse les manipuler (il est stupide, se dit-on, ce devrait être facile) parce que, fondamentalement, le « stupide » a un comportement complètement erratique et que l’on pourrait, de ce fait, (voulant le manipuler) se retrouver très vite pulvérisé par les décisions imprévisibles du « stupide ». Ils ne peuvent et ne veulent que nuire (pas toujours consciemment, bien sûr, ils sont stupides), ils n’ont rien à perdre, (un « moins » pour l’autre n’est pas nécessairement un « plus » pour lui ; ce peut être aussi un « moins » pour lui, et il s’en fout, il est stupide) et leurs actions peuvent d’autant plus vous nuire que 1/ le gêne de la stupidité qu’ils portent en eux est fort, et que 2/ la position (le poste) en puissance qu’ils occupent dans la société est au plus haut niveau.

Si je caricature, me servant de ces postulats, disons ces assertions indémontrables, un Georges W. Bush, président des Etats-Unis, aurait pu être – ou a été - le personnage stupide qui aurait eu – ou a eu - l’effet le plus néfaste possible sur les destinées du Monde. Les guerres déclenchées en Irak et en Afghanistan n’ont-elles pas été les ferments d’une résurgence de sentiments anti américains et anti occidentaux jamais égalés.

Un clin d’œil sur les mots maintenant :

Le mot « stupidité », dit le GR, peut être définie comme « l’état d’une personne stupide », ou, dans la langue classique, comme « la torpeur, ou encore l’affaiblissement de la sensibilité et de l’intelligence ». On dit aussi : la stupidité indique la nature du caractère d’une personne stupide (ex : bêtise, crétinisme, idiotie). Une stupidité, s’agissant des choses, serait l’équivalent de « absurdité, ineptie ». Une action ou parole stupide serait une « ânerie, une balourdise, une crétinerie », ou plus vulgairement, un « connerie, une couillonnade ».

Toujours dans le GR, l’adjectif « stupide » renvoie pour les personnes, à « qui est atteint d’une sorte d’inertie mentale ; qui a peu d’intelligence et de sensibilité », soit l’équivalent de « bête, abruti, ahuri, borné, crétin, idiot, inintelligent, sot ». On dit aussi de cette personne stupide qu’elle « est dénuée d’intelligence, d’astuce, tel l’imbécile, l’inintelligent, le stupide béotien, le stupide pécore ».

Voilà pour les mots. Ils disent beaucoup, - on imagine alors que le « stupide » est un être plutôt inintelligent, un peu imbécile, un peu bête - mais aident peu, à prime abord, à comprendre la thèse de l’auteur qui présente le « stupide » comme une puissante force qui entrave notre bonheur, rien de moins. Voyons voir...

Et s’agissant de la thèse de Cipolla...

...elle accorde une telle importance aux « stupides » - l’humanité est dans le pétrin, l’ensemble des « stupides » forme un groupe « dénué de statut, sans  structure ni constitution, sans chef ni président, qui réussit pourtant à fonctionner parfaitement à l’unisson », - et c’est là le point central : parce qu’ils peuvent être d’une nuisance inégalée (ils sont plus nombreux aujourd’hui qu’hier), invraisemblable (on ne peut même pas l’imaginer), presqu’indestructible (à moins d’un effort concerté et lucide de tous) parce qu’ils sont « l’une des plus puissantes forces obscures qui entravent le bien-être et le bonheur de l’humanité ».

 Voyons cette thèse, et ses lois

Première loi fondamentale :

« Chacun sous-estime toujours inévitablement le nombre d’individus stupides existant dans le monde »

Cette affirmation peut sembler triviale, dit l’auteur, et aussi « peu charitable ». Mais Cipolla ajoute que l’on est régulièrement frappé, et de façon récurrente, par le fait que « les gens que l’on croyait rationnels et intelligents s’avèrent outrageusement stupides ».

Ainsi, - anecdote - je me rappelle un chercheur de renom, docteur dans une discipline des sciences sociales, chercheur et enseignant à l’université, qui avait, un soir que sa femme tardait à rentrer – elle sortait ce soir-là avec une de mes amies, qui m’a raconté la chose – fermé toutes les portes de la maison à clé, (elle avait oublié sa clé, et il le savait) dans le vain espoir de la punir pour son retard, l’obligeant alors à quémander l’accès à la maison, en criant, en tapant sur les vitres, sur les portes, jurant – on peut l’imaginer – et pestiférant. Mon amie m’a raconté qu’elle a dû joindre ses efforts à cette femme afin qu’elle puisse réintégrer son foyer (près d’une heure de tapage – les voisins sont à une grande distance - elle est finalement rentrée par une fenêtre). L’histoire paraît banale. Mais quand j’ajoute que cette femme était une femme riche, et que la maison – une très vaste demeure - lui appartenait en propre... cette mésaventure paraît d’un cynisme ubuesque... et le comportement de ce monsieur affreusement odieux et stupide.

Deuxième loi fondamentale :

Pour Cipolla, les hommes ne sont pas égaux, certains sont stupides, d’autres non, et la différence ne vient pas de facteurs culturels, mais de la nature. Il exprime ainsi sa deuxième loi : « La stupidité est la chose au monde la mieux partagée – l’un est stupide de la même façon qu’un autre a les cheveux roux ; il n’y a rien à y faire – la probabilité que tel individu soit stupide est indépendante de toutes les autres caractéristiques de cet individu ».

Il s’appuie pour le dire sur le fait que la nature distribue assez facilement les rôles et que, assez mystérieusement, elle réussit à maintenir la fréquence relative de certains phénomènes naturels (ex : sur la terre, et dans tous le pays, riches ou pauvres, du Sud comme du Nord, on retrouve un nombre à peu près égal d’hommes et de femmes)

Ainsi, quel que soit le groupe de personnes auquel vous appartenez, quelle que soit la taille du groupe, on retrouve invariablement, - la nature le maintient ainsi - un même % d’individus stupides ; et le niveau d’éducation de ces personnes n’a rien à voir avec cette probabilité. Des stupides, il y en a aussi à l’université, écrit-il ; et ce qu’a observé Cipolla, c’est que, peu importe que vous apparteniez à l’un ou l’autre des 5 groupes que l’on trouve dans cette institution, - les Administrateurs, les cols bleus, les cols blancs, les étudiants, ou finalement les professeurs, - le % de gens stupides à l’intérieur de ces groupes demeurent le même.

Il est facile d’imaginer ce que je vais écrire – anecdote.

Quand j’étais prof à l’université il nous arrivait entre collègues de classifier nos étudiants : (ici, je ne classe pas les étudiants en stupides et non stupides; je suis sur un autre registre et la comparaison est facile). Ainsi, parlait-on d’un 10 % d’étudiants très forts, ou intelligents, ou qui réussissaient bien le cours, d’un 30 à 40 % qui se comportaient assez bien, qui travaillaient assez bien et qui de ce fait réussissaient assez bien au cours, d’un autre 30 à 40 % d’étudiants qui en arrachaient, soit qu’ils travaillaient très moyennement, ou qu’ils n’avaient pas le background nécessaire pour faire des études universitaires, et qui finalement réussissaient très moyennement ; et finalement, d’un 10 à 15 % qui n’avaient pas d’affaire là. Ce rappel est assez simple, les % pouvant varier entre collègues. Mais ces % existent, c’est un fait difficilement contestable.

Mais la chose la plus étrange pour moi relève d’une autre observation que j’ai faite au cours de mes années d’enseignement à l’université. C’est un peu plus long à expliquer.

Voilà, j’ai toujours été un militant syndical acharné, actif, acceptant des responsabilités au sein du syndicat des professeurs (ex : président ou trésorier du syndicat), mais aussi un professeur-chercheur qui a toujours recherché une qualité d’enseignement et de recherche à l’université qui soit du meilleur niveau possible. J’ai participé ainsi à de nombreuses expériences d’enseignement et de recherche qui innovaient (j’avais tout lu, je voulais tout savoir, tout faire: pédagogie Freinet, les écoles alternatives Montessori ou Steiner, Paolo Freire au Brésil, Condorcet et l’éducation civique, Kurt Lewin et son influence en éducation, l’École de Palo Alto et ses expériences en communication, Yvan Illich,... sans compter mon expérience personnelle de l’ethnométhodologie en recherche et mes expériences de recherche-action sur le terrain...) Voilà : je n’étais sans doute pas le meilleur prof-chercheur dans mon université, peu s’en faut, mais je portais une casquette de prof-chercheur, et une casquette de militant syndical et l’une et l’autre étaient d’une grande exigence en regard de la qualité du travail du prof-chercheur à l’université.

Notre vie syndicale dans les Universités du Québec, dans les années 60 et 70 a été très mouvementée : négociations dures des conventions collectives, arrêts de travail, grèves, griefs, manifestations... Or, ce qui m’a frappé dès le départ – nous avions parfois des réunions syndicales qui pouvaient durer des heures et des heures ; nous avions d’intenses moments de discussions et aussi de confrontations entre les professeurs – ce furent les comportements et attitudes et prises de positions si différents des professeurs en regard de la qualité de l’enseignement et de la recherche, et, des moyens pour y arriver. Pour être bref, quand il s’agissait du portefeuille, d’argent, de privilèges acquis, de statut,... et ainsi, plus précisément, quand il s’agissait de partager plus équitablement les hausses de salaires demandées à l’employeur (nous avions un leadership syndical avec une nette tendance socialiste – que tous les membres ne partageaient pas évidemment – et oui, nous allions jusqu’à demander des hausses de salaires plus fortes pour les professeurs les moins bien payés et des hausses plus faibles pour les mieux payés) il est facile d’imaginer la réaction du professeur en haut de l’échelle salariale, le Titulaire,  à qui nous demandions de partager plus équitablement l’enveloppe budgétaire des salaires  (l’équivalent en France, ce serait de demander à un Professeur de partager la cagnotte plus équitablement avec un Maître de conférence, vous voyez un peu le portrait).

J’aurais voulu être plus bref, mais j’ai mis le contexte.

Or ce qui m’a frappé le plus, (j’ai écrit « étrange ») et j’entends, dans ces discussions les plus folles, dans la fumée des cigarettes – à l’époque, et oui, on fumait dans des locaux fermés – dans des confrontations qui tournaient à l’empoignade parfois,... ce furent les attitudes, comportements, opinions, analyses et prises de positions les plus réactionnaires du groupe dont j’attendais, ou appréhendais, les positions les plus solides – intelligentes, innovantes, avant-gardistes - en regard de la question de la qualité dans l’enseignement et la recherche:  et ce groupe, c’était celui des professeurs des « Sciences de l’Éducation ». J’ai écrit « étrange », c’est peu dire, j’étais sur le cul, dans toute ma naïveté.

Majoritairement, 25 profs sur 40 que comptait cette faculté étaient réactionnaires. Grosso modo, cette majorité – ne voulait pas changer une description de tâche si cela affectait son petit confort – ne voulait pas accepter une nouvelle condition de travail qui apporterait plus de qualité si cela coûtait des sous au professeur, ou encore du temps supplémentaire – bref elle refusait tout changement qui affectait la petite personne du professeur.

Bref, le % de positions réactionnaires – disons, stupides, pour parler comme Cipolla, - chez ce groupe de prof des Sciences de l’Éducation se maintenait d’années en années, et cela ne se démentait jamais. Il va s’en dire, pour conforter cette assertion de Cipolla, que ce % de positions réactionnaires chez les autres groupes de professeurs (science de gestion, sciences sociales, sciences pures...) était le même. Ainsi la probabilité que tel individu ayant une position réactionnaire – stupide - n’était pas altérée, j’entends moins importante,  parce que ce prof était de la faculté des Sciences de l’Éducation. J’aurais imaginé ou souhaité qu’il en fût autrement. J’attendais plus d’intelligence, plus de « survalorisation qualitative » chez ces profs dévoués à la chose éducative. Et bien je me trompais, j’étais niais ; ce sont des hommes et femmes comme les autres. Et le % de personnes réac dans ce groupe était le même que dans les autres groupes.

Je peux ajouter un autre constat étrange quand je rappelle ces faits. J’imaginais, lorsque j’ai pris mon poste de professeur-chercheur universitaire, que tous les prof, pas seulement ceux des sciences de l’éducation, étaient des gens de pensée, des gens de raison, des gens avec un « intellect » au-dessus de la normale. Et cette idée n’est pas élitiste ; tout simplement je croyais que si vous aviez à enseigner, à faire de la recherche pour faire avancer le savoir dans votre discipline, à faire en sorte que des étudiants qui vous fréquentent grandissent et deviennent plus compétents dans une discipline qu’ils ont choisie, plus aptes à bien fonctionner dans la vie tant comme travailleurs que comme citoyens responsables, vous deviez avoir des qualités intellectuelles, disciplinaires, citoyennes et responsables un peu au-dessus de la moyenne. Cela est un pur mythe. Il y a autant de cons dans ce milieu de travail que dans tout autre milieu. La première loi et la deuxième loi de Cipolla sont confortées.

Bien sûr aujourd’hui je rigole quand j’écris cela. Mais à l’époque cela ne me faisait pas rire.

Troisième loi fondamentale :

« Le comportement du stupide nuit aux gens en général, même si celui-ci n’en retire aucun bénéfice ; il peu même s’infliger des pertes ». En cela, le stupide est cohérent. Mais sa nuisance peut varier selon les deux facteurs que j’ai présentés plus haut : - la force de son gène de stupidité, - sa position de pouvoir dans la société.

On se demande souvent, écrit Cipolla, pourquoi, et comment, certains hommes ou femmes « stupides » peuvent parvenir aux plus hauts échelons dans nos systèmes politiques. Simple, dit Cipolla, le % de gens stupides est le même là comme ailleurs. Mais la question importante qui suit nous amène vers le nœud gordien de sa thèse... En quoi la stupidité rend un individu dangereux pour autrui ?

Quatrième loi fondamentale :

a-   « L’acte de nuisance du stupide nous prend en général au dépourvu ».

b-   « Et même lorsque nous en prenons conscience, nous ne pouvons organiser aucune défense rationnelle parce que l’acte de nuisance est lui-même dépourvu de toute structure rationnelle ».

Ici, Cipolla cite Dickens : « l’homme peut tout affronter, armé de stupidité et d’une bonne digestion » ; et aussi Schiller : « contre la stupidité, les dieux mêmes luttent en vain ».

c-   « En fait, les non-stupides sous-estiment toujours la puissance de nuisance des stupides. Et ils croient même qu’ils pourraient les manipuler. C’est l’erreur fatale. Le comportement attendu du stupide... ne correspond jamais à ce que vous aviez prévu, et en cela, c’est simple, il est imprévisible. Le comportement du stupide est erratique »

Comprendre veut dire « appréhender par la connaissance... ». Ainsi, le non-stupide aimerait se faire une idée claire des actions du stupide. Et partant, il aimerait diminuer sa puissance de nuisance ; mais il le ferait en vain, puisqu’il ne peut comprendre l’incompréhensible et erratique comportement du stupide.

Mais question ?

Le comportement stupide de certaine personne, à certain moment, en certain lieu... pourrait-il s’expliquer autrement, disons par un certain % de nature « stupide » que chacun – dans des % qui peuvent varier selon les personnes - porte en dedans de soi ?

À titre d’exemple : je me suis souvent demandé, pendant le mandat de Sarkozy à la tête de la France, pourquoi il disait, déclarait, tout à fait « inopinément » des choses que sans doute ses conseillers les plus avisés ne lui avaient pas montré, ou inscrit dans des discours qu’ils préparaient pour lui. Ainsi ce morceau de discours au Sénégal quand il déclare notamment que « la colonisation fut une faute tout en estimant que le « drame de l'Afrique » vient du fait que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire ». Pourquoi le dit-il ? Est-ce que le conseiller Henri Guaino l’avait bien inscrit dans son discours, ou est-ce une initiative personnelle de Sarkozy? S’il s’agit d’une initiative personnelle, voilà, c’est ce petit % de stupidité qui existe en chacun de nous qui l’aura fait dire ce qu’il a dit. On le reconnaît aujourd’hui, ce morceau de son discours n’était pas très approprié. Doudou Diène, rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, a déclaré à la tribune de l'ONU que « dire que les Africains ne sont pas entrés dans l'Histoire est un stéréotype fondateur des discours racistes des xviie, xviiie et xixe siècle ». Et si je veux ajouter à la controverse, il faut rappeler que, le 17 septembre 2008, le président sénégalais, Abdoulaye Wade, pris la défense de Nicolas Sarkozy, selon lui « victime de son nègre ». Alors, comment puis-je comprendre une déclaration que personnellement je juge « stupide » ?

Je ne veux pas aller plus loin dans cette controverse, mais l’expression « victime de son nègre », le nègre étant son préparateur de discours, fait fort. Guaino aurait-il simplement essayé et réussi à « manipuler » Sarkozy ? Et pour quelle fin, dans quel dessein ? Allez savoir.

Finalement, là où je veux en venir est la chose suivante : il n’y aurait donc pas un % de gens stupides, mais un % de stupidité, variable selon les personnes, qui existe en chacun. Ainsi la capacité de nuisance dont parle Cipolla – et là, il aurait raison - serait d’autant plus grande sur le monde que le poste de pouvoir qu’occupe la personne qui a un comportement stupide est élevé.

Je me résume (ceci n’est pas une thèse):

-   l’idée qu’un gène de stupidité existe (donc la nature est responsable du fait que des stupides existent, et qu’on n’y peut rien) est une fable. Aucun fondement scientifique ne le montre. La nature a bon dos, mais là, il y a abus de théorie.

-   Par contre, ne pourrait-on pas imaginer que chacun est porteur d’une certaine « dose de stupidité », et que celle-ci apparaît en certain lieu, en certain temps « inopinément » ?

-   Et j’ajoute : cette dose de stupidité est difficilement repérable chez l’individu, et surtout, elle est « difficilement explicable ». La stupidité existe, au sens où des moments d’inertie mentale peuvent frapper « inopinément » tout individu, en des temps et lieu imprévisibles ; celui-ci montre alors peu d’intelligence et peu de sensibilité à la situation présente, et il peut agir, aux yeux de tous, comme le plus « stupide » des individus.

Je me suis souvent demandé pourquoi tant de choses, hommes, événements, paroles, discussions, actes... étaient, à mes yeux, si stupides. Et surtout, pourquoi je n’arrivais pas à les comprendre. Et pourtant c’est tout simple. On ne peut se mettre parfaitement à la place des autres. On en est incapable parce que, lorsqu’on le fait, on se retrouve à l’intérieur de la « chose stupide » que l’on croyait pouvoir analyser, de l’intérieur ; et, ce faisant, il s’en suit automatiquement que l’on vit la « chose honnie » et que l’on peut se trouver mal, ou même en perdre la raison.

C’est Gramsci qui écrit : « Quand tu discutes avec un adversaire, essaie de te glisser dans sa peau. Tu le comprendras mieux et tu finiras peut-être par t’apercevoir qu’il n’a pas tout à fait tort et même qu’il se pourrait bien qu’il ait raison. J’ai suivi quelque temps ce conseil des sages. Mais la peau de mes adversaires était si repoussante que j’en ai conclu : il vaut mieux être parfois injuste que de ressentir une nouvelle fois encore un dégoût tel qu’on s’évanouit ».

Je reviendrai prochainement avec Gramsci et son livre « Pourquoi je hais l’indifférence ».


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