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Avenue des Géants – Marc Dugain

Par Theoma

 

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« Je suis comme beaucoup de gens, pas envie de vivre et encore moins de mourir. »

 

Le jour de l'assassinat de JFK, Al Kenner tue ses deux grands-parents.

 

Marc Dugain s'est inspiré d'un personnage réel pour retracer le parcours d'un adolescent perturbé au QI supérieur à celui d'Einstein. Je ne suis pas attirée par les histoires de serial-killer et je suis même mal à l'aise en constatant souvent la fascination morbide qui les entoure. Elle me fait penser aux attroupements de foule devant les accidents de la route.

 

Si j'ai entamé ma lecture avec quelques réticences, j'ai rapidement été conquise par le style et la sincérité de l'auteur. Même si je n'adhère pas entièrement à la pratique de baser son roman sur de faits réels – la frontière avec le documentaire étant parfois trop mince, l'appellation "roman" devenant alors une protection juridique – j'ai été réellement épatée par la construction narrative de Marc Dugain. Avenue des Géants est avant tout une immersion littéraire dans un esprit dérangé.

 

L'analyse est profonde. Les liens familiaux crépusculaires, une mère toxique, un père défaillant. L'échec du système judiciaire et pénitentiaire. La non-reconnaissance des victimes, la banalisation de la violence, la lutte contre les pensées qui rongent. La différence entre potentiel intellectuel et intelligence.

 

Percutant, crépusculaire, obsédant. Sans complaisance ni voyeurisme, Marc Dugain possède assurément l'art de laisser une empreinte durable sur le lecteur.

 

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Gallimard, 368 pages, 2012

 

Extraits

« Mon père n'avait pas de type de femme bien précis. En restant flou, on finit par se retrouver au plumard avec une femme qui est la copie conforme de sa mère. »

 

« Le seul tort d’Orwell c’était de croire que le totalitarisme prendrait un visage terrifiant. Oh non! Rien de tout cela, pour autant que vous acceptiez la petite musique mièvre des réseaux sociaux, que vous acceptiez l’obsolescence de tout ce que vous achetez au bout d’un an, que Sisyphe n’ait pour tout repos que la période des soldes, que Google sache tout de vous et puisse éventuellement le monnayer aux flics, qu’on puisse vous localiser à tout instant avec votre téléphone, vous ne risquez rien. »

 

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