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« Mes mots de la fin 2012: et merde à la fin »

Publié le 30 décembre 2012 par Donquichotte

Comment dire « Mes mots de la fin 2012 » ?

J’ai des mots, beaucoup de mots répétés, peu de vocabulaire ; beaucoup d’idées, peu de réalisations ; beaucoup de questions, peu de réponses ; beaucoup de sentiments, peu de mesurés et de cohérents; beaucoup d’appels, peu de réponses ; beaucoup de besoins, peu de besoins ; beaucoup de rêves, peu de rêves ; beaucoup de plaintes, peu de complaintes ; beaucoup de maladresses, peu d’égomorphisme; beaucoup de littérature, peu de savoirs si vrais ; beaucoup d’enjeux, peu de jeux ; beaucoup d’envies, peu d’envies ; beaucoup de nuits, peu de mille et une nuits ; beaucoup d’incongruité, peu d’effets sociaux comiques ; beaucoup de chambardements et de chassé-croisé, peu d’emmerdements hostiles; beaucoup de secrets, peu de vrais ; beaucoup de merde de merde, peu de véritables cochoncetés ; beaucoup de découvertes d’auteurs cristallisés, peu de souillures ; beaucoup de vies invraisemblables, peu de niaises ; beaucoup d’usages profanes et proférés tels, peu de religiosités incultes ; beaucoup de navigation entre dieux et diables, peu de colère et d’amertume ; beaucoup d’odorat, peu de parfums ; beaucoup de nature, peu de culture ; beaucoup de jargonnages, peu de jabotage ; beaucoup d’abjurations, peu d’idées assez folles; beaucoup d’instinct, peu de réalisme ; beaucoup de glanures, peu de plans ; beaucoup de montées en graines, peu de fossiles idées ; beaucoup de communications, peu de commerces ; beaucoup d’ART sans tifices, peu d’expositions montrables; beaucoup d’eau et de vin versés, peu de purifications ; beaucoup de fourmillements, peu de fourmis ; beaucoup de brûlots servis, peu de guerres engendrées; beaucoup d’impromptus et d’improbables, peu d’impropres ; beaucoup de sophismes, peu de sophistications ; beaucoup d’éphémérides, peu d’à jour ; beaucoup de lyrisme, peu de drames ; OUI, beaucoup de mots, et si peu de maux au FINAL. Et je me porte assez bien mam la Marquise.

Quand je me relis, je me demande bien, et alors... comment construire des histoires, des solutions vraies (quand il y a des problèmes vrais), et aller au-delà d’idées trop simples sans que l’on se sente harnaché par les idées du jour, celles de la culture, inculte et pavoisante, comment croire en la vie drôle quand la guerre guette, naturellement (emprunt de ce qualificatif « réaliste et non controversé » à Kertész) ?

Qu’ont dit là-dessus ces auteurs lus cette année ?

Pour Gramsci, l’activité politique peut le faire, à condition de le faire à partir de faits de la vie : « en politique l’imagination concerne les hommes, leurs douleurs, leurs affects et les nécessités qu’ils rencontrent dans leur vie d’hommes ». Cette imagination doit être illuminée par une force morale : « la sympathie humaine », et s’appuyer sur ce que l’homme politique actif comprendra des drames de la vie de ces gens, et de leurs besoins.

Jean Améry

Inspiré de cette phrase de Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, qui dit que « tout événement historique se ramène finalement à des chaînes de processus purement physiques », Jean Améry veut jeter un peu de lumière sur l’éruption (l’irruption) du mal radical en Allemagne, dans sa période nazie, ce mal dont l’énigme reste entière.

Pour Cercas: « L’artiste n’est pas celui qui rend visible l’invisible… l’artiste est celui qui rend visible ce qui est déjà visible et que tout le monde regarde et que personne ne peut ou ne sait ou ne veut voir. Que personne ne veut voir surtout. Parce que c’est trop désagréable, souvent effroyable, et il faut vraiment avoir des couilles pour le voir sans fermer les yeux ou partir en courant, car celui qui le voit se détruit ou devient fou ». (p. 63-64)

Kertesz n'est pas dupe de sa pensée sur la vie, creusant un peu plus tous les jours, à coups de pelle, sa tombe, quand il dit qu'il lui faut bien remplir de quelque chose (de préférence avec du travail) "le temps d'attente indécise qui sépare mes deux seules occupations réelles, ma naissance et ma mort."

Nizan aime ramener notre pensée vers des choses simples, concrètes, immédiatement essentielles, telle : les hommes naissent, ont certaines vies, engendrent et meurent ; certains sont flics, d’autres philosophes, d’autres putes, d’autres militants syndicaux. Et quid du reste ? quid de ce que l’on peut convenir ? Pour Nizan, c’est simple, c’est carré, « il y a d’une part la philosophie idéaliste qui énonce des vérités sur l’Homme et d’autre part la carte de la répartition de la tuberculose dans Paris qui dit comment les hommes meurent ».

Aldous Huxley :

Mourir est un art, et à notre âge, nous devrions être en train de l’apprendre. La tâche est facilitée quand on a vu quelqu’un qui savait réellement s’y prendre. "Helen a su mourir parce qu’elle savait vivre... Helen avait été occupée à mourir par versements échelonnés quotidiens. Quand arriva le décompte final, il n’y avait pour ainsi dire plus rien à payer." C’est à ce moment que le narrateur parle de sa mort évitée grâce à la pénicilline, - une pneumonie, l’ami du vieillard - et de sa vie actuelle, celle d’un temps posthume, celle d’un temps emprunté. Maintenant, ajoute-t-il, "on vous ressuscite afin que vous puissiez vivre et jouir de votre artério-sclérose ou de votre cancer de la prostate." 

Pour Rémizov, tous les crimes de l’humanité ont été accomplis au nom du « bien » de l’humanité. ALORS ? « Comment un homme vivant, souffrant et humilié sur cette terre maudite de Dieu pourrait-il se passer de rêver à une vie plus humaine, différente » ? Anne-Marie Tatsis-Botton, sa traductrice, dit de lui qu’il voulait, « imbibé du slavon liturgique... retrouver l’invention, l’expressivité d’une langue libre de tout carcan, non gâtée par l’écrit ».

Pour lui, ajoute-t-elle, « les productions de l’inconscient collectif ou personnel – mythes et rêves – étaient selon lui des instruments beaucoup plus adaptés que le réalisme pour saisir la réalité : car la réalité qu’il vivait était irréelle et absurde ».

Amélie Nothomb: « Je suis ce que je peux être. Je ne maîtrise pas ce que je suis et encore moins les regards que les autres posent sur moi ». À son propos, chacun peut croire ce qu’il veut croire ; et elle a décidé de ne pas vivre dans la moyenne, je crois bien qu’elle préfèrerait mourir.

Pour Cipolla, les hommes ne sont pas égaux, certains sont stupides, d’autres non, et la différence ne vient pas de facteurs culturels, mais de la nature. Il exprime ainsi sa deuxième loi : « La stupidité est la chose au monde la mieux partagée – l’un est stupide de la même façon qu’un autre a les cheveux roux ; il n’y a rien à y faire. 

« Quand il m’arrive d’être occupé, - écrit Cioran - je ne pense pas un instant au sens de quoi que ce soit, et encore moins, il va s’en dire, de ce que je suis en train de faire. Preuve que le secret de tout réside dans l’acte, et non dans l’abstention, cause funeste de la conscience ». (57) 

Il y a de tout dans ces textes qui éclairent la voie, celle qui n’est pas tracée ni en écriture, ni dans la vie, malgré un peu de pénombre. De la sympathie humaine, des idées physiques et vraies, des couilles, du travail, de la philosophie mortifère, du savoir mourir, des rêves de vie plus humaine et critique de la réalité irréelle, une vie en dehors de la moyenne, une loi sur la stupidité, l’agir où réside le secret...

Et tout cela est si concret, si réel, si vrai...  et partant de faits de la vie, de pensées quasi physiques, qui approchent la mort, la mort d’hommes qui ne veulent pas mourir et qu’on va ressusciter. Peut-on le dire autrement ? NON, je ne le crois pas. Comment alors rêver une vie plus humaine et ne pas vivre dans la moyenne ? C’est une question qui demeure latente, cette attente qui n’en finit pas.

Et partant du constat de Jeannette Winterson, relativement à l’écriture « possible » d’un LIVRE, je me dis, comme elle : «  Merde à la fin, me suis-je dit, je peux bien écrire le mien ».


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