Magazine Culture

Anne Sexton/Elisa Biagini/Due mani, Due voci

Par Angèle Paoli

« Poésie d'un jour
(Pour faire défiler les poésies jour après jour,
cliquer sur les flèches de navigation)


TWO HANDS

From the sea came a hand,
ignorant as a penny,
troubled with the salt of its mother,
mute with the silence of its fishes,
quick with the altars of the tides,
and God reached out of His mouth
and called it man.
Up came the other hand
and God called it woman.
The hands applauded.
And this was no sin.
It was as it was meant to be.

I see them roaming the streets :
Levi complaining about his mattress,
Sarah studying a beetle,
Mandrake holding his coffee mug,
Sally playing the drum at a football game,
John closing the eyes of the dying woman,
and some who are in prison,
even the prison of their bodies,
as Christ was prisoned in His body
until the triumph came.

Unwind, hands,
you angel webs,
unwind like the coil of a jumping jack,
cup together and let yourselves fill up with sun
and applaud, world,
applaud.

Anne Sexton, The complete Poems, Boston, Houghton Mifflin Company, 1981, in Anne Sexton, Poesie su Dio, Casa Editrice Le Lettere, Firenze, 2003, pp. 173-174.


DEUX MAINS

La mer apporta une main,
ignorante comme un sou,
corrodée par le sel de sa mère,
rendue muette par le silence des poissons.
Elle arriva rapide sur l’autel de la mer
et Dieu la saisit de Son Verbe
et il l’appela homme.
L’autre main monta à la surface
et Dieu l’appela femme.
Les mains applaudirent.
Et ceci n’était pas un péché.
C’était comme cela devait être.

Je les vois sillonnant les rues :
Levi se plaint de son matelas
Sarah scrute un cafard
Mandrake tient dans la main une tasse de café
Sally joue du tambour lors d’une partie de football
John ferme les yeux de la femme à l’agonie
il y en a qui sont en prison,
et même dans la prison de leur corps,
comme le Christ fut prisonnier de Son corps
avant que le triomphe advint.

Déliez-vous, mains,
vous angéliques lacis,
déliez-vous comme le ressort d’une sauterelle
unissez-vous en forme de coupe et emplissez-vous de soleil :
et maintenant, applaudissements, monde,
applaudissements.

Traduction Angèle Paoli


Note d’AP :

  C’est au cours de ma lecture du recueil Nel bosco (Einaudi, 2007), et plus particulièrement de La Surprise dans l’œuf (La sospresa nell’uovo) d’Elisa Biagini que je suis « tombée » sur cette troublante dédicace à Anne Sexton : « Fact : death too is in the egg/Constat : la mort aussi est dans l’œuf » (All My Pretty Ones, 1962). D’où le choix du poème ci-dessus. Il n’existe pas de traduction française de la poésie d’Anne Sexton. Pas davantage de traduction française de quelque recueil que ce soit d’Elisa Biagini. Ci-dessous, trois poèmes d’Elisa Biagini, rencontrée vendredi dernier aux Premières rencontres poétiques de Fiesole (Elisa Biagini sera l’invitée de l’ENS de Lyon le mois prochain [8 mai]. Elle y parlera de son expérience d’écriture).


VOCE SCRITTA

Voce scritta
sul vetro, pelle
affondata di
lana, unghie come
cadute sul tappeto :

ma per te ho
scarpe di
campanelli, ogni
voltarmi carta
vetrata sul tuo
muro.

Elisa Biagini, La sorpresa nell’uovo in Nel Bosco, Giulio Einaudi Editore, 2007, p. 60.


VOIX ÉCRITE

Voix écrite
sur le verre, peau
coulée de
laine, ongles comme
tombés sur le tapis :

mais pour toi j’ai
des chaussures à
clochettes, chaque
fois que je me retourne papier
de verre sur ton
mur.

Traduction Angèle Paoli


PERDUTA ?

Perduta ? è il bosco
che mi segue, che beve
la mia ombra, mi
svuota, tronco cavo :
io foglia, tra le
pagine di un libro.

Elisa Biagini, Gretel o del perdersi, in Nel Bosco, p. 110.


PERDUE ?

Perdue ? C’est le bois
qui me suit, qui boit
mon ombre, me
vide, tronc creux :
moi feuille, entre les
pages d’un livre.

Traduction Angèle Paoli


NEL BOSCO

Nel bosco
gli occhi sono
sganciati come
bottoni, la bocca
un’asola.
  Il viso tutto
un pugno che
si chiude.

Elisa Biagini, Gretel o del perdersi, in Nel Bosco, p. 121.


DANS LE BOIS

Dans le bois
les yeux sont
dégrafés comme
des boutons, la bouche
une boutonnière.
  Le visage entier
un poing qui
se ferme.

Traduction Angèle Paoli



Voir aussi :
- (sur American Poems) une biographie d’Anne Sexton (+ 172 poèmes) ;
- (sur YouTube) des clips vidéos sur Anne Sexton ;
- le site personnel d’Elisa Biagini ;
- (sur Poetry International Web) une bio-blibliographie sur Elisa Biagini (+ de nombreux poèmes).



Retour au répertoire de avril 2008
Retour à l' index des auteurs

» Retour Incipit de Terres de femmes

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Angèle Paoli 39970 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines