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Bourgogne : un cas d'école pour financiers.

Par Mauss

Le numéro de lundi dernier du BIEN PUBLIC (le quotidien de Dijon), sur deux pages, évoquait la question de la valeur des terres en Bourgogne. Vous dire que partout on ne parle que de ça, c'est rester en-dessous des réalités.

En effet, certaines des dernières transactions sur des Grands Crus de la Côte de Nuits, en cours ou signées, se seraient faites sur des chiffres qui donnent le vertige. On serait, sur Richebourg, à 1,5 million d'euros pour une ouvrée (il y en a 24 dans un hectare). En se rappelant que la production moyenne sur un hectare de grand cru dépasse rarement 5.000 bouteilles, et que le vigneron qui en aurait la charge aura certainement négocié pour son travail (et son nom) une belle proportion de la récolte.

Economiquement, c'est un non-sens, évidemment… sauf que c'est une réalité. Alors, comment expliquer la chose ?

La Bourgogne du grand vin est devenu, très rapidement, "la" région où les nouvelles fortunes, où l'on compte en centaines de millions ou même de milliards, veulent acquérir un morceau de ces terroirs. Qu'est ce donc que deux millions d'euros, sinon les intérêts rapides de fortunes se comptant en centaines ?

Souci de rentabilité ? Non, impossible à envisager, quand bien même les vins les plus célèbres pourraient atteindre plusieurs milliers d'euros par bouteille.

Souci de sauvegarde d'un patrimoine ? Cela peut éventuellement se concevoir, mais à très long terme. Et comme l'investissement requis pour une ou deux ouvrées est tellement à la portée immédiate de ces fortunes, ce n'est pas sorcier de croire que certains capitalistes sautent le pas de sang-froid.

Besoin de se créer un statut "occidental" ? Là, on est plus dans les clous. En effet, si par le passé les grosses fortunes achetaient des biens qui ne rapportent rien comme des oeuvres d'art - avec le seul espoir peut-être d'une plus-value future - , la mode serait actuellement d'acquérir quelque surface en grands crus de la Côte de Nuits. 

Vous imaginez aisément à quel point de tels chiffres alimentent les rêves de famille où certains des héritiers sont assis sur des valeurs énormes alors même qu'ils vivent parfois chichement.

La Safer n'y peut mais quand les propriétés sont sous la forme de sociétés anonymes et donc son rôle risque de devenir chagrin pour ces transactions. Et que dire des conséquences fiscales en cas de succession. Là est le véritable problème, avec une région qui risquerait de passer de multiples "petits" propriétaires familiaux à quelques moguls étrangers juste soucieux d'avoir sur leur table une étiquette à leur nom pour impressionner leurs amis et relations d'affaires.

Restons calme ! Il n'y a pas et il n'y aura pas d'envahisseurs suffisants pour chambouler l'état actuel du vignoble bourguignon, mais on a là une situation assez ubuesque qui va faire jaser quelques médias en mal de scoops. En tous cas, un bel exemple pour ces écoles "business school" qui ont des départements spécialisés dans le secteur du luxe.

Restons positifs : que peut-on voir devant une telle situation ? D'abord et avant tout, une passion singulière pour le monde des grands vins rares, car, en Bordelais, il y a suffisamment de châteaux à vendre pour qu'une telle explosion des prix ne puisse se faire. Ici, on gardera toujours un oeil sur les bilans et comptes d'exploitation.

En prenant un peu de distance, n'est ce pas une redite de ce qui s'est passé lorsque le Prince de Conti a renchéri sur tous les autres acheteurs potentiels pour acquérir ce domaine qui porte maintenant son nom ?

Gardons donc pour cette situation le substantif "épiphénomène". 

… et ne jamais oublier que chez le notaire, les chiffres sont parfois un tantinet différents :-)


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