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Crise des pays émergents : on prend presque les mêmes et on recommence

Publié le 06 novembre 2013 par Edelit @TransacEDHEC

Depuis le début de l’été, les pays émergents et plus particulièrement les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), s’inquiètent de voir leur devise se déprécier et leur économie ralentir. Pour ces pays, le responsable est indiscutable : il s’agit de la Fed qui le 22 Mai 2013 a légèrement changé sa politique monétaire, ce qui aurait eu des répercussions néfastes pour ces pays en plein essor. Les réunions à l’occasion du G20 de septembre n’y ont rien changé : Ben Bernanke maintient le cap au détriment des pays émergents. Analysons l’impact sur les BRICS de cette nouvelle politique adoptée par la Fed.

La fin de l’expansionnisme monétaire américain

Depuis 2008, dans le but de soutenir la reprise économique aux Etats-Unis et de lutter contre le chômage, la Fed a privilégié une politique monétaire qualifiée d’expansionniste. Autrement dit, elle injecte de la monnaie «fraîche» dans une économie paralysée par différents canaux : les classiques avec notamment la baisse des taux directeurs, et les non-conventionnels comme par exemple l’achat direct d’actifs publics. Mais depuis le 22 mai 2013, la Fed a changé son fusil d’épaule: le tout expansionnisme est terminé. Toutefois elle ne veut pas pour autant une politique monétaire restrictive, il s’agit tout simplement de réduire le degré d’expansion. Mais cette annonce a suffi à elle seule à inverser les flux de capitaux.

Avant le 22 mai, les capitaux, en provenance des Etats-Unis, se dirigeaient en masse vers les pays du Sud et les BRICS, attirés par un meilleur rendement du fait des taux d’intérêt plus élevés et des perspectives de croissance dans ces pays. Aujourd’hui, les capitaux sont rapatriés vers les Etats-Unis puisque la nouvelle stratégie de la Fed (à savoir la réduction des achats d’obligations publiques) a fait bondir les taux d’intérêt des marchés obligataires. Ce qui a rendu d’autant plus attractif des actifs qui sont par nature sans risque. A titre d’exemple, les taux à dix ans américains sont passés de 1,6% avant mai à 3,6% aujourd’hui. Avec moins de risques et des taux d’intérêt plus élevés, le marché obligataire américain est redevenu très attractif pour les investisseurs, au détriment des marchés des pays émergents.

Le retour de bâton que subissent les BRICS

Désertés par les capitaux étrangers, les BRICS se retrouvent seuls face à leurs déséquilibres. Les capitaux ayant souvent été placés à court terme, des bulles se sont créées sur le marché des capitaux et le marché immobilier dans les pays émergents. Presque tous les actifs étaient surévalués et l’inversement des courbes n’en a été que plus douloureux. Les bulles ont explosé et les devises des BRICS sont en chute libre. Depuis début juin, la roupie indienne a perdu 22% de sa valeur, le real brésilien 16%. La dépréciation des monnaies accroît l’endettement public et privé, et fait apparaître le spectre de l’inflation importée. Augmenter les taux d’intérêt ne serait pas une bonne idée de la part des banques centrales car cela déprimerait davantage l’activité économique déjà ralentie depuis 2012 dans ces pays émergents (hors Chine).

La seule solution envisageable est une réponse des BRICS sur le marché des changes. En effet, en utilisant leurs réserves en dollars et autres devises étrangères, les banques centrales de ces pays pourraient alors racheter leurs propres monnaies et ainsi atténuer la dépréciation. En contrepartie cela augmenterait le risque de guerre des monnaies, dont l’Europe serait sans nul doute la première victime. Et encore, cette solution n’est viable qu’à moyen terme et à condition d’une entente entre les BRICS, car les réserves en dollars de leur banque centrale ne sont pas infinies. La solution à long terme consisterait plutôt à un accord avec les Etats-Unis, mais il est difficile d’imaginer la Fed céder à la pression des pays émergents. Bernanke et l’administration Obama semblent, à juste titre, beaucoup plus préoccupés par les intérêts américains.

Bruce Vidal


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