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Masters of Sex, la chaude pépite de la rentrée

Publié le 13 novembre 2013 par Wtfru @romain_wtfru

Episode 101

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Dans une rentrée télé US 2013/2014 assez morne aussi bien au niveau de l’originalité que du succès (mis à part The Blacklist, carton d’audience de NBC), Masters of Sex fait figure d’exception. Classe, intelligente, soignée, la nouvelle trouvaille de chez Showtime a tout les ingrédients pour s’installer durablement.

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Le sexe au service de la narration
Avec un titre si explicite, Masters of Sex a forcément crée un sentiment de curiosité particulier à l’heure de découvrir les nouvelles séries de l’année. Sept ans après l’arrivée de Californication dans ses programmes, Showtime remet donc le couvert avec une création basée de nouveau sur le sexe. Mais là où Kapinos offre du cul dans son plus simple aspect, « MoS » propose une alternative au genre. S’inspirant de l’histoire vraie des sexologues William Masters et Virginia Johnson, la série propose une version romancée des recherches des deux spécialistes dans les années 50 et 60 qui les ont conduit à devenir pionniers sur le sujet, notamment dans l’activité sexuelle féminine.
Le cadre médical, s’il n’empêche en rien un certain érotisme dans certaines scènes, bride tout de même le côté le plus primaire du sexe pour le faire passer ici comme une activité au service de la science et non une simple partie de plaisir. Le sexe s’inscrit donc en fil rouge de la narration et n’est pas un artifice apportant une certaine plus-value. Oui il y a des boobs, des fessiers, des scènes de masturbation solitaires, des levrettes, des sex toys, des accouplements, mais quasiment tous servent à faire avancer le schmilblick.

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Une mise en scène soignée et intelligente
Autre aspect important de ce « contrôle » du visuel sexuel de la série, le cadre spatio-temporel. En suivant les aventures de Masters & Johnson, on fait un bond de 60 ans en arrière, dans une époque puritaine où le sexe reste une affaire privée et un sujet tabou. Et où les préjugés sont encore nombreux.
Une femme ne ferait l’amour que pour son mari, l’orgasme féminin serait une légende, l’homosexualité un problème, la fellation une pratique de prostituées et parler de cul un signe de dépravation grave. La série se fait donc un plaisir de tordre le cou à tout ces stéréotypes en les incluant un à un dans ses épisodes de manière fort intelligente et en s’appuyant parfois sur des résultats scientifiques. Quitte à faire faux bond à Freud par exemple lorsque les deux chercheurs viennent à la conclusion qu’il n’existe qu’un seul et grand orgasme féminin et que séparer clitoridien (pour les jeunes filles) et vaginal (pour les femmes) n’a pas de sens.
Qui dit 50′s/60′s, dit forcément mise en scène d’époque. Décors, costumes, réalisation, tout est parfaitement classe, sobre et soigné dans les moindres détails. On est facilement inclus dans l’histoire, on croit à tout et on se laisse transporter au fil des épisodes.
Le seul trait anachronique s’avère être le choix des musiques de fin mais quand on choisit du James Blake ou du Mayer Hawthorne, on est tout à fait pardonné.

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Masturbation en public avec un vibro des 60's. Funky.

Masturbation en public avec un vibro des 60′s. Funky.

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Des personnages déjà indispensables
Si le sujet central et la réalisation sont les points les plus importants dans la réussite d’une première saison de série, Masters of Sex présente un énorme avantage sur la moyenne: les personnages sont déjà installés.
Et ce, grâce à une technique très finement utilisée dans le pilot, l’un des meilleurs de ces dernières années et qui n’est pas sans rappeler le film Oh My God, qui a le bon goût de se transformer en une sorte de film d’une petite heure, cassant les codes de temps habituels des séries, et n’hésitant pas à se projeter loin en avant. Du coup, il n’y a pas de temps pour les balbutiements, chacun est à sa place et à son rôle à jouer dans le bon déroulement des événements.
Mise en avant, c’est bien évidemment la relation complexe du « couple phare » Masters-Johnson et la difficulté d’équilibre à trouver entre leur deux tempéraments (Masters, le mâle têtu, sûr de lui, brillant, qui cache ses émotions et Johnson la femme libérée, indépendant, brute de décoffrage et diplomate)  pour avancer efficacement dans les recherches.
Mais derrière viennent se greffer des petites histoires satellites qui prennent de plus en plus d’importance à mesure que la série avance. Il y a l’envie de devenir mère de Libby, la femme de Masters, que ce dernier ne partage pas forcément avec autant d’enthousiasme, les problèmes de mère célibataire de Virginia qui doit s’occuper de ses deux enfants malgré son emploi du temps surchargé, le flambeur docteur Ethan Haas, tombeur de ces dames mais fou amoureux de Virginia grâce à une simple pipe, le doyen de l’université Barton Scully et ses « soucis » personnels, etc etc.
Les personnages et leurs caractéristiques sont déjà bien installés dans le décor et l’évolution des différentes relations entre eux s’avère finalement être un point central de la série.
Le fait que tout ne se base pas sur les recherches est un excellent point qui vient lever le doute que l’on pouvait avoir au départ en se demandant si le sujet n’allait pas vite devenir rébarbatif (et qui a pu l’être parfois, il faut l’avouer).

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Une interprétation à la hauteur
Si les personnages sont si attachants, c’est évidemment grâce à la formidable interprétation de ceux-ci. Et là on parle en priorité de deux acteurs d’ores et déjà certains d’être nommés pour les prix l’an prochain. Michael Sheen dans la peau de Masters est parfaitement juste, sa tronche de gentil coincé colle idéalement au personnage, à la fois secret, sombre mais au sens de l’humour pince sans rire très british que Sheen développe naturellement. A ses côtés, Lizzy Caplan est la révélation de l’année. La moitié de Matthew Perry (aka Chandler Bing) est cantonnée depuis des années à des petits rôles dans des films et des séries pas forcément inoubliables mais trouve ici un point de chute à la hauteur de son talent. Entre retenue et sex appeal repérable à des kilomètres et personnalisé par ses immenses gobilles bleues et pénétrantes , elle parvient à donner une épaisseur plus qu’agréable à son personnage, véritable clé de voûte de la série.
Les seconds couteaux sont au diapason eux-aussi, le vieux de la vieille Beau Bridges dans le rôle du doyen tient forcément la route, Caitlin Fitzgerald dans le costume de l’épouse soumise par amour est dans le ton, Nicholas D’Agostino a le talent et le physique pour assumer des premiers rôles dans le futur, sans oublier tous les « cobayes » sexuels des expériences -notamment les prostituées dans les premiers épisodes-, quelque part entre l’humour et la candeur que cherche à défendre la série.

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Lizzy Caplan. Un coeur.

Lizzy Caplan. Un coeur.

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On en est qu’à mi-saison que Masters of Sex est déjà adopté. Parce que l’ensemble tient la route et est trop intelligent pour se déliter rapidement. Ce ne sera sans doute jamais un énorme succès d’audience (bien qu’elle tienne la comparaison en chiffre avec la première saison d’Homeland) mais les critiques, très positives, ainsi que le talent des acteurs comme des scénaristes/réalisateurs (et les multiples possibilités qui s’offrent à eux) devraient permettre à la série de s’installer pour un petit moment.

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Le trailer officiel de la saison, qui devrait finir de vous convaincre:

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