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L’Ukraine entre l’Union Européenne et la Russie

Publié le 24 décembre 2013 par Vindex @BloggActualite
L’Ukraine entre l’Union Européenne et la Russie
Bonjour à tous
Depuis fin Novembre, l’Ukraine fait très souvent l’actualité. Il faut dire que dix ans après la « Révolution Orange », l’Ukraine est à nouveau en mouvement. L’Ukraine constitue un enjeu géopolitique entre la Russie et l’Union Européenne voir aussi l’OTAN avec la supervision des Etats-Unis. Si les médias exposent bien les manifestations pro-européennes, il ne faut pas perdre de vue que l’Ukraine semble plus partagée que cela sur la question et que son président Ianoukovitch n’est peut-être pas si pro-Russe que cela. Voyons avec le plus de réalisme possible dans quelle situation se trouve l’Ukraine. 

Pourquoi ces manifestations ?


Tout a commencé le 21 novembre 2013. Le contexte est alors le suivant : l’Ukraine et l’Union Européenne sont en négociation pour un traité de libre échange permettant de rapprocher les deux espaces économiques. Mais dans le même temps, la Russie constitue depuis quelques années une Union Douanière Eurasiatique avec le Kazakhstan et la Biélorussie. Bien évidemment, la Russie, grande sœur et voisine et l’Ukraine, souhaite la rattacher à son union douanière pour coopérer économiquement. La crise fut déclenchée en Ukraine lorsque son président Ianoukovitch a décidé de suspendre les négociations avec l’Union Européenne sous pression de Vladimir Poutine depuis quelques mois. Dès le lendemain, l’opposante politique Timochenko appelle à manifester depuis sa cellule de prison, pour que les négociations reprennent et qu’elles aboutissent. Le mouvement de manifestation prend forme dès le 24 novembre lorsque Timochenko entame une grève de la faim. Le 26 novembre, pour calmer le jeu, Ianoukovitch maintient la possibilité de l’accord avec l’UE mais estime que l’aide européenne (610 millions d’euros), n’est pas suffisante et doit être portée à 20 milliards d’euros. De même, il refuse de signer le programme du FMI qui est une des conditions de l’accord et il propose des pourparlers entre la Russie, l’UE et l’Ukraine pour afin d’échanger sur la situation de son pays. Cependant, la rencontre de Vilnius le 29 novembre échoue à conclure le rapprochement. Il faut toutefois dire que Catherine Ashton affirme que la porte reste encore ouverte aux Ukrainiens. Le 30 novembre, ce nouvel échec entraîne une poursuite du mouvement de protestation qui souhaite la démission du gouvernement. Les manifestants subissent des répressions. L’escalade continue le jour suivant avec le 1er décembre un groupe de manifestants qui parviennent à s’emparer de la mairie de Kiev. Le 2 décembre, les manifestations sont condamnées et désignées comme étant un coup d’Etat par le 1erministre et Vladimir Poutine. La critique souvent faite est que ces actions sont préparées de l’extérieur par des étrangers. Ianoukovitch demande toutefois la réouverture des négociations avec Bruxelles pour calmer encore le jeu. Une motion de défiance est refusée au parlement à l’égard du gouvernement le 3 décembre. Trois jours plus tard, Ianoukovicth rencontre Poutine. Ce même jour, toujours pour calmer le jeu, il est décidé d’ouvrir une commission d’experts dirigée par le Conseil de l’Europe pour se pencher sur les incidents. Ce même jour, Timochenko arrête sa grève de la fin mais continue à critiquer le gouvernement. De nouveaux appels à la démission sont ainsi faits le 8 décembre. De nouveaux pourparlers sont organisés le 9 décembre entre Ianoukovitch et trois anciens présidents de l’Ukraine dont celui qui est sorti vainqueur de la Révolution Orange en 2004, Viktor Iouchtchenko. Malgré cela, les blocages continuent : le 11 décembre les unités antiémeutes renoncent à déloger les manifestants de la mairie. Les pro-européistes crient victoire mais cela n’empêche pas l’UE de refuser à l’Ukraine les 20 milliards d’aide. La crise est telle que les Etats-Unis commencent à s’en mêler le 12 décembre en réfléchissent à des sanctions contre l’Ukraine. John McCain a même rencontré les opposants ukrainiens pour les soutenir contre des contre-manifestations en faveur du président Ianoukovitch. Le 13 décembre, pour calmer le jeu encore, Ianoukovitch propose même une amnistie pour les manifestants interpellés par la police.

Un rapprochement UE-Ukraine : avantages et inconvénients économiques


L’origine même de la crise est un accord de libre-échange entre l’Union Européenne et l’Ukraine. C’est donc qu’il y a des implications économiques dans cette affaire. Un rapprochement économique entre l’Union Européenne et l’Ukraine constituerait sans doute une étape préliminaire à une éventuelle adhésion de cette dernière. Elle permettrait de faciliter le commerce entre l’UE et l’Ukraine et peut-être l’harmonisation économique entre les deux entités. Cependant, selon Jacques Sapir, les intérêts économiques de l’Ukraine ne sont pas forcement les mêmes que ceux de l’Union Européenne. D’abord, les fondamentaux économiques de l’Ukraine sont très en deçà de ceux de l’UE. Ensuite, selon l’économiste, les intérêts de l’Ukraine ne trouvent plus du côté de la Russie et de son Union Douanière Eurasiatique. Il affirme en effet que le commerce extérieur entre les Russie et l’Ukraine est plus important que celui entre l’UE et l’Ukraine, d’autant plus qu’il augmente. Si l’Ukraine se rapproche de l’UE, il sera moins évident que le commerce extérieur augmente puisque la demande interne de l’UE est plutôt à la baisse sauf en Allemagne. L’Ukraine serait sans doute déficitaire dans son commerce extérieur avec l’UE. Aussi le manque à gagner si l’Ukraine ne signait pas l’accord de l’Union Douanière Eurasiatique est évalué de 15 à 20 milliards d’euros par an. L’UE ne semble pour autant pas prête à compenser cela par des aides économiques qui lui coûteraient cher en temps de crise. Il est donc difficile de croire que les intérêts de l’Ukraine soient clairement du côté de l’Union Européenne même si les opposants ont sans doute leurs raisons de manifester. En vérité, l’Ukraine est au cœur d’enjeux géopolitiques à différentes échelles.

L’Ukraine au cœur d’enjeux géopolitiques à plusieurs échelles


L’enjeu économique n’est pas le seul à intervenir dans cette affaire. En effet, l’Ukraine est au cœur d’enjeux géopolitiques à au moins deux échelles. En premier lieu il faut évoquer l’échelle nationale. A l’échelle de la nation ukrainienne, les forces politiques se partagent littéralement l’Ukraine en deux voir trois zones politiques. L’est du pays est clairement pro-Russe par l’influence économique qu’exerce Moscou. C’est là que l’on trouve le soutien à Ianoukovitch et à l’accord avec les Russes. C’est aussi dans cette région que lors de la présidentielle de 2010 les votes furent le plus favorables à Ianoukovitch, l’actuel président. A l’ouest en revanche, la tendance politique est clairement favorable au rapprochement avec l’Union Européenne de par le contact avec celle-ci. C’est là qu’en 2010 Timochenko a recueilli ses meilleurs scores. Enfin entre ces deux régions s’en situe une troisième, au centre, autour de la capitale Kiev, qui est une région plus partagée politiquement et qui constitue un vrai enjeu. C’est ce qu’on bien compris les manifestants qui ont surtout défilé à Kiev et ont pris possession de l’hôtel de ville. On comprend mieux en observant ce véritable partage que la crise soit si grande, mais difficile de dire que l’Ukraine sera un jour coupée en deux comme le suggère Eric Zemmour. En second lieu, il faut parler de l’échelle régionale et internationale. L’Ukraine est un pays économiquement encore assez pauvre et en crise. L’Union Européenne, dans sa logique même, souhaite en profiter pour s’élargir et peut-être aussi montrer un signe de santé économique. Est-ce aussi le moyen de s’attirer de nouveaux débouchés, de stimuler l’activité économique. D’un autre côté, l’Ukraine est aussi intéressante pour sa situation géographique : elle est en contact avec la Russie et lui est très liée historiquement, culturellement et politiquement. Faire basculer l’Ukraine du côté de l’UE serait politiquement un signe fort contre la Russie au niveau des relations internationales. Les Etats-Unis interprètent cela à ce niveau, faisant confondre l’UE avec le cadre plus large de l’OTAN. Faire basculer un pays proche de la Russie dans l’OTAN serait une sorte de victoire pour eux et pourrait leur permettre de se rapprocher géographiquement de la Russie avec qui les relations sont toujours assez compliquées. C’est donc sur la défensive que se place la Russie et rappelle l’Ukraine au bercail, l’influençant dans ses choix et sa destiné politique et économique. L’Ukraine est donc le lieu d’une bataille géopolitique à plusieurs acteurs : l’UE souhaite s’étendre et élargir son assise politique et économique, les Etats-Unis souhaite titiller la Russie en lui soutirant des alliés historiques, la Russie se défend et souhaite garder son allié par tous les moyens. Les forces extérieures sont donc facilement décelable dans cette « euro-révolution » qui pourrait avoir (comme la Révolution Orange) des origines extérieures (les Etats-Unis) et pour laquelle les Russes pourraient bien intervenir si cela dégénère.
L’Ukraine entre l’Union Européenne et la Russie-L'Ukraine est un pays politiquement très clivé-

Epilogue


Le 17 décembre une rencontre eu lieu entre Ianoukovitch et Poutine. Elle a permis à l’Ukraine de prendre une direction plus claire, celle de la Russie. Vladimir Poutine a en effet promis de baisser les prix du gaz livré à l’Ukraine et d’acheter des obligations ukrainiennes à hauteur de 15 milliards de dollars, ce qui permet à l’Ukraine d’éviter la faillite. Le pouvoir a dénigré également l’opposition pour la déstabilisation qu’elle opère en Ukraine. Les opposants ont directement dénoncé l’accord en accusant le président de « mettre en gage » l’Ukraine et en demandant ce que cachent vraiment ces négociations. Cependant, les opposants semblent perdre en vigueur : ils étaient « seulement » 40 000 à Kiev le 22 décembre. Il semble donc que la « révolution » soit temporairement calmée par les accords avec la Russie. On peut en conséquence se demander si les manifestants n’étaient pas descendu surtout par mécontentement et pour mettre la pression sur le gouvernement afin qu’il trouve rapidement une solution aux difficultés du pays. Peut-être le sentiment pro-européen n’est-il pas encore si répandu en Ukraine. Ainsi, selon un sondage du 2 décembre, seulement 28 pour cent des opposants souhaitaient une démission de Ianoukovitch pour le refus de se rapprocher de l’UE. Difficile sans doute de faire bouger un lien aussi historique que celui entre la Russie et l’Ukraine.
Dans cette affaire, tout est gris, rien n’est tout blanc ni tout noir. Il s’agit de voir que la révolution actuelle n’est peut-être qu’une révolte et que ses causes sont multiples. Les intérêts en Ukraine sont également multiples et se manifestent à plusieurs échelles, mêlant des acteurs qui dépassent largement la seule Ukraine. Cet article proposait de montrer le mieux possible la complexité de cette affaire, sans prendre excessivement position. Pour en savoir plus encore, je vous conseille la lecture de cet article : http://www.slate.fr/tribune/81479/ukraine-halte-manicheisme.
Sources :
YoutubeRusseuropeChristroiLe MondeLe MondeLe MondeLe MondeLe MondeLe MondeLibération
Vin-Dex

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