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Les Transmusicales 2013

Publié le 05 janvier 2014 par Acrossthedays @AcrossTheDays

C’était notre troisième fois. Il y a deux ans il y avait eu la première rencontre, presque effrayante. Ces halls si grands, ces murs si hauts, et ce monde, cette effervescence. Un peu perdue au milieu de cette micro-société musicale, on apprenait. Puis la seconde rencontre en 2012. Plus en confiance, avec la hâte de retrouver le grondement des basses entre les salles, le va-et-vient incessant de ceux qui veulent tout voir, tout entendre en quelques heures. Et surtout de retrouver cette ambiance, ce festival qui a su nous charmer au premier regard. Et l’attente. 365 jours à guetter la première sortie de programmation, le premier visuel, pour enfin arriver au Jour-J début décembre. On pourrait décrire sur des pages et des pages le profond sentiment d’affection que nous portons à cet événement, bien plus important, plus bien intense que les autres festivals auxquels nous avons pu assister. La raison est simple : l’inconnu. Et de cet inconnu vient la découverte, improbable, surprenante, qui réjouit, qui déçoit aussi parfois… Mais qui stimule trois jours durant une ville entière, une communauté de mélomanes qui dépasse les frontières bretonnes. Les Rencontres Transmusicales, un nom parfait pour un festival qui pour sa 35e édition a encore su prouver qu’il est l’événement à ne pas rater sur la scène musicale française.

oSOKaNj LIVE REPORT │ LES TRANSMUSICALES 2013, LES 3 JOURS QUIL NE FALLAIT PAS RATER.

© James ‘Ça Pique Les Yeux’ Marsh

JEUDI :

Une soirée plus courte, presque intime dans la froideur des halls du parc des expositions, qui commence pour nous par la pop enjouée de Chic Gamine, à mi-chemin entre indie-pop et r’n'b : la belle ouverture qu’il fallait dans ce Hall 4 qui se remplit doucement, au même rythme que le Hall 3 qui voit arriver Moodoïd. Avec leurs paillettes et leurs costumes, ils brillent dans le hall 4 d’une douceur planante. S’ils sont la montagne comme ils le chantent si bien, alors nous prendrions bien nos vacances d’hiver à leurs côtés, nous laissant glisser lentement sur le son de leurs voix.

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Un vrai bon moment pour commencer cette première soirée, qu’il faut enchaîner un peu trop rapidement avec London Grammar. Le hall 4 est alors rempli. Si le public est venu voir le visage captivant de la jolie blonde, ou simplement entendre le son invraisemblable de sa voix, on ne sait toujours pas. Les chansons s’enchaînent et la maîtrise est parfaite, le public est silencieux et semble alors hypnotisé… nous, on s’ennuie rapidement. C’est plat, et on a davantage l’impression d’écouter une énième version de l’album. Aucune folie, aucune surprise. Oui, elle chante véritablement bien, c’est une certitude, mais on a l’impression d’assister à une audition de Britain Got Talent et on est pas venu pour ça. Alors direction Luke Jenner. L’ex-chanteur de The Rapture nous propose un concert agréable mais sans surprises, peut-être un peu trop linéaire. Après un début de concert relativement instable, il commencera dans la deuxième partie à faire bouger timidement son public, sans grand succès. Un de ses premiers concerts solos néanmoins bien mené dont on lui pardonne les maladresses.

S’en suit la première Green Room de l’année. Méconnaissable cette édition, elle est plus grande, adieu les rideaux noirs, adieu l’ultra proximité dans le public. C’est un peu désorientés qu’on se lance alors sur le son de Popa Zens qui enflamme un public dont le jeune âge laisse un peu perplexe. Une fois passé le triste constat que les bonnets à pompons et autres lunettes de soleils de ski sont encore à la mode chez les lycéens (on ne juge pas, on a tous fait des bêtises), on tente de se laisser embarquer par ce drum’n'bass d’un genre particulier. Mais non, ça ne marche pas. Une bière s’impose.

Et comme elle ne suffit pas à nous réchauffer, on va se prendre notre dose de soleil avec La Yegros et sa folie… étonnante. La chanteuse argentine est presque nue sur scène (les gars, on vous a tous vu essayer de regarder sous sa jupe) et le public s’agite vite sur les mélodies de Viene de mi. On ne restera pas longtemps, mais mention toute particulière à la présence d’un ACCORDEON, instrument que l’on croyait définitivement perdu dans le monde lointain de Dany Brillant et de Zaz.

Après un retour rapide à la Green Room pour tenter de se faire un avis sur Surfing Leons (qu’on ne se fera jamais), on passe découvrir le rock Bosco Delrey : le problème, c’est qu’il ne suffit pas de savoir agiter ses longs cheveux pour faire du bon rock’n'roll.

En attendant tranquillement la clôture de cette première soirée, on passe découvrir Sixtine : malaise sur scène et dans le public, le courant ne passera jamais malgré la pop aux accents french touch prometteurs du groupe. On terminera donc par l’impressionnant Har Mar Superstar. De ce bonhomme aux cheveux longs, on retient surtout des costumes brillants (qu’il prend plaisir à enlever), une voix imposante et surtout un charisme et une présence rare. Partis avant la fin du concert, on apprendra sans étonnement qu’il l’a fini en slip. Un beau moment pour terminer cette première soirée des Transmusicales 2013.

VENDREDI

C’est à l’Etage du Liberté que notre journée commence en plein après-midi, avec les quatre nantais de Disco Anti Napoleon. Dans la lignée de Pégase (présents l’année dernière), ils offrent à une salle presque pleine un concert dansant, la voix de Jordan résonnant sur les mélodies psyché de l’EP Blue Lawn. On en voudrait encore, tellement que l’on regrette un peu qu’ils ne soient pas programmés plus tardivement, l’écho de leurs voix correspondant parfaitement à la grandeur du parc expo.

A peine le temps d’un apéro devant le set varié et généreux de Labelle, d’un deuxième apéro devant le rock dévastateur des jeunes The Skins et de leur reprise incroyable de Kanye West, et même d’un troisième apéro devant les basses rondes et dynamiques des Chinois de Nova Heart, nous voici déjà à danser sur la pop-rock sympathique de Oum Shatt. Les mélodies rentrent facilement dans la tête et on prend du plaisir à danser au son de la voix grave de son chanteur allemand. On pense à Franz Ferdinand autant qu’à d’obscurs groupes germains kraut-quelque-chose. S’il paraît que Stromae émerveille le hall 9 (complet « seulement » 10 minutes avant son commencement),  on préfère rester et attendre Le Vasco. Le groupe ultra-énergique rappelle Crystal Castles mais les fausses notes et la voix sur-jouée nous fatiguent : on s’enfuit vers la Green Room dont Clyde P enflamme le dancefloor. Mais la douceur presque estivale des Jacuzzi Boys nous attire. Efficace, on a le sourire aux lèvres et d’un pied à l’autre, on s’agite doucement sur cette pop sympathique et la légèreté de ses mélodies. On ne peut que sentir l’influence de la Floride derrière ces trois jeunes hommes de Miami, les longs cheveux du chanteur réveillant en nous des désirs de surf sur les vagues américaines et de tatouages en couleur.

Horse Meat Disco réussit de son côté à conserver le public du hall 9 à la suite du phénomène Stromae. Déjà reconnu dans le monde de la musique électronique, salués jusqu’à l’intérieur des quatre murs de la Boiler Room il y a quelques mois, le set résolument disco nous confirme le talent de ces Anglais.

Escort prend la relève et nous déçoit. Si les références de ces New-Yorkais ne sont pas à prendre à la légère, continuant sur la lignée disco du groupe qui les précédait, le collectif à la chanteuse extravagante nous propose un concert trop plat, peut-être un peu en décalage par rapport à l’heure de leur passage sur scène.

Les 2 heures du matin approchent et au milieu de l’effervescence des festivaliers entre les halls, on commence à faire le point. Devant le Tweet-wall du hall 4, adossés au bar de la Green Room, on hésite entre aller gigoter dans la green-room/dark-zone avec l’intriguant Madame ou s’enfiler des sushis et des huîtres dans le fabuleux hall 5. A peine de le temps de réfléchir qu’il faut déjà courir pour voir la fin de Marcus Marr qui réveille le hall 9 de son sélection acérée sortie droit de chez DFA, juste avant The Crystal Ark, qui sont signés chez…DFA. La boucle est bouclée.

Mais le plus beau, certainement le meilleur concert de cette soirée sera le dernier. On écoutait depuis quelques temps déjà et on attendait avec une très grande impatience les Public Service Broadcasting, intrigués par cette musique électronique hypnotisante accompagnée de voix-off d’images d’archives. Sur scène, derrière le duo de musiciens, des écrans et ces images en noir et blanc, comme si s’approprier leur musique nécessitait une instruction particulière, une attention, une véritable écoute. Et leur scénographie impressionnante de rassembler ce savoureux mélange dans une ambiance profonde, inspirante, parfaite pour terminer en beauté ce deuxième soir.

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SAMEDI

On arrive tôt pour voir Fakear chauffer le hall 9 sur le même créneau que son voisin/copain/mentor Caennais Superpoze l’année passée, et si le live est encore perfectionnable on prend beaucoup de plaisir à retrouver Morning In Japan ici. C’est plutôt par Dakhabrakha que la claque arrivera. Quand on se retrouve devant un groupe de musique folklorique venu d’Ukraine et habillé traditionnellement, on sait qu’on est aux Transmusicales et nulle part ailleurs (ou à Kiev, à la limite). Et c’est tout à fait le genre de live dont il est impossible de parler correctement : on omettrait alors des détails qui font cette atmosphère si spéciale, et qui ont mené le hall 4 à entrer en transe. Sans mauvais jeu de mots.

A minuit dans la Green Room, Kosme prend les rênes en même temps qu’il prend les Renn…ais par suprise. Si le lyonnais impressionne physiquement, ses longs cheveux et sa barbe rousse volant au rythme de sa musique, l’artiste a aussi de quoi intimider par son talent : mixant exclusivement sur vinyles depuis quinze ans maintenant, résident de club à Lyon et créateur de son propre label, il porte avec honneur la relève d’Agoria, présent il a deux ans sur une scène des Transmusicales. Mais le son de la Green Room ne le suit pas. Presque inaudible, on se refuse à se gâcher ce moment, et on part au Hall 9 où jouent The Midnight Beast. Un moment dont le souvenir nous échappe sûrement parce qu’on préfère se rappeler des rires qui nous ont habité plus que de la musique qui les a provoqués, et nous qui attendons avec une certaine hâte Boston Bun, il arrive enfin. L’influence Ed Banger se fait sentir et même si on peut lui reprocher un certain manque de subtilité, il réchauffe le hall et nous fait bouger dans tous les sens. Un bon moment pour les amateurs de musique techno peu difficiles à convaincre, on sourit en les regardant remuer les poings en l’air avec une harmonie réjouissante.

La foule est dispersée ce soir et un public important se rassemble devant Louisahhh!!! à la Green Room, dont le son ne nous permet toujours pas de profiter au maximum de l’une des rares femmes présente derrière les platines techno du festival. Il est donc déjà l’heure de découvrir le Boarding Pass du célèbre Joris Delacroix, qui présente dans le hall 9 un véritable show de mise en scène : ce que beaucoup ne remarqueront que plus tard. Pour nous emmener dans les airs avec son dernier projet, il impose un véritable réacteur d’avion derrière lui, illuminé et l’illuminant de toutes les couleurs. Sur les premières notes de Air France et du haut de nos gradins, le public devient alors marée humaine sur ce qui nous semble être de plus en plus un coucher de soleil rouge flamboyant. Bref, Joris nous fait décoller, enfin. Et comme un bon moment n’arrive jamais seul, c’est l’allemand et ami du lyonnais Kosme qui prend la suite : Konstantin Sibold, que nous délaissons rapidement, déçus de sa difficulté à gérer un aussi grand dancefloor que même le tube Madeleine peine à faire danser, pour aller découvrir à la Green Room Charlie Kane, qui à notre plus grande surprise réussit à nous séduire avec un set drum’n'bass pas vraiment alléchant à première vue (et on est toujours surpris). Plus simplement ? Il est 4 heures du matin et cette musique qui passe de la house à la techno, tout en frisant parfois des sonorités psychédéliques nous donne envie de terminer la soirée au Teknival, à quelques kilomètres du parc expo.

Au même moment, dans un genre tout à fait différent, Gang do Eletro et leur « tecnobrega » (de l’électro nineties syncopée dans un chant parlé, saccadé et surtout brésilien) nous donnent à voir une bien belle fête dans un hall 4 qui hésite entre danser torse nu en gesticulant et rester consterné les bras croisés. Nous avons choisi notre camp : celui de la fête qui se fiche des a priori. Ce soir, le Brésil a remporté la Coupe du Monde de la musique jouissive.

On passe rapidement voir Julian Jeweil, dont la techno envahit les murs du hall 9 qu’il clôturera sans grande inventivité. Mais la fin du festival approche et vient le tandem tant attendu. Il est 5h15 du matin et Acid Arab lance enfin ses premières notes. Oublions les blagues idiotes et autres références faites à un certain article du Monde après le Pitchfork Festival, oublions ceux qui ne comprennent pas, tout simplement. Car ce mélange d’acid house et de musiques arabes est savoureux. On y reconnait Omar Souleyman ou encore Boyz in the oud, et on prend un malin plaisir à se déhancher, à pencher la tête d’un côté puis de l’autre, bouger les bras dans tous les sens… avec un sourire aux lèvres qui semble généralisé. Un beau moment d’amour et de festival, qui s’arrêtera bien trop vite, bien trop brusquement.

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Et ce retour à la réalité, la boule d’angoisse qui grandit dans la navette du retour. Les trois jours des Transmusicales s’achèvent sur un excellent moment, et avec le sourire et quelques cernes on se refuse à partir au Teknival. Il est l’heure de dormir, beaucoup, pour que les 362 prochains jours passent vite. En attendant les prochaines Transmusicales.

Pendant que certains se refusent à toute vie autre qu’un bol de céréales sous une couette à 19h30, d’autres, plus chanceux, puisent leurs dernières forces pour se tirer jusqu’à l’Ubu, où a lieu la clôture du festival, et où a lieu son meilleur concert. Il n’est que 20h et pour l’instant personne ne le sait, mais une heure plus tard, après un bien trop court set de Jungle, les happy few ont reçu la claque inattendue, inespérée, inventive et décalée. La pop du futur se joue sous nos yeux, elle est douce quand il faut mais tape dans le mille à l’instant nécessaire, elle n’a besoin de rien d’autre que de beaucoup d’amour et elle se dévoilera à vous.

Après cette 35ème édition remplie d’amour, on attend impatiemment que les 36èmes Rencontres TransMusicales consomment ardemment et tendrement le mariage.

Article co-écrit avec Sinh Blum


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