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Interview │ kosme, une histoire de passion

Publié le 20 janvier 2014 par Acrossthedays @AcrossTheDays

On le remarque de loin. Avec ses longs cheveux et sa grande barbe rousse, impossible de ne pas prêter attention à Kosme. S’il impressionne à première vue, c’est aussi parce qu’il n’est pas n’importe qui : lyonnais autodidacte, il a créé son label Caramelo, produit et surtout, tient une place importante dans le monde de la nuit. Nuits Sonores, Boiler Room, résidence à Lyon… Programmé à la Green Room des Rencontres Transmusicales à Rennes début décembre, nous en avons profité pour le rencontrer. De son « virus pour la musique » à son EP April Moon, Kosme (vous pouvez le prononcer « Kome », « Kosmé », « Kosme », il dit lui-même que c’est à nous de choisir) nous raconte surtout ce que représente sa véritable passion pour la musique électronique, une histoire d’amour que nous avons très envie de partager avec lui.

NEBmznJ INTERVIEW │ KOSME, UNE HISTOIRE DE PASSION

ATD. Salut Kosme, est-ce que tu peux présenter l’ensemble de ton travail, qui est relativement large ?

Kosme. Ça fait 16 ans que je mixe. Avant tout je suis un passionné de musique, et le virus pour la musique s’est amplifié au fur et à mesure des années. J’ai organisé beaucoup de soirées dans un premier temps, ce qui m’a permis de sortir mon épingle du jeu et de me rendre visible aux yeux de la scène électronique. J’ai été résident de plusieurs clubs dont l’Ambassade à Lyon pour ce qui est des plus connus, et actuellement du Sucre qui est un nouveau club lyonnais qui a ouvert en juin et géré par les équipes des Nuits Sonores. Je propose une résidence mensuelle qui s’appelle The Cosmic Adventure. Cette résidence c’est l’opportunité pour moi de montrer tout le panel de mon univers, de ce que je peux proposer. J’invite des artistes proches de mes influences, je suis assez militant pour l’atmosphère et l’ambiance, donc on essaye de faire des soirées chaleureuses : que les artistes aient une connexion entre eux et donc qu’il se passe quelque chose d’unique aux yeux du public. C’est ce que j’essaye de faire avec Cosmic en tant que promoteur de soirée. Après, dans cette aventure Cosmic, j’ai crée il y a trois ans le label Caramelo, plutôt fait à la base pour donner la chance à des talents émergents de produire un disque, pas seulement sur la scène lyonnaise. Le premier disque, on l’a fait avec Konstantin Sibold avant qu’il soit très connu comme maintenant. On en a refait un autre d’ailleurs en juin dernier qui a très bien marché. Ce label était là pour lancer des jeunes talents, on continue de le faire évoluer, une sortie est prévue début janvier avec un artiste autrichien qui s’appelle Roman Rauch et il y aura des artistes un peu plus connus. Caramelo suit son cours, et je monte un deuxième label associé à Cosmic Avdenture.

ATD. Et celui-ci est déjà en cours de création ?

Kosme. Il est bien en création puisque les morceaux sont déjà faits, il sera dédié à mes productions. C’est plutôt un labo, il n’y aura pas de barrières de style, plutôt des choses vastes. J’ai envi de retranscrire et de stigmatiser sur un support mes influences du moment, mais aussi d’inviter d’autres artistes à remixer certaines productions. J’ai envi d’apporter des touches extérieures, avec un parti-pris graphique, des sorties vinyles… Et ça sera pour le début 2014.

  »Créer un vinyle, c’est créer un projet artistique »

ATD. J’ai vu que tu travaillais beaucoup sur le vinyle avec Caramelo, c’est quelque chose de très important pour toi ?

Kosme. Carrément oui, j’ai grandi avec ça, je suis un passionné, un collectionneur. Je mixe seulement avec, c’est mon support. Il y a un côté militant dans le fait de travailler sur vinyle aujourd’hui, c’est pas facile, il y a des contraintes techniques, il faut trouver les disques.

ATD. Mais ça revient complètement à la mode ces dernières années.

Kosme. Oui, mais je le fais surtout parce que c’est le support avec lequel j’ai grandi, alors certes il y a une conviction mais il y a surtout cette partie personnelle, sentimentale, qui fait parti de mon parcours. Je suis très attachée à l’objet, j’aime les choses physiques, palpables. Créer un vinyle, c’est créer un projet artistique dans tous les sens du terme : on travaille avec des musiciens, des graphistes mais aussi avec des gens qui pressent du disque, qui sont aussi des artistes pour moi, c’est un véritable savoir-faire. J’aime ce côté très complet artistiquement.

ATD. Qu’est-ce qui t’attire dans l’univers musical et plus largement artistique ? La personne que tu vas suivre instinctivement ?

Kosme. Ce qui me plaît en général c’est le fait de repousser les limites. Le côté maîtrise, ou du moins la connaissance des racines musicales de l’univers dans lequel l’artiste évolue. Mais en même temps d’apporter une touche de fraîcheur, d’aller décloisonner un truc. En ce moment je suis très fan des artistes de Détroit comme Kyle Hall ou Jay Daniel parce que ce sont des gens qui sont en train de révolutionner le truc : ils ne réinventent pas la sauce mais ils cassent certains codes rythmiquement. Ils réinventent une formule, ou même, ils font en sorte qu’il n’y ait plus de formule, qu’il n’y ait plus forcément de structure. Il y a une vraie dynamique en ce moment dans la musique électronique qui a été ces dernières années très cloisonnée, assez droite avec de codes bien précis et bien formatés, et je trouve que depuis 6 mois ou 1 an tout est en train d’éclater.

ATD. Tu dis qu’on ne peut plus dire que tel artiste fait de la techno, tel fait de la house, etc ? En tout cas c’est ce que l’on ressent dans ton EP April Moon, c’est ce mélange constant du style, des influences.

Kosme. J’espère qu’il y a un fil conducteur, mais effectivement, le rôle du Dj actuel comme je le vois c’est un Dj qui doit tout jouer, c’est aussi de cette manière qu’il a un côté éducatif envers son public, qu’il peut le mieux s’adapter à une salle, prendre les gens avec lui et créer une atmosphère. Malgré le fait que j’adore certaines esthétiques, ça peut être chouette quelque chose de droit dans un style particulier, mais en ce qui concerne le club, s’il veut se réinviter, se renouveler et si la musique électronique veut continuer à progresser, ça doit passer par là, par l’éclectisme.

ATD. Est-ce que tu penses que c’est ce nouvel éclectisme qui aide justement la musique électronique à véritablement s’implanter dans les clubs, voire même à faciliter l’émergence de nouveaux clubs dans les villes ?

Kosme. Tu vois dans ma résidence par exemple, on est sold out à l’ouverture des portes à 800 tickets. Donc oui, je pense que les gens ont envie de ça, ils sont lassés, ils ont envie de vivre des choses nouvelles et surtout authentiques. Il y a un moment où les gens se retrouvent dans ce que je fais parce que je ne triche pas, je propose quelque chose de spontané, comme je le vis. Je livre une émotion qui est la mienne et je pense que c’est ce qu’ils aiment.

ATD. Depuis 15 ans justement, tu as vu cette évolution dans la réceptivité du public avec la musique électronique ?

Kosme. Ça a vachement évolué. Les techniques de production ont évolué donc forcément la musique a évolué, et le clubbing a évolué. C’est différent en fonction des pays, mais en France c’est flagrant depuis 3 ou 4 ans. C’est grâce à la jeunesse. Aujourd’hui je vois des mecs de 16, 17 ou 18 ans qui ont la même culture que moi, qui vont me parler d’artistes de Détroit ou de Chicago des années 1990, qui ont déjà assimilé cette culture, et qui vont vraiment au fond des choses. Alors internet aide, mais ils vont chercher vraiment les choses. Et je trouve que c’est énorme et que ça contribue à ce renouveau de la scène française, à ce renouveau du clubbing, à cet éclectisme… je trouve ça joli.

ATD. Tu entretiens quel rapport avec la scène Lyonnaise dans son ensemble ?

Kosme. Pour moi le fer de lance c’est Agoria, qui est important pour Lyon. En ce qui me concerne il joue un peu le rôle de grand frère, il surveille de très près la scène lyonnaise et s’intéresse à tous les projets, les petits comme les grands. C’est important d’être suivi par ces prédécesseurs car ce sont des gens qui vont être de bons conseils, et c’est important pour moi d’avoir un guide.

  »Je milite pour que plus de Djs sortent des clubs »

ATD. Tu es ici pour les Transmusicales, tu étais déjà venu en tant que festivalier ? Qu’est-ce que ça représente pour toi d’être là ce weekend ?

Kosme. C’est même ma première fois en tant que tout, c’est la première fois que je viens à Rennes. Mais bien entendu ça signifie quelque chose, c’est un festival qui a 35 ans, historiquement c’est génial, c’est une pierre importante de ce qui se passe chaque année en terme d’événement en France. Et tu vois, quand on parle d’éclectisme, et bien pour moi d’être invité par un festival aussi éclectique que ça c’est génial. D’ailleurs je milite pour que plus de Djs sortent des clubs et aillent se mélanger à ce qu’est la musique dans son ensemble.

ATD. T’as fait les Nuits Sonores cette année et tu y as fait une Boiler Room, ça a un côté prestigieux pour toi ?

Kosme. Ça l’est oui. Les éditions Nuits Sonores de cette année ont été assez marquantes pour moi, il y a eu un tournant dans mon parcours car j’y ai fait deux choses très importantes qui m’ont un peu permis d’évoluer. Tout d’abord d’ouvrir la scène d’après-midi, ça a été une expérience unique pour moi mais aussi ça m’a permis de me faire encore plus connaître du grand public. Et la Boiler Room. C’est quelque chose que je voulais vraiment faire car je suis ça de près et j’aimais ce côté « on peut écouter de la musique, mais ça se voit aussi ». Boiler Room a remis le Dj au centre du débat dans le sens où c’est bien d’écouter des sets, mais des sets, ça se regarde aussi.

ATD. C’est aussi le problème de la visibilité des Djs en général, bien souvent on connaît les musiques sans connaître le visage de la personne qui les mixe.

Kosme. Ça peut sembler un peu bizarre mais c’est important de voir le visage d’un Dj, il transmet une émotion, il véhicule de la musique par les enceintes mais aussi par sa présence physique et la manière dont il vit les choses. Et Boiler Room je voulais le faire parce que j’ai cette conviction là, et ça me permettait aussi de dévoiler cet aspect de ma personnalité. Ça s’est bien passé, j’ai eu des bons retours.

ATD. Ça t’a apporté beaucoup ?

Kosme. Ça m’a pas apporté tout de suite des retombées mais ça apporte forcément des choses, car aujourd’hui j’ai un support qui est très crédible pour communiquer. Forcément c’est super utile. Et puis même des gens qui ne s’intéressent pas à la musique, je pense à ma famille par exemple, quand ils m’ont vu là-dedans ils ont compris ce que je faisais pour la première fois. C’est assez puissant comme outil, d’ouvrir vraiment les choses plus loin, à tout le monde..

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ATD. Qu’est-ce tu écoutes et que tu ne passerais jamais en club ?

Kosme. Je suis capable de tout passer. Je n’ai aucune limite à ce niveau là. Je réfléchis quand même… je ne sais pas. Le rock peut-être, j’ai du mal à l’insérer dans mes sets et j’en écoute très peu.

ATD. Ah, c’est pourtant rare, on voit souvent des Djs qui sont passés par la case rock au préalable.

Kosme. Je suis passé par le dub et le reggae, enfin c’est ce que j’écoutais adolescent, et j’en suis venu très vite à la musique électronique. Mais insérer du rock dans mes sets pourrait être un challenge ouais. C’est possible.

ATD. J’ai vu que tu avais fait une collaboration avec Fragil, c’est votre rousseur à tous les deux qui vous a rapproché ?

Kosme. (rire) Raphaël Fragil c’est quelqu’un que j’aime beaucoup et dont je me sens très proche parce que c’est quelqu’un qui s’est fait tout seul, indépendant un peu comme moi. On a un parcours un peu commun, d’ailleurs on s’est fait une date que tous les deux cette année en back to back à l’Ambassade à Lyon. C’est quelqu’un que j’affectionne vraiment beaucoup. Il est plus jeune pourtant, mais on est tous les deux des activistes de province, c’est pas rien.

ATD. Les Transmusicales permettent aussi de faire connaître des petits groupes de provinces, et on voit dans les groupes en développement présents sur le festival qu’ils viennent d’un peu partout en France. Tu pense que la province peut prendre l’ascendant sur Paris ?

Kosme. C’est pas bien ce que je vais dire mais par rapport à la musique électronique Paris est un peu nombriliste. Alors certes ça devient de moins en moins vrai, j’ai un distributeur parisien, je travaille avec des parisiens… mais effectivement pour rejoindre ce que tu dis, un festival à Paris qui va donner autant de place à des provinciaux, j’en connais pas.

Le soir même nous le retrouvions au Parc des Expositions des Transmusicales (dont on vous parlait ici ). C’est un artiste inspirant dont on ne souhaite que le meilleur, à suivre de très près dans les mois à venir. 


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