Magazine Culture

Échos du monde musulman N° 216

Par Alaindependant

11 mars 2014

Les Tatars de Crimée

Je vous ai communiqué justeavant la crise actuelle, mon article sur la Crimée :http://lecercle.lesechos.fr/node/92435/

Je ne sais pas si vous avez lu les commentaires qui s’y sont rajoutés, mais les différents acteurs découvrent  peu à peu les données que j’y ai exposées.

Que s'est-il passé depuis ? Comme prévu, la majorité russe (et pas seulement russophone) de Crimée a demandé, plus ou moins spontanément (troupes russes « protectrices »), son attachement à la Russie et dans un deuxième temps l'idée lui est venue de légitimer cette atteinte au droit international par un référendum.

Des journalistes occidentaux ont recueilli des témoignages verbaux dont il est difficile de connaître la représentativité. Un « Russe local » déclare hésiter entre le rattachement à sa patrie et la crainte de tomber sous la coupe d'un régime moins démocratique que celui qui se dessine en Ukraine. Un Tatar disant s'exprimer au nom de toute la communauté (20 à 25 % de population locale ?) rappelle les persécutions subies du fait des Russes, et préfère donc rester rattaché à l'Ukraine, tout en rajoutant curieusement qu'il va s'abstenir (crainte de représailles en cas de vote négatif ?). Vous vous souvenez que les Tatars sont des turcophones sunnites, probablement largement laïcisés depuis la période communiste, à moins que des missionnaires musulmans n’aient remonté la pente, comme cela s'est fait en Tchétchénie, et ponctuellement dans de nombreuses zones musulmanes de l'ex-URSS.

Bouteflika : c’est parti, voire déjà arrivé !

Ça y est, le président a déposé lui même sa candidature, accompagné d'un camion contenant la masse des signatures demandées. Ses fidèles ont fait merveille par tous les moyens, y compris, paraît-il, un peu brutaux, pour les collecter. On a même pu photographier le président à travers la vitre de sa voiture et les témoignages divergents sur ce qui lui reste de vivacité, la presse française étant la plus polie. El Watan écrit :La voix éteinte, presque inaudible, le visage blême et le regard hagard, Bouteflika a (déclaré) «Je suis venu déposer officiellement ma candidature ». C’est la première fois qu’il s’adresse à ses compatriotes depuis son fameux discours de Sétif, le 8 mai 2012

Du coup, les 140 candidats à la candidature se sont presque tous désistés. Il en reste 12 dont le plus « lourd » est l'ancien Premier ministre Ali Benflis. Le nom des autres sera publié dans quelques jours. Il y aurait notammentle président du Front national algérien (FNA) Moussa Touati et l’éternelle secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) Louisa Hanoune.

Les candidats ayant renoncé appellent au boycott, et le sentiment général est que tout est bloqué jusqu’au décès du probable futur président.

Ouverture d'un institut algéro-américain

Il s'agit de former « des responsables de niveau international ». Il est précisé que l'enseignement sera en français, avec probablement des modules supplémentaires dans la langue des spécialistes invités.

Le premier ministre turc s’embrouille

La semaine dernière je vous disais : « Le premier ministre turc s’embourbe ». Aujourd’hui il s’embrouille. Pressé par les gulénistes, accusé plus que jamais de dérive autoritaire parce qu’il envisage d’interdire YouTube et Facebook, et parce qu’il renvoie juges et policiers par fournées pour étouffer les accusations de corruption visant ses proches, Recep Tayyip Erdoğan a décidé de ne pas se battre sur plusieurs fronts et de faire la paix avec les laïques en libérant avec excuses un général qu’il avait embastillé en l’accusant d’avoir organisé une tentative de coup d’État. Mais en niant aujourd’hui ce qu’il avait proclamé si fort hier, le premier ministre ne restaure pas son autorité. Il a déclaré qu’il démissionnerait si son parti n'était pas en tête aux municipales. Un récent sondage donne 40 % des voix à l’AKP, qui reste en tête, mais avec nettement moins que les 50 % précédents.

La crise franco-marocaine

Cette crise que nous évoquions dans ma dernière lettre semble se calmer. Néanmoins un dirigeant de l'Istiqlal, parti nationaliste, en a profité pour proposer le remplacement du français par l'anglais.

Vous souvenez d'une part d’un ragot sur lequel je ne reviens pas, et surtout de la suspension des accords juridiques avec la France, beaucoup plus grave puisque cela va paralyser des Français et surtout des Marocains de France qui n’y sont pour rien. Faut-il comprendre que l'indépendance de la justice française mettrait en péril des notables marocains de passage en France ? Le rappel de l’usage de la torture ou de ce que le Maroc serait le premier producteur mondial de cannabis, est bien sûr une insulte à la dignité nationale n’ayant rien à voir avec cette suspension.

Ça barde pour le Qatar

Le Conseil de coopération du Golfe qui réunit les Émirats, l'Arabie, Bahrein, le Koweït, Oman et le Qatar a condamné ce dernier pays, ce qui est une première dans la région. Les 3 premiers pays ont retiré leurs ambassadeurs du Qatar.

Vous souvenez que le Qatar avait soutenu les Frères Musulmans en Égypte et leurs « cousins » ailleurs (Maroc, Tunisie, Syrie …), alors que l'Arabie, Bahreïn et les Émirats soutiennent au contraire le régime égyptien actuel.

Le Qatar héberge notamment le prédicateur Youcef Al Qaradhaoui considéré comme le porte-parole religieux des Frères, et qui avait soutenu les islamistes algériens pendant la guerre civile des années 1990. Al Qaradhaoui a particulièrement agacé l'Égypte et les Émirats. C'est également une pierre dans le jardin d'Al Jézira qui diffuse ses discours et qui est en perte de vitesse (nos lettres précédentes).

Tunisie

Levée de l’état d’urgence, remplacement de certains préfets, arrestation de fauteurs de trouble, libération .... La situation semble se normaliser au bon sens du terme.

Le prix du pétrole devrait un peu baisser

Le prix du pétrole est resté élevé en 2013. Depuis 2011 il varie en gros de 106 à 112$ le baril. Le département américain de l'énergie ainsi que la moyenne des prévisions de 27 analystes donne 104 $ pour 2014.

Vous souvenez que l'Algérie, l'Arabie et probablement d'autres pays producteurs distribuent une part de plus en plus importante de la rente pour « acheter le calme » de leurs populations. Le prix nécessaire pour payer ces largesses s'approche du prix de marché. Si cette tendance se prolonge, ces pays auront des problèmes budgétaires malgré la manne.

Appel aux souscripteurs !!

Cette lettre est gratuite et entend le rester. Toutefois elle demande à notre association, l’ICEG, des efforts financiers qui, bien que modestes, commencent à la dépasser.

De petits dons seraient donc les bienvenus (chèques à l'ordre de ICEG, 12 rue Abel 75012). En remerciement je vous enverrai des textes approfondissant tel ou tel point de cette lettre … et bien sûr un reçu fiscal pour diminuer l


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