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[Chronique] Madlib & Freddie Gibbs – Pinata

Publié le 25 mars 2014 par Wtfru @romain_wtfru

FG&M
(Madlib Invazion/Differ-ant)

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C’est le genre de collaborations comme le rap peut en offrir parfois. Et que l’on aimerait voir plus souvent. L’association Madlib/Freddie Gibbs, c’est l’essence même du hiphop entre un maitre artificier qui possède la science infuse de la production depuis vingt ans (le premier) et l’un des rappeurs underground les plus respectés du moment (le second). Si les deux ont multiplié les coups fourrés ensemble, notamment par le biais de trois EP depuis 2011, l’album, le vrai a su se faire attendre. Le voici.

Piñata s’appuie tout d’abord sur les précédents travaux menés de front par le tandem. On y retrouve quatre morceaux déjà esquintés jusqu’à l’os par nos oreilles, à savoir Thuggin’, Deeper, Harold’s et le single Shame. Des titres où l’alchimie entre les productions lo-fi à base de samples à peine retouchés de Madlib et le flow aiguisé (+ voix lourde) de Gibbs n’a pas mis bien longtemps pour faire feu de tout bois. Des bons beats et un bon MC font toujours du bon rap, c’est implacable.
Et cet esprit, il est bien présent sur la version allongée qu’est l’album. Ambiance chill, ambiance bourrée de références en tout genre, du sport en passant par le cinéma, ambiance fumeuse, pile poil ce qu’on attendait de ce mariage.

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Freddie Gibbs & Madlib - Deeper

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Et quand on dit pile poil ce qu’on attendait, c’est aussi avec ses défauts. Parce qu’on connait trop bien Madlib depuis tout ce temps pour ne pas savoir que sa marque de fabrique lui fait certes beaucoup, beaucoup de bien mais aussi un peu de mal. Otis Jackson est un putain de crate digger, le producteur le plus prolifique à l’heure actuelle, aucun doute là dessus, mais c’est aussi un mec travaillant plus la boucle de sample que l’orchestration générale d’un morceau. Ce qui donne lieu à des titres très vite redondants (d’où le fait qu’ils ne dépassent rarement les trois minutes) et donc à des albums présentant quelques longueurs. Piñata n’échappe pas à la règle et peut parfois se transformer en chemin de croix pour peu que vous n’ayez pas la foi. Des Thuggin’, Robes, Knicks, on a l’impression de les avoir déjà écouté mille fois et donnent un aspect mou du genou assez mal venu finalement. Surtout que Freddie Gibbs, si l’instru ne l’emmène pas à se bouger l’arrière-train, peut avoir tendance à s’empâter lui aussi. Dommageable quand on sait à quel point le mec peut démonter n’importe quel prod’ en deux temps trois mouvements.

On peut prendre l’exemple de Shitsville, titre sur lequel le rappeur de l’Indiana accélère le mouvement dans la vague d’un beat punchy. Pareil sur Real où il sort le flow lourd et technique, comme on l’aime. Quand les conditions sont réunies (à savoir beat intéressant et Freddie au taquet) alors on entre dans la matrice positive de l’opus. Celle où se mélange le bordel crade d’une espèce d’univers en dilettante avec quelque chose de véritablement travaillé. Il n’y a qu’à voir la liste d’invités pour comprendre que les deux compères n’ont pas publié ce disque juste pour la rigolade: on passe du corrosif Danny Brown en plein paradoxe sur l’esprit doux et soul de High (qui parle de weed, comme par hasard!) aux légendes Scarface ou Raekwon sans oublier les jeunes loups Mac Miller, Ab-Soul ou ceux de chez Odd Future, Domo Genesis et Earl. Pas le genre de mecs qui crachent sur une ambiance à la régulière où l’on passe du bon temps – on ne vous fait pas un dessin.

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Freddie Gibbs & Madlib – Shitsville

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Freddie Gibbs & Madlib – High (feat. Danny Brown)

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Les amoureux de la production et des samples seront forcément une fois de plus aux anges face aux trouvailles de Madlib (sur Lakers, High, la seconde partie de Real ou Shame), les puristes satisfaits du taf de deux mecs qui puent le rap à des kilomètres. Ce n’est pas parfait, ça ne cherche même pas à l’être, et certainement qu’en écourtant quelque peu l’album, notamment sur la fin (45 minutes auraient suffit), on aurait gagné en intensité. Mais l’authenticité et le talent font la différence pour offrir un pur produit made in hiphop. On ne crachera pas dessus, « Madgibbs », c’est une affaire qui roule.

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3.5

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Tracklist:
1.Supplier
2. Scarface
3. Deeper
4. High (feat. Danny Brown)
5. Harold's
6. Bomb (feat. Raekwon)
7. Shitsville
8. Thuggin'
9. Real
10. Uno
11. Robes (feat. Domo Genesis & Earl Sweatshirt)
12. Broken (feat. Scarface)
13. Lakers (feat. Ab-Soul & Polyester the Saint)
14. Knicks
15. Shame (feat. BJ the Chicago Kid)
16. Watts (feat. Big Time Watts)
17. Pinata (feat. Domo Genesis, Casey Viggies, Sulaiman, Meechy Darko, Mac Miller & G-Wiz)

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