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[Critique] LE GRAND SOIR

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] LE GRAND SOIR

Note: ★★★★☆

Origine : France
Réalisateurs : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Distribution : Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel, Brigitte Fontaine, Areski Belkacem, Bouli Lanners, Serge Larivière, Miss Ming, Yolande Moreau, Gérard Depardieu, Didier Wampas, Noël Godin..
Genre : Comédie
Date de sortie : 6 juin 2012

Le Pitch :
Jean-Pierre Bonzini et Not sont demi-frères. Alors que le premier, tout de costard-cravate vêtu, est vendeur en literie, le deuxième a opté pour un mode de vie moins « gendre idéal ». Autoproclamé « plus vieux punk à chien d’Europe », il passe son temps à traîner en ville, fier de ne rien faire, avec 8/6, son « berger punk ». De temps en temps, ils se retrouvent chez leurs parents, propriétaires d’un restaurant de la chaîne « La Pataterie ». Un jour, après un black-out total, Jean-Pierre fout le bordel dans son travail et se fait licencier. Après un début de breakdown, il devient Dead et part en road trip avec Not, en quête du Grand Soir…

La Critique :
Salut à vous tous les lecteurs. Comme le chantait The Exploited, Punk’s Not Dead. Non, le punk n’est pas mort, et on en a la preuve avec Le Grand Soir. Alors non, je ne parle pas du punk tel qu’il a été récupéré pour en faire un truc vaguement fashion. Non, je parle du punk, du vrai, du punk à crête, du punk à chien, du punk à bière. Et pour rendre hommage à cet esprit, quoi de mieux que les réalisateurs les plus anars du paysage audiovisuel français. Benoît Delépine, ancien auteur des Guignols de l’Info, et Gustave Kervern, ancien journaliste musical, font partie des auteurs historiques du Groland, avec laquelle ils aiment jouer avec le feu. Après deux films en noir et blanc à la limite de l’expérimental (Aaltra et Avida), une comédie anarchiste et barrée (Louise-Michel) et des nominations aux Césars pour Mammuth (leur meilleur film), on peut dire qu’ils ont fait suffisamment leurs preuves pour être crédibles en montrant l’échappée de deux hommes aspirant à vivre libre ou mourir. Dans un rêve flamboyant où Not saute dans la foule d’un concert des Wampas ou dans un mariage où Not et Dead font un pogo au rythme de La Bière des Garçons Bouchers, les deux frères mettent les deux doigts dans la prise, jouent à pile ou face, bref partent en avant, non en voyage au Cambodge, comme le chantaient les Dead Kennedys, mais vers la liberté.

Pour les incarner, le duo du Groland a choisi Dupontel et Poelvoorde, deux anciens humoristes qui, comme eux, portaient l’humour Canal de la grande époque (Monsieur Manatane pour Poelvoorde et Les Sales Blagues pour Dupontel). Et c’est un véritable retour au plus haut niveau pour ces deux fous furieux qui s’étaient un tantinet trop assagis avec les années (Dupontel gardera d’ailleurs cet esprit avec 9 Mois Ferme, bien plus barré que les deux précédents). Les seconds rôles sont tout aussi savoureux, que ce soit Brigitte Fontaine, chanteuse la plus keupon du clan Higelin, dans le rôle d’une mère excentrique, Gérard Depardieu (à une époque où il était encore rebelle, avant de jouer à Should I Stay Or Should I Go vers la Russie) dans le rôle d’un medium qui lit dans le calva, Yolande Moreau crâne rasé, ainsi que les habitués : l’entarteur Noël Godin et l’artiste Miss Ming, qui font leur apparition comme dans tous les films du duo Kervern/Delépine. Le Grand Soir, c’est aussi le mariage entre le punk et les banlieues commerciales, un environnement pas franchement Fuck the System. Un décalage qu’on retrouve dans l’humour grolandais avec une grosse dose d’humour noir et absurde. On retrouve également l’amour que Delépine et Kervern portent à la photo de qualité ainsi que le jeu sur les couleurs et le montage, qui peut donner beaucoup d’humour, noir à une situation tragique.

Certes moins bon que son prédécesseur, Le Grand Soir reste un très bon film. Véritable comédie punk, il s’agit d’un très bel hommage à cette culture (il suffit de voir la photo de tournage avec Poelvoorde, Dupontel et Didier Wampas « crêtus » pour voir la sincérité de l’hommage). Tous les jeunes punks (et moins jeunes) apprécieront l’humour et l’esprit du film. Si Le Grand Soir n’est pas celui que Not et Dead disent vouloir déclencher, on le retrouve en revanche tout au long du voyage des deux frères qui semblent avoir fait leur le refrain « car moi, je veux être l’anarchie » chanté par les Sex Pistols. En 1969, un mouvement naissait, et 2012 l’a confirmé : Punk is définitivement not dead.

@ Nicolas Cambon

Le-grand-soir
Crédits photos : Ad Vitam

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