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Le dico des Idées : le féminisme

Publié le 20 avril 2014 par Vindex @BloggActualite

Précurseurs : Christine  de Pisan, Marie de Gournay, Poullain de la Barre.Penseurs et acteurs : Olympe de Gouges, Mary Wollstonecraft, Julie Daubié, Maria Deraismes, Aline Valette, Simone de Beauvoir, Elisabeth Badinter… Idées liées : Egalité, liberté, droits civiques, progressisme.Idées contraires : Machisme.

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éminisme : Cette idéologie part d’un constat : celui d’un déséquilibre des rapports entre les deux sexes en défaveur des femmes dans la société. Elle a donc pour but premier de rétablir un équilibre pour permettre au sexe féminin de s’affirmer d’avantage dans la société. Le féminisme peut aussi correspondre à une lutte pour une égalité totale entre hommes et femmes, s’accompagnant ainsi d’une lutte contre les stéréotypes. C’est là que cette théorie rejoint les études de genre qui font du sexe une construction sociale avant tout, une construction qu’il faut détruire ou remanier. Voyons d’où vient cette doctrine et quelle est son histoire. Comment a-t-elle évolué et s’est-elle diversifiée dans ses luttes et ses idées ?

Histoire du féminisme


L’histoire du féminisme est très liée à l’histoire des femmes : le développement du féminisme se fait en réaction à une situation « mineure » de la femme mais ne peut se faire sans une prise de conscience de cette situation. Pour l’histoire des femmes dans le détail, on peut se référer sans problème à l’œuvre dirigée par George Duby et Michelle Perrot : Histoire des femmes en Occident en 5 tomes allant de l’Antiquité à nos jours.

Féminisme aristocratique

Dans un premier temps, jusqu’au Moyen Age au moins, le statut social de la femme était précaire. Elles sont politiquement inexistantes pendant l’antiquité (les femmes ne sont pas citoyennes à Athènes comme à Rome), leur instruction est limitée. Au Moyen Age seulement, un premier féminisme (très restreint) apparaît : le féminisme aristocratique, qui permet aux femmes nobles de participer au pouvoir : c’est le cas des reines de France qui assurent des régences comme Aliénor d’Aquitaine (XIIème siècle) et Blanche de Castille (XIIème-XIIIème siècles). Sur le plan religieux, les abbesses ont une importance car elles organisent l’instruction. On peut prendre pour exemple Hildegarde de Bingen (XIIème siècle), abbesse qui avait une influence sur ses contemporains notamment masculins comme Bernard de Clairvaux ou même le Pape Eugène III. Elle pense aussi que l’esprit des femmes est égal à celui des hommes.
Plus tard, c’est Christine de Pisan au XVème siècle qui fait figure de féministe : elle est la première femme à vivre de sa plume. Elle est même chroniqueuse de la cour sous Charles V. Elle proteste contre le mépris à l’égard des femmes et affirme l’égalité intellectuelle entre les sexes dans le Livre des Trois Vertus.
A la Renaissance et pendant les temps modernes, les écrits sur les femmes se développent encore. Marie de Gournay (XVIème-XVIIème siècles) donne un tournant plus politique à ses écrits, notamment avec L’égalité des Hommes et des Femmes où elle souhaite détruire les préjugés masculins.
Mais malgré l’émergence d’une littérature féministe, la condition des femmes ne s’améliore pas vraiment puisqu’un sous-prolétariat féminin émerge : leur salaire est ainsi inférieur à celui des hommes de 70 pour cent. Cependant, deux progrès sont à retenir : la nécessité d’une instruction féminine et la publication du traité De l’égalité des deux sexes de Poullain de la Barre en 1673. Celui-ci pense que les corps des deux sexes sont parfaits car adaptés aux fonctions de chaque sexe. Pour lui « l’esprit n’a pas de sexe » et les deux sexes sont égaux intellectuellement. Il pense que les différences sont le fruit un environnement social : on a là une idée précurseur au gender. Malgré l’importance de ces écrits, les Lumières sont assez peu marquées par la lutte féministe. Mais la Révolution Française permet de développer un nouvel aspect du féminisme : l’action.
La Révolution Française

A partir de 1789, la lutte contre les préjugés et contre les conditions des femmes se teinte d’un aspect politique activé par la Révolution et ses revendications politiques. Des brochures féministes apparaissent et une opinion féministe se constitue peu à peu parallèlement à la construction d’une opinion publique (déjà amorcée pendant la deuxième moitié du XVIIIème siècle). Les femmes participent à certaines journées révolutionnaires mais provoquent parfois des réactions masculines hostiles. Olympe de Gouges, véritable figure révolutionnaire, demande la participation des femmes à la politique, la liberté sexuelle, la liberté d’opinion… Elle finit par être guillotinée le 3 novembre 1793. La fin de la Révolution et le Code civil marquent l’échec du féminisme puisque la femme voit son statut encadré. L’occasion pour les féministes de s’associer à d’autres courants vus comme plus progressistes afin de poursuivre leur action.
Féminisme, socialisme et marxisme

Au niveau théorique, la première féministe est sans doute Mary Wollstonecraft qui écrit 1792 Revendication des droits de la femme. Elle remet en cause l’éducation des deux sexes, elle critique les images martiales, elle conteste les idées reçues et voit l’individu rationnel comme androgyne.  En France la lutte féministe se calque à partir de 1848 sur les luttes socialistes pour l’amélioration des conditions de vie et contre le capitalisme. Cependant, selon Proudhon, le socialisme et le féminisme sont incompatibles. Néanmoins, les femmes s’organisent en associations ouvrières. Les principaux progrès concernent l’instruction avec la création d’écoles pour jeunes filles et la première femme bachelière : Julie Daubié, en 1861. Cependant, les conditions de travail des femmes empirent avec l’industrialisation. Plus tard lors de la Commune, des femmes participent aux actions dans les comités de quartier qui décident de l’égalité de salaire pour les instituteurs et institutrices ou encore de la légitimation du concubinage. Cependant, ces décisions ne tiendront pas après la répression de la Commune et son échec.
Le marxisme donne un nouvel élan aux féministes en France. Les structures de production asservissent les femmes au même titre que les ouvriers et il convient donc de les supprimer par la révolution. Aline Valette pense même que les différences de sexes ont été produites par le capitalisme : supprimer le capitalisme revient donc à supprimer les différences entre sexes et donc à émanciper la femme. Mais cette vision marxiste du féminisme n’a pas fait l’unanimité d’autant que le féminisme se développe aussi dans des instances bourgeoises qui mettent en place un féminisme réformiste.
Libéralisme et féminisme

Même si on peut penser que le féminisme est plutôt progressiste, il fut en partie mêlé au libéralisme par certains penseurs féministes. D’abord, le libéral John Stuart Mill évoque la raison pour estimer qu’il n’y a aucune justification possible d’un traitement différent entre hommes et femmes. Selon lui, c’est un « accident de la nature ». Pour la doctrine de droit qu’est le libéralisme classique, l’égalité de droit entre des individus rationnel est une évidence qui s’associe bien à la lutte pour les droits civiques des féministes. Selon Cathy Reisenwitz, le libertarianisme et le féminisme se rejoignent sur la liberté individuelle et peuvent être conciliés même si ces deux écoles ne sont pas très proches de prime abord.  
Tournant de 1914, militantisme et radicalisation

A la fin de la Première Guerre Mondiale, la femme a changé d’aura. Elle a en effet pleinement participé à l’effort de guerre en remplaçant massivement les hommes (partis au front) dans les champs et les usines. Des publications féministes sont créées : La fronde, l’Abeille. Les femmes rentrent ainsi dans le milieu journalistique. Mais malgré tout, les femmes n’ont pas encore le droit de vote en France alors qu’elles l’ont obtenu dans de grands pays à la fin de la guerre : Royaume-Uni, Russie, Canada, Etats-Unis. Cela s’explique en partie par le fait que la gauche (le parti Radical notamment) a du mal à s’associer à ces demandes car les femmes sont proches de l’Eglise et pourraient bien voter à Droite si elles le pouvaient.
C’est autour des droits politiques et sociaux que se forge la lutte féministe pendant l’entre-deux-guerres. Mais des acquis sont à souligner : abaissement de la durée du travail, congés de maternité, création de l’ENS Sèvres et Fontenay, rétablissement du divorce…
L’obtention du droit de vote en 1944 n’éteint pas le féminisme. Cependant, on peut dire que la présence des femmes en politique est assez faible et met un certain temps à augmenter. Les lois sur la parité de 2000 ont une action limitée. Les femmes sont plus présentes lors des élections locales.
Le féminisme d’après guerre est surtout marqué par un livre : Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir. Elle renouvelle la vision du féminisme et le sépare du marxisme. Elle pense que la prise de conscience collective des femmes est la seule solution pour émanciper la femme. Plus tard, avec l’influence de mai 1968, le mouvement féministe se radicalise. Le Mouvement de Libération des femmes est créé en 1970. Le Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception est créé en 1973 et obtient rapidement gain de cause en 1975 avec la loi Veil sur le divorce par consentement mutuel et l’autorisation de l’avortement, ainsi que la loi sur l’interdiction de toute discrimination à l’embauche.
Pendant les Trente Glorieuses, les structures économiques et sociales changent et amènent de plus en plus de femmes à entrer dans le monde du travail qui procure une certaine indépendance économique. Cependant, il faut dire que les inégalités de salaires existent encore : environ 30 pour cent en moyenne. Aussi les femmes ont-elles moins accès à certains postes élevés et ont une carrière plus limitée (plafond de verre).

Le féminisme : une nébuleuse politique et idéologique


Différents courants

Le féminisme n’est pas une idéologie uniforme mais plutôt un mouvement qui se concentre sur la condition de la femme. Si des grands thèmes rassemblent les féministes, d’autres les divisent en courants différents. On ne peut pas non plus dire du féminisme qu’il est un projet de société à part entière mais il vise à la faire évoluer voir à la transformer pour que les femmes ne connaissent plus d’oppression.
Les différentes formes de féminisme se divisent aussi sur l’importance qu’ils accordent au sexe féminin : si certains féministes insistent sur les particularités du genre féminin, d’autres minimisent voir invalident les stéréotypes et souhaitent une indifférenciation qui serait pleinement cohérente avec les demandes d’égalité stricte.
Il existe 5 principaux courants du féminisme :
-Le féminisme libéral : il s’associe au libéralisme politique et vise à donner les mêmes droits aux femmes qu’aux hommes. Sa méthode est réformiste : par le vote, le militantisme ou le lobbying. Il prône aussi l’action sur les mentalités par l’éducation.
-Le féminisme socialiste : le marxisme lutte activement contre le modèle bourgeois de la famille qui entretient la femme dans sa condition d’oppressée. Même si ces courants refusent parfois le qualificatif de féministe (jugé individualiste), ils mêlent le féminisme et le socialisme dans l’analyse commune de l’oppression des femmes et des ouvriers par le capitalisme et le patriarcat. Cependant, dans le marxisme, la lutte de classes restent plus importante à la « lutte de sexes » : une preuve du sexisme des marxistes ?
-Le féminisme radical : ce féminisme apparaît dans les années 1960 et pense que la structure même de notre société et basée sur le patriarcat. Son action se veut plus violente et révolutionnaire que les féministes réformistes.
-Le féminisme radical différencialiste : Ce courant va plus loin encore : il pense que le patriarcat impose aux mentalités un manque de différence authentique entre homme et femmes. Selon ce courant, les femmes sont toujours définies par défaut par rapport à l’homme. Elles valorisent donc les différences entre les hommes et les femmes et insistent sur la conscience d’un groupe social féminin.
-Le féminisme pro-sexe enfin s’oppose au féminisme radical puisqu’il pense que les femmes et les minorités doivent s’emparer du sexe, du corps, du plaisir… Ce courant est plus tardif puisqu’il date des années 1980 environ.
Différentes associations

Comme le féminisme est fortement diversifié intellectuellement, il engendre des prises de position qui peuvent s’opposer à l’intérieur de ce grand mouvement. Aussi la diversité des courants se retrouve t-elle dans la grande diversité des associations féministes ne serait-ce qu’en France :
-Les Chiennes de garde, mouvement créé en 1999, lutte contre les violences symboliques sexistes. Leur manifeste fut signé par un certain nombre d’intellectuels, hommes et femmes politiques, féministes… Ce collectif se présente souvent comme le continuateur du Mouvement de Libération des Femmes, un véritable front rassemblant plusieurs associations féministes et plusieurs courants (marxiste, radical, écologiste…). Cette fédération a joué un rôle dans le vote des lois sur la contraception et l’IVG.
-Le mouvement Ni putes ni soumises, créé en 2003, lutte aussi contre les violences faites aux femmes, contre les atteintes à leurs droits, contre le communautarisme, l’intégrisme, le relativisme culturel… Les actions et la coopération de cette association avec les pouvoirs politique (Maison de la Mixité, discussions avec les ministres et élus, propositions…) pourraient nous permettre de lier cette association à un courant plus réformiste.
-La Barbe, association créée en 2008, critique elle beaucoup le manque de représentation féminine dans le pouvoir politique, économique ou encore médiatique. Leurs actions décalées et ironiques diversifie le féminisme. Mais elle se posent néanmoins dans la continuité de la MLF.
-Dans le même contexte de renouveau du féminisme s’est créée l’association Osez le féminisme en 2009. Cette association fut fondée en réaction à la baisse des crédits donnés au Planning Familial. Elle a aussi étendu sa lutte à des thèmes plus généraux (religion, éducation, politique, société, violences…) et à leurs liens avec la femme. Elle souhaite l’abolition de la prostitution et évoque parfois la sexualité féminine (action « Osez le clito »).
-Encore dans la troisième vague féministe, on peut citer n’inévitable association Femen, créée en Ukraine en 2008. Cette association, rapidement devenue très connue dans le monde entier n’hésite pas à militer et agir pour le droit des femmes de façon très radicale voir extrême dans plusieurs pays (Ukraine, France, Tunisie, Belgique…). Elles manifestent seins nus et pratiquent le « sextrémisme » une forme de féminisme radical qu’elles ont inventée. Elles se manifestent aussi à propos de sujets plus généraux comme la corruption, le mariage homosexuel mais aussi contre l’influence de la religion. Cette association est influencée par le féminisme socialiste, marxiste et radical.
Des prises de position divergentes

Selon les courants, les façons de penser le féminisme, les féministes peuvent prendre des positions opposées. Cela peut s’expliquer par les influences qu’adoptent les courants du féminisme : il est certain que le féminisme libéral mettra la liberté individuelle au cœur de sa réflexion tandis que le féminisme marxiste ou socialiste s’intéressera beaucoup à l’égalité et à une vision systémique de la place de la femme dans la société. De même tout dépend aussi de la façon de percevoir l’identité féminine et la femme par rapport à l’homme : le différentialisme de certains féministes les poussera sans doute à adopter des points de vue différents des féministes plus attachés à l’égalité et la convergence entre les sexes. Le dico des Idées : le féminismeSur ce schéma, on voit bien que les féministes ont des positions différentes sur 5 questions : l’abolition de la prostitution, la garde alternée systématique, le port du voile, la PMA (Procréation Médicalement Assistée) et le GPA (Gestation Pour Autrui). Bien que pour chaque question, on soit tenté de dire qu’a priori, une féministe pense d’une certaine façon plutôt qu’une autre, le pour comme le contre se justifient tout aussi bien au nom du féminisme. Exemple : l’abolition de la prostitution : on peut penser qu’une féministe approuvera cette mesure dans le sens où cette activité est dégradante pour la femme et peut faire d’elle un objet sexuel sous domination masculine. Mais selon un point de vue féministe plus libéral voir pro-sexe, la prostitution peut-être vue comme une liberté individuelle de la femme si elle peut disposer de son corps selon son entendement.
Toutes ces positions rendent donc le mouvement féministe moins simple et moins lisible et peuvent même le fractionner. Ainsi, concernant le port du voile, Elisabeth Badinter tout comme l’association Osez le féminisme se prononcent contre car c’est un signe d’oppression et de différenciation de la femme. En revanche, le Collectif Féministe pour l’Egalité se prononce pour car il ne verrait pas pourquoi il n’existerait qu’un modèle d’émancipation de la femme et que le port du voile peut après tout correspondre au choix de la femme qui le porte. La crispation française autour du voile pousse certaines femmes à le porter spécialement pour montrer leur liberté.
De la même manière, si la systématicité de la garde alternée n’est pas atteinte, certaines féministes voudraient y arriver par soucis d’égalité homme-femme dans l’éducation des enfants (et peut-être aussi pour effacer le cliché de l’exclusivité féminine dans l’éducation) tandis que d’autres féministes seront plus contre car il faut procéder au cas par cas et tenir compte de la capacité de chaque parent à assumer l’éducation des enfants.

Conclusion


Le féminisme est donc plus un mouvement qu’une idéologie bien construite. Si l’histoire a lentement permis aux femmes d’acquérir des droits, le féminisme s’est toutefois affirmé avec l’augmentation de l’éducation des femmes et la conscience de former une genre, une groupe social à part entière. Les inégalités économiques et sociales donnent encore l’occasion aux féministes de se manifester, et ce mouvement est même en plein essor depuis quelques années. Mais différentes influences ont entraîné une diversification du mouvement. Ces visions différentes du féminisme (aussi bien sur la pensée que sur les méthodes et moyens de lutte) engendrent des prises de position divergentes sur des sujets plus ou moins d’actualité comme le port du voile, la prostitution, le PMA, la GPA… Tout cela n’est pas pour faciliter la tâche de notre gouvernement progressiste et ses tendances féministes !

Sources :


Dictionnaire des idées politiques. Sirey Editions. 1998. Dictionnaire de la pensée politique. Hommes et idées. Hatier. 1987. LibérationContrepointsWikipedia
Vin DEX

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