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Parc zoologique de Paris : tout ce que vous ne verrez pas

Par Sergeuleski

   Le Parc zoologique de Paris - anciennement le Zoo de Vincennes -, a ré-ouvert ses portes après six années de travaux : restauration, réhabilitation et transformation.

Visite guidée

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   On nous avait prévenus : «Ce ne sont pas les animaux qui sont montrés aux hommes mais les hommes qui sont invités à venir découvrir les animaux», explique Sophie Ferreira Le Morvan, la directrice du parc.

On aura reçu et compris le message. Avis aux visiteurs donc : le millier d'animaux (?) présents n'est pas là pour être dérangés à tel point que lorsque ces animaux n'ont aucun envie de se laisser voir et de s’exhiber, ce qui est bien compréhensible quand on sait qu’ils n'ont rien demandé à personne... on ne les voit ni ne les entrevoit tout simplement pas. Et l'on repart déçus car bredouilles... bredouilles pour l'oeil.

On s’empresse de nous préciser, sans doute à titre de consolation, que « les animaux évoluent dans une réplique superbe de leur milieu naturel, jouissant de nettement plus d'espace et de confort ».

Certes ! Personne ne viendra critiquer la volonté de faire vivre les animaux dans les meilleures conditions possibles mais alors, dans ce cas, on se demande bien pourquoi diable l’on n’a pas décidé tout simplement de leur ficher la paix à tous en leur accordant  de continuer de vivre là où ils sont nés, eux et leurs descendants… les uns en Afrique et sa plaine du Sahel, désert et savane, d’autres en Patagonie, Madagascar aussi, la Guyane puis l’Europe… les cinq vastes zones qui divisent le parc.

serge uleski,parc zoologique de paris, béton armé

(du béton oui ! des animaux non !)

   Aussi, pour cette raison, vous ne verrez pas le loup de Sibérie, ni le Jaguar, ni le rhinocéros, ni le puma, les Caïmans pas davantage, le lynx, les lions une autre fois sans doute... car tous avaient manifestement mieux à faire, ailleurs… tous occupés à faire la sieste, quelque part… on ne sait où…

Sont-ils là ? Oui ? Non ? Brillent-ils tous par leur absence ? Ce Zoo serait-il le fruit d’une nouvelle réflexion accoucheuse d’un nouveau concept … surréaliste de surcroît : ce qui est à voir n’est pas là, mais ailleurs, dans notre imagination, et dans notre frustration ? Un peu à la Magritte finalement : « Ceci n’est pas un Puma mais l’enclos d’un Puma » jusqu’à son ultime limite, et dernier retranchement : « Ceci n’est pas un Zoo mais la tentative d’un Zoo ».

Et pour peu que ce soit les leurs : seuls leurs excréments à tous attesteront néanmoins de leur présente passée - et à re-venir ? C'est à espérer.

Les lionnes au loin, étendues, immobiles, nous tourneront le dos pour mieux nous présenter leur derrière, c’est vous dire !

Vous ne verrez pas grand-chose non plus dans la volière ni dans le vivarium…  peut-être une vipère minuscule lovée qui aura choisi de s’exposer à notre regard, indifférence et elle aussi, endormie.

parc zoologique de paris, béton, serge uleski

(encore du béton)

Têtards, salamandres… introuvables, même à la loupe dans un aquarium impénétrable si tant est, toutefois, que nous soyons tous venus pour eux…

DSC01612.JPG

(Les égarées du bec, à la recherche d'une pitance incertaine)

Pour la même raison, on cherchera en vain les tapirs ; on laisse entendre qu’ils se sont cachés, loin des regards, eux aussi endormis, loin des visiteurs qui en seront pour leur argent, leur temps de visite (entre deux et trois heures) et la déception de ceux qui, adultes et enfants réunis, se lasseront vite d’un effort qui consiste à tenter d’apercevoir une tête, une queue, une carapace, une plume, un mouvement, un geste, un regard, que sais-je encore…

Avant de renoncer totalement et de gagner au plus vite la sortie.

girafe,parc zoologique de paris, serge uleski

Certes, il est vrai que les girafes se laisseront voir mais… reconnaissons qu’il leur est difficile de faire autrement.

   « Nous voulons aussi apprendre aux visiteurs à entraîner leur regard, à faire l'effort de patienter en silence jusqu'à ce qu'un animal finisse sa sieste», poursuit Sophie Ferreira Le Morvan.

Aussi, prévoyez la journée de 10h à 18h tout en sachant que bon nombre d’animaux ont la fâcheuse habitude de mettre fin à leur sieste le soir au coucher du soleil et à la tombée de la nuit.

Une solution donc : se laisser enfermer car les loutres, elles, ne sortent que lorsqu'il fait nuit noire. Prévoir non seulement la journée mais la nuit alors : sac de couchage, termo de café et casse croute.

***

parc zoologique de paris, serge uleski

   (Immobile des heures durant ; ou quand l'ennui vous fige et vous tue aussi sûrement que la balle du fusil d'un braconnier sous d'autres tropiques)

   Difficile de ne pas conclure comme suit : ce parc zoologique nous apporte une nouvelle fois la preuve, si c’était encore nécessaire, de l’inutilité de tels lieux de captivité (1), qu’aucun de ses occupants n’a choisi, et moins encore, d’y mourir d’ennui après des années de négation de leur animalité : car enfin, le destin d’une girafe n’est-il pas de mourir dans la gueule de lions en meute, après une course qui aura eu raison de ses forces, et certainement pas de vieillesse sous les regards inquisiteurs qui en demanderont toujours plus, d’un public venu tuer le temps ?

La question est posée. Reste à y répondre.


1 - Hors protection des espèces et de leur reproduction qui n’ont pas besoin, soit dit en passant, du regard du public, en attendant leur retour dans leurs milieux naturels – on pensera à l’oryx algazelle ; espèce en voie d’extinction. Et il est sans doute de bon ton de le déplorer. Aussi, déplorons-le.


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