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[Critique série] BLACK MIRROR

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique série] BLACK MIRROR

Titre original : Black Mirror

Note:

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Créateur : Charlie Brooker
Réalisateurs : Otto Bathurst, Euros Lyn, Brian Welsh.
Distribution : Rory Kinnear, Lindsey Duncan, Donald Sumpter, Daniel Kaluuya, Jessica Brown Findlay, Rupert Everett, Julia Davis, Toby Kebbell, Jodie Whittaker, Tom Cullen…
Genre : Science-Fiction/Anticipation/Drame/Satire
Diffusion en France : Arte
Nombre d’épisodes : 3

Le Pitch :
Quels rapport les êtres humains entretiennent-ils avec la technologie, et plus précisément avec les écrans ? Tel est globalement le sujet de cette anthologie…

La Critique :
La Grande-Bretagne a une longue histoire avec le format télévisuel. Qu’il s’agisse de son service public légendaire (la BBC), offrant son lot de programmes tous plus pertinents et originaux les uns que les autres, ou des séries diffusées à travers ce même médium. Le créateur de la série qui nous intéresse en est la parfaite illustration.

Charlie Brooker est, entre autres choses et avant de devenir le showrunner de Black Mirror, le présentateur d’une émission devenue culte outre-Manche : How TV ruined your life. Cette série documentaire aborde tous les changements socioculturels engendrés par l’arrivée du petit écran dans tous les foyers. À la fois didactique, drôle et parfois effrayante, la série nous permet de prendre du recul sur cet objet, pas si anodin que ça, qui hante nos maisons.

En 2011, il franchit un cap en passant de l’autre côté du miroir, et il décide d’ailleurs d’en faire le sujet de son nouvel OVNI, Black Mirror. Voilà comment il a pensé le titre et le sujet de son anthologie : « Si c’est une drogue, alors quels en sont les effets secondaires ? C’est dans cette zone entre joie et embarras que Black Mirror se situe. Le « Black Mirror » du titre est celui que vous voyez sur chaque mur, sur chaque bureau et dans chaque main, un écran froid et brillant d’une télévision ou d’un smartphone. » Black Mirror se focalise donc sur la technologie en général (mais surtout sur les écrans) et décide d’adopter un format anthologique. Chaque épisode de cette première saison (qui en compte trois) se déroule dans un univers différent, avec un casting propre. Le lien est donc cette volonté d’analyser, de passer au crible le rôle des fameux miroirs, de nous renvoyer leur sombre reflet à la figure et de les briser. Car la figure de l’écran brisé est commune à l’ensemble des épisodes et participe à l’unité du tout.

Le premier volet, The National Anthem, se passe dans un cadre on ne peut plus familier, car contemporain. En Angleterre, de nos jours donc, la princesse Susannah, un membre bien aimé de la Royal Family, se fait enlever. Les ravisseurs exigent du Premier ministre Michael Callow qu’il ait un rapport sexuel en direct à la télévision en échange de la libération de l’otage. S’engage donc une course contre la montre où le gouvernement, les médias et le peuple britannique sont suspendus en attente de l’inévitable. Ce premier épisode, bien qu’ayant un pitch des plus absurdes et dérangeants est très accessible. Formellement, on retrouve une mise en scène et une approche à la 24, très dynamique. La structure assez marquée (en 4 parties) qui est commune à tous les épisodes, est très bien utilisée en matière de rythme. La crédibilité de l’ensemble est étonnante du fait des répercussions qu’un tel incident peut avoir. Les dérives des médias prêts à tout pour avoir la meilleure info, les calculs des politiques pour sortir de la crise sans y laisser des plumes, le voyeurisme de la population, spectatrice de ce théâtre de marionnettes grotesque… personne n’est épargné. Cet épisode met en avant les plateformes vidéos sur Internet, les smartphones et, bien sûr, la télévision. Il nous montre aussi une des forces de la série, sa faculté à passer d’un niveau de lecture à un autre, et de prendre une tournure parfois plus intime. L’impression d’assister à une nouvelle ère dominée par des changements technologiques rapides est très forte à l’issue de ce premier épisode. À noter l’ironie des titres d’épisodes.

Le second, 15 Million Merits, se déroule dans un contexte plus déroutant. Nous suivons Madsen qui vit enfermé dans une grande structure, avec d’autres personnes. Dans ce monde qu’on imagine futuriste, les écrans sont omniprésents, et tout le monde passe ses journées à pédaler pour accumuler des crédits leur permettant de s’alimenter et d’accéder à différentes émissions ou à des jeux. Il rencontre Abi Carner, une jeune femme qui ambitionne de devenir chanteuse en participant à une émission de télé-réalité. Il va l’aider à obtenir le nombre de crédits nécessaires… sans se douter de la suite. Ici, la société de consommation dans son ensemble est caricaturée, poussée à l’extrême dans sa volonté de contrôle et d’uniformisation des individus, même des plus anormaux ou extraordinaires. Tout est affaire de contrôle et de passivité. La fin en est particulièrement glaçante tant elle démontre que le système peut toujours exploiter les anomalies censées le vaincre…

Le final de la saison, The Entire History Of You, se focalise sur Liam Foxwell, un jeune avocat qui, comme beaucoup de ses contemporains, s’est fait poser un implant mémoriel derrière l’oreille. Ce dernier enregistre, sous forme de vidéos, tout ce qu’il voit. Particulièrement accroc à cet outil, il s’en sert pour confirmer ses craintes concernant sa relation avec sa femme… Cette fois-ci, bien que les implications au niveau social soient présentes, on se concentre sur un nombre réduit de personnages, un couple et leurs amis, afin de donner une dimension clairement intime à l’intrigue. On parle surtout de relations et des petits détails qui en disent long sur celles-ci. L’implant rappelle les réseaux sociaux dans son côté rétrospectif et voyeuriste, la façon, compulsive et quasi universelle dont les personnages en font usage, renforce cette impression. Le caractère très intime de cet objet le rend éminemment perturbant et ce qu’il soulève et révèle, pose la question de la nécessité d’avoir une part d’ombre, loin des regards…

Il ressort des ces trois épisodes si différents un fort sentiment de cohérence du propos et de la forme. En résulte une série à l’atmosphère forte et à l’identité très affirmée. La mise en scène est au cordeau et permet de jouer avec les écrans en adoptant parfois leur point de vue. L’usage de symboles et d’éléments récurrents discrets permet de créer un univers, en forme de vaste métaphore, de critique ultra pertinente et très travaillée. Les acteurs sont tous au top, mais mention spéciale à Daniel Kaluuya, qui rend son personnage très attachant d’emblée dans 15 Million Merits. Son format anthologique et son univers particulier peuvent évoquer La Quatrième Dimension ou Les Contes de la Crypte, qui sont des influences avouées. De bonnes références donc, au service d’un propos et d’une intrigue incroyablement lucides.

En conclusion, une vraie série forte et passionnante, aux multiples pistes narratives et scénaristiques qui nous donne à réfléchir à penser le monde que nous créons tous autour de nous. Venez jeter un œil dans le miroir, mais prenez garde, ce que vous y verrez ne sera pas beau à voir…

@ Sacha Lopez

Black Mirror S01E01 [Critique série] BLACK MIRROR

Charlie Brooker critique Daniel Kaluuya Donald Sumpter drame Euros Lyn Jessica Brown Findlay Jodie Whittaker Julia Davis Lindsey Duncan Otto Bathurst Rory Kinnear Rupert Everett science-fiction Toby Kebbell Tom Cullen

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