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Echos du monde musulman n°224 (30 mai)

Par Alaindependant

Au Mali comme en Ukraine ? (suite)

Nous évoquions la semaine dernière « l'incompréhension du président malien envers les Touaregs. Ou, ce qui revient au même, au fait qu'élu au suffrage universel il suit l'immense majorité de ses électeurs pour qui Arabes, Touaregs et islamistes ne sont que des ennemis mis dans le même sac et descendant des esclavagistes de jadis. »

Eh bien, comme annoncé, ça recommence : les Touaregs ont battu l'armée malienne qui avait réoccupé leur région. La France ne s'en mêle pas et continue à lutter contre les djihadistes. Deux guerres différentes au même endroit, c'est une situation curieuse.

Espérons que gouvernement malien sera plus réaliste à l'avenir, mais sa situation n'est pas simple : comme dit ci-dessus l'immense majorité de ses électeurs sont pour un « Mali unitaire », tandis que, côté touarègue, il ne faut pas oublier qu'il y a une cohabitation à gérer avec les Maliens « du Sud », présents dans une grande partie du nord, comme avec les tribus arabes et cela sans retomber dans les trafics antérieurs (dont la reconstitution joue sûrement un rôle dans les événements actuels) ni dans l'alliance avec les djihadistes, qui se financent justement par ces trafics, avec des retombées pour tout le monde.

Vous vous souvenez que l'Algérie joue indirectement un rôle important, sa frontière imparfaitement contrôlée coupant en deux la zone touarègue, celle des trafics et celle des djihadistes. Le ministre de la défense français était justement en visite de travail à Alger le 21 mai : la formation militaire, question bien rôdée, avec par exemple l'accès des officiers algériens aux écoles françaises, mais surtout la coordination en matière de renseignement. Un groupe djihadiste fuyant les Français a été intercepté par les Algériens, et les avions français survolent l'espace aérien de l'Algérie. Mais « il faut aller plus loin » a dit le ministre français.

De l'Ukraine à Alger

Pour être un peu moins en position de faiblesse vis-à-vis de la Russie, les Européens ont envisagé de diversifier leurs approvisionnements en gaz. L'Algérie comptait bien en profiter (souvenez-vous que nous approchons du moment où les recettes des hydrocarbures ne suffiront plus pour équilibrer le budget algérien). Mais la compagnie russe Gazprom aurait été plus rapide et aurait ses baissé les prix du gaz vendu aux Européens pour contrer cette tentation algérienne. L'Algérie craint d'être obligé de s'aligner.

La Chine reste le premier fournisseur de l'Algérie

Vous souvenez que la France s'est fait doubler l'année dernière. Les chiffres des derniers mois confirment la position chinoise. Les mauvaises langues parlent de pratiques sur lesquelles les entreprises françaises ne peuvent s'aligner.

Les « défauts » du ministre de l'éducation nationale algérienne

Les islamistes lui reprochent d'être une femme, d'être francophone (comprendre : mieux parler français qu'arabe, ce qui n'est pas rare dans l'élite algérienne), voire « d'avoir des origines juives ». L'autrecamp rétorque que les ministres arabophones précédents ont détruit l'école algérienne, et que c'est la compétence qui importe.

La liberté de ton de la presse algérienne

Je tombe sur le paragraphe suivant du numéro de El Watan du 28 avril décrivant la prestation de serment de Bouteflika après sa réélection (extraits) : « Je jure de mourir au pouvoir, je promets de ne jamais toucher les personnes de mon entourage entachés d'affaires de corruption, je jure de ne jamais mettre en place l'indépendance de la justice. Je jure de couper la main de l'étranger tout en l'embrassant, de faire la chasse aux opposants tout en ouvrant celle des gazelles pour les émirs du Golfe. Je promets de faire de mon frère le roi du Val d'Hydra (quartier chic de l'agglomération d'Alger, où habitent ou travaillent beaucoup de dirigeants). Je promets d'aider à l'évasion fiscale et l'importation, de laisser l'Algérie dans le bas de tous les tableaux des classements internationaux et je jure de détruire l'école car je n'ai pas d'enfant. »

Mohammed Arkoun missionnaire chiite ????

Du Liban plus que jamais déchiré entre chiites et sunnites depuis la guerre civile en Syrie, arrive une offensive intellectuelle bizarre : l'accusation de « rationalisme ». Cette horreur (pour un sunnite traditionaliste) est bien sûr le fait des chiites et en particulier de la famille Assad. Or « Elle a été introduite par des  Arabes occidentalisés, dont les plus connus en France sont Adonis (poète français d'origine syrienne et anti islamistes) et Mohammed Arkoun. » (résumé cavalier).

C'est une occasion de rappeler la pensée ce grand universitaire berbère francophone que j'ai eu le plaisir d'écouter il y a bien longtemps. Je recommande le passage « Pensée » (dialogue, laïcité) de l'article de Wikipédia à son sujet :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammed_Arkoun

La prospérité du halal

Le film français sur le thème de l'intégration réussie « Mais qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? » évoque l'importance du « business » du halal, illustrée par le lancement dans ce domaine d'un chinois et d'un juif (français tous les deux). C'était bien vu ! Il y a peu, seule la viande était halal. Maintenant les esprits inventifs ont lancé les petits pots pour bébé, les tissus, les cosmétiques ... Le vin halal a fait un tabac au salon de l'agriculture de Meknès. On lui a bien sûr enlevé son alcool, en principe sans en changer le goût (je n'ai pas essayé), et il devrait pouvoir mordre sur le marché des boissons alcoolisées, dont les Marocains de plus de 15 ans consomment 2,5 l par an. L'alcool est en effet en vente dans de nombreux magasins marocains, en principe pour « les amis chrétiens », mais le maire de Fès se serait plaint de devoir évacuer des ivrognes bien musulmans cuvant leur vin sur la voie publique.

À l'échelle mondiale le halal représenterait 17 % l'industrie alimentaire. Je suis sceptique mais cela dédouane Marine Le Pen que l'on avait accusée d'avoir favorisé la consommation halal en faisant un emblème identitaire et donc d'avoir lancé la pression sociale en sa faveur.

(les chiffres viennent de h24info.ma  du 30/04/2014)

Conclusion personnelle : si tous les musulmans se mettent à boire du vin (halal bien sûr), les vignes françaises et sud européennes auront de nouveaux clients … Jusqu'à l'offensive chinoise qui ne saurait tarder.



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