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La sélection de la semaine : Erased, L’insurrection, Paci, Lonely Betty, 14-18, Serpents et échelles, Isabellae, Joueur du grenier, L’ombre des Shinobis, Le verre à moitié vide, Pouss’ de Bamboo et Ameiro Paradox

Par Casedepart @_NicolasAlbert

erased1C’est la fin des vacances et pour ce dernier samedi du mois d’août Case Départ vous ouvre sa malle remplie de bandes dessinées. Parmi les albums passés au crible, il y a quelques perles : Erased : un excellent manga fantastique signé Kei Sanbe, le premier tome de la série se déroulant dans le Ghetto de Varsovie : L’insurrection, le deuxième volume de la très bonne série de Vincent Perriot : Paci, Lonely Betty : un polar se déroulant aux USA, le premier tome de la fresque historique 14-18 signée Corbeyran et Le Roux, le livre poétique de Alan Moore et Eddy Campbell : Serpents et échelles, le dernier opus du premier cycle de la série Isabellae, Joueur du grenier : un album amusant sur l’univers des jeux vidéo, le premier volume de la nouvelle série de Sylvain Runberg : L’ombre des Shinobis, Le verre à moitié vide : un album concept signé Aurélie William Levaux, deux albums pour enfants de la collection Pouss’ de Bamboo et le deuxième tome du manga pour adultes Ameiro Paradox. Bonnes lectures.

Erased, volume 2

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Les éditions Ki oon ont eu l’excellente idée de publier le manga Erased, un polar fantastique de Kei Sanbe. Le suspens est au rendez-vous pour cette formidable série.

Résumé du tome 1 : 2006. Aspirant mangaka dont la carrière peine à décoller, Satoru Fujinuma travaille comme livreur de pizzas pour joindre les deux bouts. Effacé et peu enclin à s’ouvrir aux autres, il observe le monde qui l’entoure sans vraiment y prendre part. Pourtant, Satoru possède un don exceptionnel : à chaque fois qu’un incident ou une tragédie se déroule près de lui, il est projeté quelques minutes dans le passé pour empêcher l’inévitable avant qu’il se produise…

Cette anomalie de l’espace-temps lui vaut un séjour à l’hôpital le jour où, pour rattraper le conducteur d’un camion fou, il est percuté par un autre véhicule de plein fouet. Après l’accident, petit à petit, les souvenirs effacés de l’enfance traumatisante de Satoru resurgissent…

Tome 2 : 15 février 1988. Satoru est surpris : il est devant son école, là, avec un bon en arrière dans sa vie de 18 ans. Lui, l’homme de 28 ans dans son corps de petit garçon. Entre stupéfaction (rêve, mort ?) et étonnement, il se rend compte rapidement que cela est la stricte réalité. Il entre dans sa classe. Là, Kenya, son camarade, le couvre de son mensonge et part chez lui. La cachette de la clef de la maison n’a pas changé de place, il entre et s’endort,  fatigué. Il est réveillé par sa mère, douce, une belle jeune femme. Il a 10 ans et sa maman, l’âge qu’elle avait à ce moment.

Il comprend alors qu’il a été projeté dans le passé, quelques jours avant l’assassinat de Kayo et d’autres enfants. A l’époque, Jun, un pauvre garçon de 19 ans fut accusé des meurtres de deux fillettes et d’un garçon. Il fut arrêté et condamné à mort, mais en 2006, il n’était toujours pas exécuté. Clamant son innocence, Satoru pense lui aussi qu’il n’est pas le meurtrier.

Le jeune garçon veut donc modifier l’avenir et faire en sorte que les meurtres n’aient jamais lieu. Pour cela, il va se rapprocher de Kayo, petit fille mystérieuse, peu joyeuse et introvertie. Il a donc un mois pour l’apprivoiser et en faire son amie. A l’époque, les deux n’étaient pas spécialement proches. En opérant de cette façon, les camarades de classe pensent que Satoru est tombé amoureux de la jeune fille.

Un jour, alors qu’il se rend chez elle, il découvre Kayo, prostrée dans une pièce de sa maison, avec des bleus sur le corps : elle est battue fréquemment par sa mère. Lors d’un deuxième passage chez elle, le garçon voit de nouveau sa mère essayer de la battre, mais la maman de Satoru intervient et propose à la femme de venir en parler avec elle.

Le jour de sa mort violente, il fait tout son possible pour qu’elle ne passe pas dans le parc seule (endroit de son décès) et réussit à la sauver…

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Voilà un polar fantastique formidable ! Le récit de Kei Sanbe joue avec les codes et les tords. De suite, il torture le lecteur et joue avec ses sentiments. Extrêmement bien écrit, la tension palpable grandit au fil des pages. Le jeune héros est attachant, voulant changer à tout prix le futur et ainsi sauver ses camarades d’une mort certaine. Il réfléchit avec son cerveau d’homme de 28 ans mais doit se comporter comme un enfant de 10 ans et c’est là tout le paradoxe. Ce fil tenu lui jouant souvent des tours, notamment lorsqu’il dit tout haut ce qu’il pense tout bas. Il doit faire très attention à son comportement afin de ne pas éveiller des soupçons envers ses copains mais réfléchir au mieux à tous les indices qui pourrait l’aider à élucider les enquêtes. Son rapport avec Jun, le probable meurtrier est aussi une relation très originale. Il sent et sait au fond de lui qu’il n’est pas le vrai coupable. De son côté, Kayo se dévoile, avec son passé et les violences physiques qu’elle subit de sa mère. Cette fille fragile se rapprochera difficilement de son ange protecteur. Le trait du mangaka est efficace avec des têtes, des yeux de personnages très ronds et des décors soignés.

On est donc transporté par ce manga très réussit (série terminée en 5 tomes) et on ne décroche pas jusqu’à la fin. On attend impatiemment la suite, tellement l’histoire nous a enthousiasmé. A lire !

  • Erased, volume 2
  • Auteur : Kei Sanbe
  • Editeur: Ki oon
  • Prix: 7.65€
  • Sortie: 28 août 2014

 L’insurrection

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Un an après la révolte du Ghetto de Varsovie, ses effusions de sang et de morts, une autre se prépare dans la clandestinité. Alijca et Edward, amoureux, vont basculer dans cette guerre de résistance. C’est le propos du merveilleux album L’insurrection de Sowa et Gawron, dont le premier tome, Avant l’orage, vient d’être publié par les éditions Dupuis, dans la collection Aire Libre.

Varsovie, été 1944. Alijca et Edward se promènent dans les ruines du ghetto juif. Un an auparavant, les Nazis avaient réprimé dans le sang cette révolte. Alors que le jeune homme, mineur, pense juste à vivre tranquillement, à l’écart de tout cela, la jeune femme, elle, rêve de se venger des occupants.

Pour la première fois, en cette soirée, elle vient présenter son fiancé à sa famille. Il y a là, Zigmunt, le père, Zofia, la mère, Krystyna, la sœur aînée, qui ne songe qu’à son futur mariage avec Roman, ouvrier dans une imprimerie. Roman est un ancien ami de Jan, le frère de Alijca, tué lors de l’insurrection. Pour fêter cette belle arrivée, la mère, malgré quelques réticences, ouvre une bouteille, gardée précieusement pour la future cérémonie.

Quelques jours plus tard, le couple se rend de nouveau chez les parents d’Alijca. Jan, dessinateur à ses heures perdues, leur montre son travail : il caricature et tourne en dérision les Nazis. Ses dessins, il les imprime dans un journal de résistance, afin de faire garder l’espoir à la population. Distribué clandestinement, il permet de faire le lien entre les habitants et la résistance. Si dans la famille de Zigmunt, l’engagement dans les combats contre l’occupant est vissé au corps, Edward est plus réticent. Mais petit à petit, il va être entraîné dans ce tourbillon…

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Le récit de Marzena Sowa est d’une grande subtilité et très touchant. Dans cette Varsovie un peu calme, juste après la répression du soulèvement du ghetto juif, les amours fragiles de Alijca et Edward vont être bousculées par le militantisme de la famille de la jeune femme. Les personnages principaux sont extrêmement bien cernés et les secondaires apportent de la solidité à l’intrigue : Anna, la voisine, amoureuse d’un officier allemand, Monsieur Stanislaw abritant une jeune juive dont il tombe amoureux et qui se sacrifiera pour elle ; le tout avec l’ombre du frère résistant qui plane sur l’immeuble. De plus, les huis-clos dans l’appartement familial sont souvent d’une grande maîtrise, faisant passer l’auteure de Marzi (Dupuis, 2004) pour une grande conteuse d’histoire, notamment à travers des dialogues d’une grande qualité, ainsi que des temps de silences bien sentis. Le trait de Krysztof Gawronkiewicz est élégant et très original. Le dessinateur des Extravagantes enquêtes d’Otto et Watson (avec Grzegorz Janusz, Glénat) livre un découpage qui permet de ressentir les tensions à venir.

A la fin de ce premier tome du diptyque, on pressent que le futur va s’assombrir, que l’Insurrection est proche et que la fin des protagonistes risque d’être funeste. On attend avec impatience.

L’insurrection : Une petite histoire pour raconter la Grande Histoire, dans un ghetto de Varsovie prêt de nouveau à s’enflammer.

  • L’insurrection, tome 1 : Avant l’orage
  • Auteurs : Marzena Sowa et Gawron
  • Editeur: Dupuis, collection Aire Libre
  • Prix: 15.50€
  • Sortie: 29 août 2014

Paci, tome 2

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Le 21 mars, les éditions Dargaud publiaient le premier tome de l’excellente série Paci, signé Vincent Perriot. L’ancien spécialiste du go fast est de retour le 22 août pour le deuxième volume, intitulé Calais. Pacifique est-il vraiment rangé des petits arnaques et grosses bêtises ?

Il a emménagé à Calais avec Miguy, son amie qui travaille dans une agence de location de voitures. Son chef est un vrai raciste et elle déteste son job. Mais il faut bien manger, alors elle s’est fait une raison. De son côté, Paci lui fait croire qu’il travaille dans une boîte de nuit, d’où ses nombreuses nuits au dehors. Lassée, ses absences la font souffrir et elle commence à boire immodérément, en attendant son retour.

En fait, il est de retour dans le monde de la drogue, sous les ordres de Ashram, son ex-patron, qui tient Le temple, un night club, qui lui sert de couverture. Ses fêtes sont immémorables et ses goûts pour le bouddhisme le conduise à acheter de nombreux objets fort onéreux y faisant référence.

Ashram envoie Paci à la recherche d’indices concernant un trafic de drogues cachées sur les bâtons en bois des petits parapluies que l’on trouve dans les cocktails. Selon la couleur de l’élastique tenant le petit voile, la drogue est différente : vert pour la MDMA, rouge pour la cocaïne et bleu pour le GHB. Il embarque donc sur un ferry reliant le continent à l’Angleterre. A bord, il découvre que c’est la barmaid qui écoule la marchandise. 5000 parapluies transitent tous les ans et le patron de la femme demande à celui de Paci,  600 000€ à la réception des colis.

Ashram propose à Paci de se faire un max de fric en le doublant. Il doit pour cela kidnapper la barmaid. Mais son patron n’ayant pas trop confiance en lui, lui adjoint Jérôme, un petit caïd. Paci ne souhaite pas, il a trop l’habitude de travailler seul…

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Encore une fois, Vincent Perriot livre une excellente histoire. Dans la même veine que Bacalan, le précédent tome, il dépeint la vie à la dérive de ses deux protagonistes : Miguy, de plus en plus seule, alcoolique et désabusé, ainsi que Paci toujours aussi zen et calme, qui revient aux affaires, alors qu’il avait juré grands dieux qu’on ne lui reprendrait plus. De nouveau, il signe un tome à la narration et au découpage très rythmés. Les dialogues sont très ciselés et le lecteur est accroché du début à la fin grâce à une intrigue qui prend du muscle. Ashram et ses trafics de drogue, le kidnapping, son père… : Tout est réuni pour passer un très bon moment de lecture. Le trait de l’auteur qui a obtenu Le prix Jeune Talent en 2009 à Angoulême, est toujours aussi nerveux et vif.

Paci : héros moderne à la vie singulière, il est happé par ses petits boulots malsains. Une intrigue solide et addictive, portée par un dessin nerveux. Une vraie et belle réussite. On attend le dernier tome du triptyque avec impatience !

  • Paci, tome 2 : Calais
  • Auteur : Vincent Perriot
  • Editeur: Dargaud
  • Prix: 17.95€
  • Sortie: 22 août 2014

Lonely Betty

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Lonely Betty est une adaptation dessinée du roman éponyme de Joseph Incardona par Christophe Merlin. Ce drame contemporain se muant en polar très sombre, emmène le lecteur dans l’Amérique profonde où une centenaire retrouve la mémoire et un ancien policier reprend du service. Excellent !

Une petite ville du Maine. C’est un grand jour pour Betty Holmes : elle fête ses cent ans, en cette veille de Noël. Toute la maison de retraite est en effervescence. L’ancienne institutrice aigrie de la ville s’est murée dans un silence depuis le drame des frères Harrys, une sombre histoire où  deux de ses élèves sous sa responsabilité ont disparu.

De son côté Sarah Marcupani, adjointe au maire mystérieuse et très manipulatrice, se démène pour que l’anniversaire de Betty soit une réussite. La jeune femme arriviste souhaite que la fête rayonne sur la politique municipale, un événement comme celui-ci n’arrive pas tous les jours. Lâchée par son assistante et malgré la neige, elle parcourt difficilement les vingt-cinq kilomètres qui séparent la mairie de l’hospice.

A peine arrivée, l’adjointe découvre l’erreur commise par le fleuriste : il a livré une couronne mortuaire et non le bouquet d’anniversaire. Après le démantèlement de la composition en couronne de table, Betty arrive en fauteuil. Alors qu’elle doit souffler ses bougies, elle vomit sur le gâteau et intime l’ordre au personnel d’aller chercher John Markham, l’ancien policier de la ville. Alcoolique, il passe ses journées à se morfondre et à jouer avec Marvin, son petit-fils, qu’il héberge depuis que sa fille a divorcé.

Cinquante ans de mutisme et une folle envie de raconter sa version à John, amoureux transi de l’ancienne institutrice. En 1958, jeune flic à l’époque, il avait clôt le dossier sans avoir retrouvé les corps des trois enfants : Peter 11 ans, Georges 9 et Ellis 8. Alors qu’ils jouaient à cache-cache dans l’enceinte de l’école, ils s’étaient volatilisés. Seul leur copain Stephen était revenu en classe. Accusée de négligence, Betty fut relevée de ses fonction et fut admise à l’hospice puisqu’elle se prostra dans son silence…

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Belle adaptation du roman de Joseph Incardona, le récit de Christophe Merlin est un polar noir très habile et d’une grande efficacité. Cassant les codes du genre par des personnages très haut-en-couleurs, il les tords, non sans malice et un brin d’humour, pour arriver à ses fins. Entre une vieille institutrice mutique, aigrie, un peu raciste, centenaire plutôt en forme et ayant toute sa tête, qui cache un lourd secret ; un policier alcoolique à la dérive, pataud, n’ayant plus réellement goût à la vie et qui voit l’affaire de sa carrière se rouvrir et enfin une adjointe au maire, lesbienne, arriviste et hautaine : le lecteur plonge avec délice dans cet excellent roman graphique. Hommage aux grands classiques de la littérature noire américaine, Lonely Betty porte une belle intrigue. Servi par un trait lisible et des couleurs d’une grande beauté (notamment pour les scènes du passé), l’album trouvera vraisemblablement son public.

Lonely Betty : un beau polar noir à la disparition mystérieuse dans une Amérique désabusée. Belle réussite.

  • Lonely Betty
  • Auteur : Christophe Merlin, d’après le roman de Joseph Incardona
  • Editeur: Sarbacane
  • Prix: 19.50€
  • Sortie: 27 août 2014

14-18, tome 1

14-18
1er août 1914. Louis, Jacques, Maurice, Armand, Denis, Arsène, Pierre et Jules sont mobilisés. Huit amis, âgés d’une trentaine d’années, issus de la même petite ville et affectés dans le même régiment d’infanterie. Ensemble, ils découvrent les premiers combats, les premiers doutes et les premiers ordres absurdes, point de départ de quatre longues années dont certains reviendront, d’autres non.

Eric Corbeyran et Etienne Le Roux ont décidé de s’associer pour raconter cette fabuleuse saga historique prévue en 10 tomes (les cinq premiers entre août 2014 et août 2016) sur quatre années. Voici le premier volume intitulé Le petit soldat (août 1914).

Paris, février 1919. Les époux Laborde viennent consulter un médecin pour Louis. Ce dernier, survivant des tranchées, est revenu défiguré de la guerre. Cette gueule cassée est prise en charge par un chirurgien qui remodèle son visage grâce à une prothèse. Ne pouvant plus parler que par onomatopées, sa femme essaie de s’imaginer ce qu’il a bien pu vivre de si terrible sur le front.

1er août 1914. Alors que la guerre est sur le point d’être déclarée, la fête bat son plein dans le village. Autour du stand de tir, des amis se retrouvent pour dégommer quelques pipes en terre : Denis petit commerçant, Jules étudiant et Maurice artiste-peintre. Après la séance, ils rejoignent Armand aristocrate, Arsène facteur et Pierre débrouillard autour d’un verre à la buvette.

C’est ce jour-là qu’ont choisi Arsène et Rose pour se fiancer mais la fête est interrompue par le garde-champêtre venu délivrer une annonce importante : l’ordre de mobilisation générale.

Les amis, qui ont grandi et usé leurs fonds de culottes sur les mêmes bancs d’école, devront être prêts dans deux jours pour partir au front. Les époux font leurs adieux à leurs familles le 3 août.

Montés dans le train, ils pensent que cela sera rapide et qu’ils seront de retour avant les moissons. C’est donc l’esprit guilleret qu’ils effectuent le trajet jusqu’à la caserne. Après avoir reçu leurs paquetages et leurs uniformes, les huit amis débutent leur marche jusqu’au front, sous les ordres d’un sergent autoritaire…

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Que voilà un très bon début de série ! Le scénario solide de Corbeyran met en place l’intrigue et brosse le portrait de ces 8 hommes et de leur village si paisible. Même si le lecteur sait que certains d’entre-eux ne reverront jamais leurs familles, il se prend d’affection pour ces êtres qui peuvent lui ressembler. Entre l’artiste, l’aristocrate, le paysan, le facteur, le commerçant ou l’étudiant, tous les corps de métiers et les classes sont représentés. L’ambition du prolifique scénariste étant de raconter le destin de ces « Huit jeunes hommes issus du même village [qui] vont partir à la guerre en août 1914. Ils vont laisser derrière eux leur épouse et leur famille pour vivre au quotidien cinq année de brutalité et de sauvagerie sans précédent. Enrôlés au sein de la même compagnie, ces garçons seront confrontés, de près ou de loin, aux grandes batailles qui ont jalonné le conflit [...] ». Cette belle réflexion sur le quotidien des soldats sera déclinée sur 10 albums. « La série 14-18, ajoute l’auteur, est filmée au ras des tranchées. Elle exprime le point de vue des soldats, les petits, ceux à qui on ne demande pas l’avis ». En rendant la parole à ces poilus, il veut aussi dénoncer les mensonges de la guerre : « On a menti à tout le monde. Aux hommes, pour les envoyer à l’abattoir. Aux familles, pour leur dissimuler l’horreur du quotidien des troupes ». Pour raconter cette fresque historique se déroulant sur cinq années, il a fait appel à Etienne Le Roux, avec lequel il avait déjà travaillé sur le 13e tome de Zodiaque (Delcourt). L’auteur, dont Case Départ avait fait le portrait en vidéo, pour tenir les délais s’est adjoint les services de Loïc Chevalier en charge des décors et Jérôme Brizard pour les couleurs, deux de ses anciens élèves. Grâce à cette méthode, ils ont déjà 3 tomes de dessinés. Solidement documentées, les planches sont d’une grande efficacité. Le trait réaliste de l’auteur du Temple du passé (avec Hubert, Ankama) est d’une grande élégance.

14-18 : un début de saga sur la Grande Guerre, prometteur. On attend avec impatience Les chemins de l’enfer (septembre 1914), le deuxième tome qui paraîtra en novembre de cette année.

  • 14-18, tome 1 : Le petit soldat ( août 1914)
  • Auteurs : Corbeyran et Etienne Le Roux, assisté de Loïc Chevalier et Jérôme Brizard
  • Editeur: Delcourt
  • Prix: 14.50€
  • Sortie: 20 août 2014

Serpents et échelles

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Après le fabuleux From Hell et La coiffe de Naissance, Alan Moore continue sa collaboration avec Eddy Campbell. Pour ce troisième album du talentueux duo, Serpents et échelles, le scénariste adapte un spectacle donné à Londres en 1999. Ces textes, les plus poétiques du maestro, étaient jusqu’alors inédits en langue française mais pourtant publiés en 2001 en anglais.

Le jeu des serpents (Snakes and ladders) est un jeu de société très répandu au Royaume-Uni. Aussi célèbre que nos petits chevaux, le but est simple : le joueur qui arrive sur un serpent retourne en arrière, celui, sur une échelle, avance plus rapidement.

« Nous écrivons de belles paroles et pensons que nous jouons le jeu suprême, mais durant tout ce temps, ce n’est qu’une partie de Serpents et Échelles.  » Alan Moore

A travers les portraits de personnalités marquantes de l’histoire de l’Angleterre, il revisite la création de l’univers, de l’homme, et s’interroge sur les sources de l’art et de l’imaginaire des hommes et des artistes. Il poursuit également sa réflexion sur l’influence des lieux sur la psyché des personnes qui les habitent, et sur la nature des liens entre le monde réel et le monde magique.

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Ce très beau texte est, une fois encore, magnifiquement mis en image par Eddie Campbell qui connaît mieux que personne l’univers d’Alan Moore. Son trait en noir et blanc est sublime et d’une rare élégance.

  • Serpents et échelles
  • Auteurs : Alan Moore et Eddy Campbell
  • Editeur: çà et là
  • Prix: 19.50€
  • Sortie: 21 août 2014

Isabellae, tome 3

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Les éditions du Lombard publient le troisième opus de la série historico-fantastique Isabellae. Intitulé Filles de Eriu, il clôt le premier cycle de cette saga signée Raule et Gabor. Case Départ vous a présenté le tome 1 L’homme-nuit ainsi que le deuxième tome Une mer de cadavres.

Isabellae est toujours en quête de retrouver Suiko, sa sœur. Embarquée dans un bateau remplis de morts-vivants avec Masshiroi, ils furent piégés et obligés de se défendre.

Quelques jours plus tard, nous retrouvons le duo dans un petit village, recueillis par des pêcheurs. Leur salut, ils le doivent à un filet de pêche. Masshiroï est dévisagé par Mei, une adolescente, tombée sous son charme. Pourtant la première préoccupation du samouraï est pour son ami Jinku, mordu par un zombie. Il le découvre enfermé dans un caisson, en pleine mutation ; lui, le garçon si gentil et amusant. Pour la jeune femme, la seule issue possible est de retrouver sa sœur, capable de soigner leur ami. Sans le sou, ils doivent alors se mettre en quête de trouver de l’argent pour continuer leurs recherches. Ils deviennent alors chasseurs de primes.

Leur première mission : capturer Qiang, un être sanguinaire, afin de le livrer au tribunal. Après un combat d’une grande force entre le tueur et Isabellae, il décide de se rendre, demande sa clémence et de se joindre à eux pour chercher Suiko. Acceptant sa requête, le trio se met en route et attaque la bande de Chew, afin de gagner de l’argent. La dizaine d’hommes campant dans la forêt est surpris et le combat se finit dans un bain de sang…

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Le récit solide de Raule est toujours aussi efficace. Cette plongée dans le Japon médiéval est très réussi et les personnages toujours aussi bien cernés. La transformation de Jinku en zombie ouvre là aussi de belles perspectives. Le duo Isabellae-Masshiro fonctionne à merveille, rejoint par Qiang, mystérieux guerrier-vengeur d’une grande utilité lors des combats (il ne tue pas d’innocents) apporte son lot de surprises. Pourtant les scènes de combats et celles réalistes sont plus réussies que les scènes fantastiques avec les morts-vivants, d’ailleurs, ils sont plus en retrait dans ce dernier tome du premier cycle. La partie graphique est encore à la hauteur des deux précédents volumes. Gabor excelle dans l’art de mettre en scène les combats et apporte beaucoup de soin dans les coutumes japonaises (décors, habitations, vêtements…).

  • Isabellae, tome 3 : Filles de Eriu
  • Auteurs : Raule et Gabor
  • Editeur: Le Lombard
  • Prix: 13.99€
  • Sortie: 29 août 2014

Joueur du grenier

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Frédéric Molas, dit le Joueur du Grenier (communément abrégé JDG), est un testeur français de jeux vidéo sur Internet. Il est cocréateur, coauteur, et coréalisateur de la série de vidéos critiques humoristiques de vieux jeux vidéo Joueur du Grenier accompagné de Sébastien Rassiat qui filme, coécrit et coréalise.

Les éditions Hugo BD publient le troisième volume de la série qui lui est consacré, intitulé L’appel aux devoirs. Scénarisé par Frédéric Molas, l’album est mis en image par Piratesourcil. A travers des gags en une planche, les deux auteurs brossent le portrait amusant d’un joueur invétéré de jeux vidéo. Véritable geek, il mène une vie rythmée par ses héros dessinés. Plongée dans l’enfance du scénariste :

Grenier explique son week-end à ses camarades de classe, a du mal à ranger sa chambre encombrée d’objets connectés, rencontre Tatayet et son maître ventriloque, emprunte la machine à coudre de sa mère, rend visite à son grand-père à l’hôpital, passe une visite médicale chez le médecin ou rencontre le fils de Batman…

En plus de ces aventures, les lecteurs pourront appréciés la rubrique Courrier adossé à la fin de l’album où les questions-réponses concernant la série sont compilées.

Tous les amateurs de jeux vidéos connaissent Joueur du grenier et ses vidéos humoristiques. Ce dernier (alias Frédéric Molas) a décidé de créer une série dessinée où il compile les scènes de sa vie, de celles des autres et des fictions concernant son héros favori. Les gags en une planche fonctionnent plus ou moins bien, tantôt amusants, tantôt tombant à plat. Si les personnages sont plutôt sympathiques, les auteurs ne les représentent pas comme des no-life et c’est appréciable. Le trait humoristique de Piratesourcil est assez réussi, efficace mais sans réelle innovation. Sans folie mais plaisant.

  • Joueur du grenier, tome 3 : L’appel aux devoirs
  • Auteurs : Frédéric Molas et Piratesourcil
  • Editeur: Hugo BD
  • Prix: 10.45€
  • Sortie: 4 septembre 2014

 L’ombre des Shinobis

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Premier rouleau est le premier tome de la nouvelle série de Sylvain Runberg, L’ombre des Shinobis. Pour raconter cette histoire se déroulant dans un Japon féodal fantastique, il a fait appel au chinois Xu Zhifeng, pour la partie graphique.

Japon, sous l’ère Edo. L’impératrice Hiroyo entre en conflit avec Ashigaka, un shogun très puissant voulant renverser l’empereur Tokugawa. Il faut dire que la souveraine n’est pas très aimée par le peuple à cause des nombreuses exécutions sommaires qu’elle inflige à quiconque se met sur son chemin.

Hiba, princesse et fille de l’Impératrice rentre chez elle, après un séjour chez sa mère. Son convoi est à l’affût, traversant des sentiers malfamés. A la tête de l’escorte, le jeune et courageux capitaine Kikuma, est sur ses gardes. Pourtant, des brigands tendent un piège au convoi princier. Derrière leurs masques de démons, ils n’épargnent personne, y compris Hiba.

Quelques temps plus tard, Minoru, un ronin, entre dans la ville du seigneur Takeda. N’ayant plus de maître, il souhaite offrir ses services au souverain. Méfiant, il lui intime l’ordre de se battre contre quatre de ses meilleurs guerriers. Pourtant, il leur épargne la vie, malgré une technique inconnue et puissante. Takeda accepte alors sa requête. Il s’installe alors avec Gakuto, Mayoku et Natsuki, ceux-là même qu’il vient de combattre…

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Sylvain Runberg propose une nouvelle saga prévue en trois tomes, qui plonge le lecteur au cœur d’un Japon médiéval et surnaturel. Il fait de sa série, une histoire fantastique à travers les Shinobis, mi-assassins mi-démons, ne sortant de leur ostracisme que pour effectuer des missions périlleuses avec la plus grande des discrétions. Les japonais ont pour eux un mélange de fascination et de grande crainte ; ils auraient de grands pouvoirs magiques. Le récit très solide et sombre du scénariste d’Orbital tresse sa trame entre luttes de pouvoirs et manipulations jusque dans les hautes sphères de l’Empire. Ce début de triptyque à l’histoire assez classique, est prometteur, l’intrigue maîtrisée s’installe lentement et réserve de belles surprises, notamment en ce qui concerne les personnages principaux. Les scènes de combats sont magnifiées par les belles planches fluides de Xu Zhifeng. Le chinois dessine son premier album en France de manière semi-réaliste, très efficace et où les mouvements sont extrêmement bien réussis. Si l’intrigue de L’ombre des Shinobis reste classique, elle promet une belle envolée pour le deuxième tome.

  • L’ombre des Shinobis, tome 1 : Premier rouleau
  • Auteurs : Sylvain Runberg et Xu Zhifeng
  • Editeur: Glénat
  • Prix: 13.90€
  • Sortie: 27 août 2014

Et pour quelques pages de plus…

Pour compléter notre sélection de la semaine, Case Départ vous conseille aussi les albums suivants :

Le verre à moitié vide

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Le verre à moitié vide est un ouvrage de Aurélie William Levaux, édité par la maison d’édition suisse Atrabile.

Avec seulement une poignée de livres à son actif, l’auteure a su s’imposer comme une artiste à la voix unique, de par sa sensibilité toute particulière, et sa technique mélangeant dessins et broderies. Elle nous revient aujourd’hui avec ce Verre à moitié vide, construit en courts chapitres, et conçu au fil de sa pensée et de son quotidien, une espèce de journal de bord ou de (faux) carnet intime, faits de fulgurances, de réflexions et de pensées en tout genre.  Avec une sincère envie de dire, elle se confronte ici à ses démons intérieurs comme au monde qui l’entoure, flattant alors aussi bien l’œil que l’esprit.

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Voilà un album très singulier, dont la narration pourra désarçonner le lecteur. D’ailleurs Aurélie William Levaux introduit son ouvrage par une préface afin de l’avertir, conclut en expliquant qu’il n’y a aucune cohérence et qu’il n’y a pas de récit. Elle construit son album en mini-chapitres qui n’ont souvent pas de point commun entre eux. Les personnages féminins lancent à tout va des idées sans aucun jugement de valeur et sans réel but. Les personnages masculins sont souvent sous-entendus, parlant par voix-off. Le point fort étant la partie graphique où l’auteure utilise une technique originale, dessinant à l’encre sur des tissus.

  • Le verre à moitié vide
  • Auteur : Aurélie William Levaux
  • Editeur: Atrabile
  • Prix: 19.50€
  • Sortie: 21 août 2014

Pouss’ de Bamboo

Les enfants de 2 à 6 ans se régaleront avec la collection Pouss’ de Bamboo qui livre des contes dans une version illustrée et sans texte. Une histoire également à raconter le soir grâce à la version classique du conte, incluse à la fin de chaque album.

La petite sirène

petite sirène
Il était une fois une jeune sirène qui était tombée amoureuse d’un prince humain après l’avoir sauvé de la noyade. Prête à tout pour le conquérir, elle échange sa voix contre un philtre magique afin de transformer sa queue de poisson en jambes. Mais une menace pèse sur la jeune sirène. Si elle n’arrive pas à se faire aimer du prince, son cœur se brisera et elle ne sera plus qu’écume de mer…

Le conte est joliment adapté par Hélène Beney et Frédéric Brrémaud. Le découpage du scénariste de Richard Coeur de Lion (Soleil, 2005) dynamise les planches muettes et le trait très élégant de Stefano Turconi adoucit le côté parfois sombre du conte. Un très bel ouvrage pour les tout-petits. Très réussi.

La petite poule rousse

petite poule rousse
Il était une fois deux renards affamés qui auraient bien aimé faire leur dîner de leur voisine la petite poule rousse. Ni une ni deux, ils échafaudent les plans les plus machiavéliques pour capturer la petite créature. Mais celle-ci est bien plus maline qu’il n’y paraît, et elle n’a aucune envie de finir dans un plat, sur la table des deux goupils.

Ce conte est signé Hélène Beney pour le scénario et Julien Mariolle pour la partie graphique. Là encore l’adaptation est d’une belle qualité et le trait humoristique et lisible de l’auteur de Grrreeny (avec Midam, Mad Fabrik) est parfait pour le jeune lectorat.

  • Pouss’ de Bamboo : La petite sirène, La petite poule rousse
  • Auteurs : Collectif
  • Editeur: Bamboo
  • Prix: 9.95€ par volume
  • Sortie: 27 août 2014

 Ameiro paradox, volume 2

(pour un public averti)

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Les éditions Taifu Comics éditent le deuxième volume de la série pour adultes Ameiro Paradox, signé Isaku Natsume. Le lecteur retrouve Onoe et Kaburagi, le couple d’hommes unis à la ville comme dans leur travail.

Onoe et Kaburagi filent le parfait amour malgré leurs disputes incessantes. Onoe, multi-diplômé et bon journaliste, est toujours autant énervé par l’attitude désinvolte de son compagnon Kabu, bel homme dont le pouvoir d’attraction fascine même les femmes.

Alors qu’ils se disputent dans la rue, Noriko, la petite sœur de Kabu fait son apparition. Très distant avec la jeune femme, il laisse son ami régler la situation ; il doit se débarrasser d’elle. En aucun cas, son frère ne veut lui parler, il est en froid avec elle.

Noriko ne s’entend pas du tout avec son frère, mais fait plutôt bon ménage avec Onoe. Ils s’unissent pour jouer un mauvais tour à Kaburagi et le faire souffrir. Onoe doit se tenir à distance de son compagnon, en ne lui parlant presque pas.

Le lendemain matin, Onoe découvre la femme dans son appartement. Fatiguée, il lui avait proposé de rester dormir chez lui ; l’homme avait légèrement bu et ne se souvenait de rien…

Le deuxième tome de Ameiro Parodox est dans la même veine que le premier. L’amour s’installe entre les deux hommes, entre tendresse et disputes. On voit beaucoup moins les moments de travail au journal et Isaku Natsume se concentre sur le passé de Kabu, par sa sœur. Pourquoi ne se parlent-ils plus ? Le comportement de l’homme est étrange tandis que celui de Noriko n’est pas mieux : manipulatrice, elle réussit à embobiner Onoe pour arriver à ses fins. Ce nouveau personnage dynamise et redonne du souffle à la série. Le trait de la mangaka est toujours aussi élégant et efficace.

  • Ameiro Paradox, volume 2
  • Auteur : Isaku Natsume
  • Editeur: Taifu Comics
  • Prix: 8.99€
  • Sortie: 26 juin 2014

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