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[Critique] PUBLIC ENEMIES

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] PUBLIC ENEMIES

Titre original : Public Enemies

Note:

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Réalisation : Michael Mann
Distribution : Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard, Giovanni Ribisi, Billy Crudup, Jason Clarke, Stephen Lang, Stephen Dorff, David Wenham, Channing Tatum…
Genre : Policier/Drame/Action/Biopic/Adaptation
Date de sortie : 8 juillet 2009

Le Pitch :
La Grande Dépression vient de frapper. Les gangsters et les criminels multiplient les braquages avec une fréquence alarmante. De tous, aucun n’est plus célèbre que John Dillinger, récemment sorti de prison, et dont la bande exerce son métier illégal avec une efficacité brutale contre les grands business, tout en épargnant les citoyens ordinaires. Alors que Dillinger devient le Robin des Bois de son époque et tombe raide-dingue amoureux de Billie Fréchette de Chicago, le chef d’un FBI de plus en plus puissant appelé J. Edgar Hoover, est déterminé à arrêter les malfaiteurs de son genre et assigne son meilleur agent, Melvin Purvis, pour le traquer. Tandis que Purvis s’efforce d’appliquer ses méthodes froides et réalistes pour maîtriser la chasse à l’homme, Dillinger lui-même se voit confronté à un avenir inquiétant, avec la perte d’amis tués dans des fusillades de plus en plus violentes, des options qui menacent un jour de s’épuiser, et un monde du crime organisé qui peu à peu, devient excluant…

La Critique :
En 1933, après avoir purgé une peine de 10 ans, John Dillinger est sorti de prison pour découvrir que le monde avait changé. En gros, c’est plus ou moins l’essentiel de Michael Mann et de son audacieux Public Enemies, soit une curiosité du cinéma art-et-essai qui s’est déguisée en blockbuster.

C’est un film bizarre et aliénant qui parle d’un homme hors du temps : une relique du passé récent qui fonce tête baissée pour saccager le présent, qui a laissé les lascars chaotiques de son genre dans l’abandon et dans l’oubli. Le Dillinger de Johnny Depp est un rustre, un cowboy traditionnel à la voix traînante qui se pose comme l’emmerdeur permanent des mafieux urbains et d’un gouvernement peuplé d’étudiants, dans un film de gangsters qui s’avère aussi être un sacré western.

Ne prêtez pas attention aux pardessus, aux fedoras et aux mitraillettes Thompson, puisque Public Enemies se trouve davantage dans la lignée de Pat Garrett et Billy le Kid ou de L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, que des classiques comme Les Anges aux figures sales. Le Dillinger de Depp est tout aussi démodé et obsolète que le Billy de Kris Kristofferson ou le Jesse James de Brad Pitt. Vivant chaque instant comme si c’était son dernier, Dillinger n’a pas de passé et encore moins d’avenir. Il est la somme totale des obsessions existentielles qui ont hanté la carrière de Michael Mann, sauf que cette fois y’a pas cette introspection morbide habituelle – seul compte le « maintenant ».

Et cela finit par le rattraper, comme on peut s’y attendre dans l’univers de Mann. Depp s’affiche ouvertement devant les autorités, mais elles ont la technologie de leur côté. Un petit diable du nom de J. Edgar Hoover (brillamment incarné par Billy Crudup) est à la tête de quelque chose appelé le FBI, et il a une tonne d’intellos sortis de facs prestigieuses à sa charge, qui utilisent des méthodes scientifiques ultramodernes (et aussi illégales, si on compte les mises sur écoute et la torture) pour faire tomber les braqueurs de banque et les hors-la-loi.

Hoover a également un autre atout dans sa manche, une carte maîtresse qui s’appelle Melvin Purvis. Joué par Christian Bale avec un sourire narquois et une absence distincte d’empathie, c’est le bulldog carriériste qui a abattu Pretty Boy Floyd d’une balle dans le dos, et maintenant il a toute l’intelligence et la jugeote technique qu’il lui faut pour se mettre aux trousses de Dillinger. Bale est connu pour ses rôles de durs-à-cuire stoïques, comme dans Equilibrium, la trilogie Dark Knight et Terminator Renaissance, mais avec toutes les excuses qu’on doit à un certain gouverneur de la Californie, voilà un autre film qui aurait pu être appelé Le Soulèvement des Machines.

La mafia s’est consolidée, et elle n’a plus besoin d’un homme comme Dillinger. Faisant la visite d’un bunker téléphonique où les bookmakers à longue distance sont rois, un sbire de Frank Nitti explique que Dillinger a beau être la superstar des braqueurs de banques, tout le fric qu’il vole après des mois de plans et de préparatifs équivaut à la même somme d’argent qu’ils gagnent systématiquement par jour. Il est en train de jouer un jeu qui l’a dépassé depuis longtemps.

Et pourtant, Dillinger le cowboy tient bon, séduisant la foule avec son insouciance de beau gosse mal élevé, son brio anachronique et son charme de monsieur-tout-le-monde. Depp a une relation naturellement collaboratrice avec le spectateur – c’est pratiquement impossible de pas aimer le bonhomme. Mais c’est quand même sympa aussi de le voir rajouter une couche de subtilité, travaillant avec le film au lieu d’essayer de le subvertir.

Et puis vient le coup de pinceau le plus couillu et controversé de Michael Mann : dans Public Enemies, la forme devient le contenu. Dillinger est réapparu dans un paysage moderne et extraterrestre qu’il n’arrive pas à comprendre, et donc Mann filme l’œuvre entière en numérique haute-définition, utilisant une caméra à l’épaule. Les plans d’ensemble sont introuvables, tout comme les jolies convenances de l’époque qu’on attend d’un long-métrage comme celui-ci. Il n’y a pas de filtre sépia ou de grandeur hollywoodienne lourdingue ; à la place, le rythme abrégé du montage ressemble à celui d’un thriller d’actualité, et la guitare d’Otis Taylor vient périodiquement squatter la bande-son. Le film a l’air agressif, grossier et parfois affreusement moche.

C’est aussi hyper contradictoire : des icônes des années 30 portent les vêtements de l’époque, mais elles sont également filmées dans des images numériques tremblantes et sur-éclairées, entourées de couleurs inconsistantes et d’étranges flous venant d’une source de lumière qui est toujours éclatante – le genre d’esthétique moderne qu’on pourrait retrouver sur CNN, ou des vidéos sur YouTube. Le film est inspiré d’une des histoires vraies les plus célèbres du 20ème siècle, et pourtant, il semble ignorer l’importance de son propre sujet : que ses personnages et la vie qu’ils ont vécue appartiennent aux livres d’histoire ne se résument à rien de plus qu’à un caprice du destin, un truc en bonus. Tant bien que mal, ce choix insensé donne à Public Enemies un effet monstrueusement immédiat, comme si tout se déroulait de nos jours au lieu d’être dans le passé lointain. Le film nous tient en haleine même quand la fin est courue d’avance et on sait tous ce qu’attend John Dillinger à la sortie de ce célèbre cinéma où il a vu L’Ennemi public n°1.

De temps en temps, l’impression de légèreté se fait ressentir ; tout semble aller trop vite, déroulant le récit d’une manière extrêmement simple et directe, sans laisser le temps d’absorber les détails. Mais là encore, le but est de raconter l’histoire sans porter le fardeau de sa propre mythologie. Autrement dit, pourrait-t-on vraiment repérer les détails manqués si on ne cherchait pas activement à les trouver, et serait-ce réellement important, en fin de compte ?

Il y a juste quelque-chose de barjot et de surprenant dans la méthode avec laquelle tout ceci est présenté ; l’intensité de Mann et sa réalisation, ses choix esthétiques culottés et la violence absurde de ses scènes d’action. Le raid notoirement raté du FBI sur la planque forestière de Dillinger dans les bois du Wisconsin devient une épopée en miniature, filmé complètement dans le noir, illuminé seulement par les tirs de mitraillette, avec la détonation sinistre des coups de fusil à pompe qui déchirent les troncs d’arbre.

Public Enemies est un film compliqué qui a du cran. Le style visuel, délibérément rébarbatif, donnera sans doute du fil à retordre à certains. Et pourtant, si on s’arrête pour réfléchir après, ça trouve parfaitement son sens. Quelqu’un a dit innovation ?

@ Daniel Rawnsley

Public Enemies Christian Bale [Critique] PUBLIC ENEMIES
Crédits photos : Universal Pictures International France 

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