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Curved Air - Airconditioning (1970)

Publié le 27 octobre 2014 par Oreilles
Curved Air - Airconditioning (1970)Le bel objet que voilà : l'un des premiers voire LE premier picture disc de l'histoire de la pop music - pas de l'histoire du microsillon hein, puisque dès les années 50, on pouvait découvrir des compiles qui étaient affublées de vinyle coloré. Bien, parlons musique à présent. Ce groupe sera le parfait cauchemar de tout jeune amateur de musique pop intègre. D'ailleurs l'histoire ne lui a pas rendu justice, si l'on en juge par la deuxième omission qu'en a faite Michka Assayas dans son Dictionnaire du Rock, réactualisée en 2014. Remarquez, Brainticket et tant d'autres incunables seventies ne sont pas davantage mentionnés, et  notre cher journaliste thuriféraire de U2 a quand même pensé à rajouter une entrée pour Obispo ; l'honneur est donc sauf. Pourquoi un cauchemar ? Eh bien, parce que de la même façon qu'on ne se droitise qu'en vieillissant, il est souvent inenvisageable de s'adonner aux plaisirs infects de la musique progressive pour qui n'a pas atteint  disons la trentaine voire la quarantaine - encore que Radiohead récemment ait beaucoup œuvré pour phagocyter et (au passage) détourner et rendre populaire cette terminologie affreuse qu'est le prog-rock. Surtout lorsque cette musique déjà dépositaire des groupes les plus infâmes de l'histoire de la musique, j'ai nommé Genesis et Yes (peut-on rajouter les vilains Queen à la liste ?), et célébrant le solo virtuose et répétitif, les plages de demo instrumentale réparties sur autant de faces indigestes que  le permettent les double ou triples albums de rigueur, se pique de remplacer les soli d'orgue et de guitare par des démonstrations de............violon, plus particulièrement à la gloire du "prêtre roux" (c'était son surnom), dont l'œuvre est prétexte à moult titres à sa gloire ("Vivaldi", 'Vivaldi with Cannons", "Ultra-Vivaldi" sur l'album Phantasmagoria). Le malade mental responsable de cet habillage peu rock'n'roll si l'on excepte l'alto électrique de John Cale au sein du Velvet et les premiers efforts d'Angelo Branduardi, se nommait Darryl Way, et avec son acolyte le guitariste et multi-intrumentiste Francis Monkman, était le principal pourvoyeur de chansons au sein du quintette né des plus belles années communautaires, et les vocaux étaient tenus par la belle et douce Sonja Kristina (future épouse de Steward Copeland au passage) ;  les disques, fait remarquable pour l'époque, loin d'être bavards,  dépassaient à peine les 40". S'il fallait décrire ce curieux aréopage de hippies furieux UK , on pourrait citer Jefferson Airplane en moins psychédéliques (et même moins étirés), et tous les groupes folk formidables de la perfide Albion, qui de Fairport Convention à Steelye Span en passant par Trees, Tudor Lodge ou Pentangle, étaient  tous emmenés par de chevrotantes et rouées chanteuses. Curved Air, et c'est bien, n'oublia pas d'être électrique sur ses quatre premiers albums, et tout en incluant ainsi la jam propre au cahier des charges de l'époque ("Propositions"), savait se montrer suprêmement doué pour les hymnes roboratifs et couillus ("It Happened Today", "Stretch", "Screw" et surtout sur cet incroyable morceau - probablement l'un des tous meilleurs de l'époque (et figurant au panthéon personnel de votre serviteur), j'ai nommé e fascinant "lHide and Seek", cauchemardesque (encore) histoire de cache-cache improbable avec personne à retrouver dans l'obscurité naissante : observer la structure, la manière dont sont utilisés tour à tour piano et guitare sur ce morceau demeure encore un sujet d'émerveillement quelque quarante années plus tard. C'est sans doute pour cela que l'on préfèrera Airconditioning à Second Album (1971), Phantasmagoria (1972)  ou bien Air Cut (1973). qui pourtant chacun, contiennent leur lot de perles. Et le violon dans tout ça ? Etonnamment discret et bizarrement pas plus écoeurant que les habituels longs soli d'orgue baveux, il est surtout bien produit.............tout comme il peut éclater en jets pyrotechniques sur les morceaux dédiés à la gloire de Vivaldi, parfois parsemés d'effets électroniques et qui c'est cocasse évoquent éventuellement les Concertos Brandebourgeois de Bach, incontournable influence de bien de choses qui comptent en pop music. Dont fait sans problème partie Curved Air, dont les méthodes de composition, les effets de manche apparents étaient inversement proportionnels au pédantisme ambiant de  la musique progressive (quel vilain mot) d'alors - albums courts, chansons pop, esthétisme de bon aloi. Un grand groupe à (re)découvrir.
En bref : pour que prog et rock associés ne soient plus forcément un gros mot, trions le bon grain de l'ivraie et laissons-nous aller à l'écoute nouvelle des pionniers méconnus de Curved Air, et attendons avec sérénité le tome 3 d'Assayas !
 Curved Air - Airconditioning (1970)
 "Hide and Seek" 
"Propositions" en live
 

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