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Night Call

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] NIGHT CALL

Titre original : Nightcrawler

Note:

star [Critique] NIGHT CALL
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star [Critique] NIGHT CALL

Origine : États-Unis
Réalisateur : Dan Gilroy
Distribution : Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed, Bill Paxton, Ann Cusack, Kevin Rahm, Jamie McShane, Jonny Coyne…
Genre : Drame/Thriller
Date de sortie : 26 novembre 2014

Le Pitch :
C’est par hasard que Lou découvre sa vocation. Auparavant voleur à la petite semaine, sans perspective d’avenir, il parcours désormais les rues de Los Angeles au volant de sa voiture, armé d’une caméra, et capte toutes sortes d’images choc, qu’il revend ensuite à une chaîne de télévision locale. Ambitieux, le jeune homme apprend vite les ficelles du métier et brille tout particulièrement par son caractère tête brûlée et par sa propension à ignorer les limites…

La Critique :
Au début du film, Lou, le personnage incarné par Jake Gyllenhaal, se trouve dans sa voiture avec l’assistant qu’il vient d’embaucher. La radio de la police leur apprend un incident qui pourrait leur fournir des images potentiellement intéressantes pour les chaînes d’info de la télé locale. Galvanisé par l’adrénaline accumulée durant de longues heures d’attente, Lou démarre et conseille à son employé d’attacher sa ceinture. Le conseil vaut aussi pour le spectateur. Même si le film a déjà largement démontré de quel bois il se chauffait, c’est maintenant que les choses vraiment sérieuses commencent. Pied au plancher, dans une totale inconscience du code de la route et d’une quelconque morale…

Ne cherchez pas plus loin la raison qui a poussé le distributeur français a rebaptiser Nightcrawler, Night Call. On nous serine depuis un moment déjà que le film de Dan Gilroy se rapproche de Drive. Histoire de donner un repère prestigieux à un long-métrage qu’on espère vendre au mieux, on a donc convoqué le titre du hit de Kavinsky, qui rythmait justement Drive. La boucle est bouclée, et non, Night Call ne ressemble pas à Drive. Pas directement en tout cas, surtout si on excepte le fait que les deux œuvres se déroulent en majorité de nuit, à Los Angeles. Les personnages ne se ressemblent pas non plus, tout comme l’histoire. Le Driver de Ryan Gosling est un taiseux potentiellement violent et sauvage mais aussi doué d’un esprit un poil chevaleresque, alors que le pigiste de l’info trash de Night Call est un sociopathe arriviste, cynique et complètement borderline. Un type qui pourrait se rapprocher (à condition d’absolument devoir le rapprocher d’un personnage connu) du Travis Bickle de Taxi Driver, même si au fond, les choses ne sont pas si simples.
Certes, Drive comme Night Call puise une partie de son essence dans une école de cinéma très proche de celle de Michael Mann et de Walter Hill. Deux metteurs en scène majeurs dont le travail a posé les bases incontournables pour ce qui est des errances nocturnes et parfois violentes, et de personnages à la dérive d’une façon ou d’une autre (entre autres choses).
Voilà pour les comparaisons…

Night Call Jake Gyllenhaal 300x199 [Critique] NIGHT CALL

Night Call est un premier film. Certes Dan Gilroy a roulé sa bosse en tant que scénariste en écrivant Freejack ou encore Jason Bourne : L’Héritage, et certes son frangin Tony n’est pas un manche (il a réalisé le même Bourne, Duplicity et Michael Clayton), mais quand même. Rien ne pouvait à priori laisser présager la claque monumentale que Gilroy allait nous assener avec sa première livraison. Il a tout d’abord écrit le script. Ses dialogues sont nerveux, vifs, brûlants, malins et teintés d’un humour noir parfaitement intégré et nourri d’un cynisme certain, mâtiné d’un nihilisme parfois tétanisant. Sur le papier, et rien que sur le papier, Night Call touche en plein dans le mille. Surtout si on prend en considération son puissant sujet, axé sur une catégorie de personnages pour ainsi dire jamais véritablement représentée au cinéma, à savoir les vidéastes pigistes de l’info et leur quête d’images trash. Gilroy a eu ensuite la brillante idée de recruter Jake Gyllenhaal. De son côté, le comédien a abandonné le conte Into the Woods et son casting quatre étoiles pour pénétrer dans la jungle urbaine américaine. Avec 9 kilos en moins sur la balance et le visage salement émacié, l’acteur s’avère tour à tour cruellement drôle et carrément flippant. C’est bien simple, il est parfait et rarement la folie qui habite son personnage n’aura trouvé illustration plus convaincante et plus terrifiante à l’écran. Académie des Oscar si tu nous lis (on peut rêver non ?)…
Armé de sa caméra, à l’instar de Lou, le protagoniste principal de son film, Dan Gilory a évolué de nuit, à Los Angeles. Ses plans sont précis, la photographie de Robert Elswit superbe et crépusculaire à souhait, et le montage de John, le frère jumeaux du cinéaste, dynamique et sans concession. Sans tomber dans la surenchère d’effets de mise en scène, Gilroy emballe un film à la personnalité atypique, et fait de cette succession de virées à haut risque motivées par la recherche du scoop ultime, une aventure urbaine froide et implacable.

Et puis il y a cette réflexion acerbe, frontale et complètement hardcore au sujet des méthodes employées par les médias. Pays où la sur-information règne, les États-Unis sont montrés du doigt, mais pas uniquement, tant les méthodes soulignées dans Night Call ont tendance à se retrouver ailleurs dans le monde. Partout où le scoop est roi, au détriment de pas mal de choses comme la morale et l’éthique. Deux aspects du métier que Lou envoie aux orties, motivé par l’appétit sans limite d’une chef des informations avide de violence et de sang (superbe Rene Russo, décidément trop rare). C’est d’ailleurs là que le long-métrage donne le plus à réfléchir et s’avère plus qu’à son tour perturbant. Quoi qu’il arrive et quoi qui lui en coûte, Lou filme le pire. Les accidents, les meurtres, tout ce qui passe à la portée de sa caméra et qui vaut la peine d’être mis en boite, se retrouve dans son disque dur, puis à la télévision. L’argent est la motivation mais pas seulement, et c’est finalement le plus dérangeant. Junkie motivé par les multiples shoots d’adrénaline que la sauvagerie du genre humain lui offre chaque nuit, le reporter est un authentique charognard sans pitié. Un type intelligent, attiré par l’odeur de la mort, dont il fait son commerce, sans s’embarrasser des regrets et de toutes ces choses qui d’habitude, imposent des limites tacites.
Rajoutez à la sauce une vision elle aussi bien extrême mais tout aussi pertinente du milieu du travail, et vous vous retrouvez cloué au siège durant presque deux heures.

Totalement passionnant, audacieux, diablement immersif, aussi maitrisé sur le fond que sur la forme, distillant un suspense carrément viscéral, original et rythmé par les partitions atypiques et référentielles de James Newton Howard, Night Call ne fait pas les choses à moitié. Il va au bout de son propos et fait très mal. En jetant un regard impitoyable sur son époque, le film devient d’emblée un objet de culte. Une œuvre racée redoutable d’efficacité aux influences remarquablement digérées, qui arrive à sonner avec une force qui lui est propre, en tranchant dans le vif, tout en canalisant sa verve pour finalement exploser dans un climax glaçant.
On est d’accord, Drive est une tuerie. Pour autant, il n’est pas interdit de lui préférer Night Call. Oui, ce film est monumental à ce point !

@ Gilles Rolland

Night Call Gyllehhaal [Critique] NIGHT CALL
Crédits photos : Paramount Pictures France


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