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Réflexions sur le style

Publié le 07 décembre 2014 par Sornasblog

Pour un étudiant c’est une question qui se pose très vite : le style.

Il ne s’agit pas ici du style vestimentaire (quoiqu’il pourrait y avoir certains rapprochements), mais plutôt du style graphique ou pictural, l’assemblage d’un univers personnel, associé à une écriture visuelle que vous êtes le seul à avoir.

Ne pas en avoir c’est faire preuve de de manque de personnalité, en avoir un marqué très vite, c’est synonyme de fermeture d’esprit.

Quand l’enseignant dit à l’élève : « Changez de style, vous faites toujours la même chose ! » avec la volonté de l’ouvrir à d’autres formes artistiques, l’élève répond  - avec un peu de mauvaise fois : « C’est mon style ! », tout en sachant très bien qu’en réalité, il s’inspire souvent de quelqu’un d’autre. Car le style vient aussi avec l’âge.

Comment trouver son style ?

Quoi qu’il arrive, le style arrivera un jour et s’imposera sans qu’on s’en rende compte. Et ce jour là, difficile de s’en sortir. Finie la quête. Le Saint Graal s’est en votre possession et difficile de s’en défaire.

Pour un illustrateur, il est  très compliqué de passer à un autre style. Et le milieu de l’édition aime catégoriser les artistes par style graphique. « Tiens celui-là c’est son style, on va lui confier ce travail ! ». Dans l’édition on est est classé par style et l’âge qui va avec et il est difficile d’en sortir.
Mais on comprend les éditeurs. Il est plus simple de choisir un illustrateur qui maîtrise un style plutôt de confier le travail à un autre en lui demandant d’adopter le style de l’autre (ce n’est pas bien clair…).

D’ailleurs comme je l’ai dit, comme le style revient en douce, il est dur de le faire disparaître au profit d’un autre.

Récemment j’entendais que l’écriture se formait une fois pour toute lors de son apprentissage et qu’il était quasi impossible de changer la façon dont on formait les lettres une fois qu’elle était acquise. 
Le style c’est différent, c’est plus lent. Il passe par la découverte, l’exploration. Plus on découvre d’artistes, plus on est influencé et plus on se trouve une famille, un univers qui nous ressemble. D’abord on copie, puis on s’inspire, puis notre style apparait. Malheureusement, il ne suffit pas d’aimer un style pour arriver à l’adopter. Il est parfois aux antipodes de ce dont on rêvait mais il faut faire avec.

Un style à quoi ça sert ?

Le style reflète la personnalité. C’est tout bête mais c’est la vérité. Lorsque la personnalité est formée, le style est là. Alors chez chacun,  ça peut prendre plus ou moins de temps. Il faut se connaitre, savoir ce que l’on aime, vers quoi on veut aller et ce qu’on veut dire.

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Parfois, comme chez Picasso, ça peut passer par de nombreuses étapes, mais chez lui, même si la forme change le style est le même.

Chez un artiste, il peut être un problème, car une fois affirmé, son style peut rencontrer le succès, d’autant plus qu’il colle à l’époque, puis se démoder, comme ce fut le cas de Bernard Buffet. Dans ce cas, l’artiste doit savoir se renouveler, mais sortir de ce style qu’il a eu tant de mal à affirmer est quasi impossible, la main, l’esprit dessine ainsi. Vers quoi auraient évolué Basquiat ou Keith Haring ? Nul ne le sait. Seraient ils restés dans le même registre comme Ben et ses citations poétiques ?

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Pour un artiste, le style sert à véhiculer son message, ses émotions, c’est le prolongement de sa main. C’est souvent là qu’on voit les tricheurs, les imitateurs. On sent que le style n’est pas honnête. S’emparer du style d’un autre est difficile. A noter que la frontière entre le style et le truc est souvent aussi difficile à faire. Ce n’est pas parce qu’on peint avec des points rouges ou des lignes vertes que ça forme un style.

Pour un illustrateur, c’est plus complexe. Il est au service d’une histoire. Mieux vaut trouver la personne qui colle à l’histoire, c’est plus simple.Dans ce cas, l’esprit c’est l’auteur du texte et la main, celle du dessinateur. En réalité, les deux ne doivent plus faire qu’un et c’est souvent bien difficile. L’auteur complet est celui qui réussit à écrire et dessiner. Dans ce cas son style, son monde, sera au service de ses idées.

 En graphisme, c’est un peu la même chose qu’en illustration. Les graphistes connus sont ceux qui ont un style fort. Et l’on fait appel à eux pour ça. Mais il me semble qu’il est plus facile de faire évoluer son graphisme que son dessin. Peut-être parce que le graphisme est plus le résultat d’une réflexion, tandis que le dessin passe directement du cerveau à la main.

Qu’est ce que le style révèle de vous ?

De même que la graphologie révèle la personnalité de la personne qui tient la plume, il est est de même (quand il est honnête) du style.

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Prenons la bande dessinée. Certains auteurs passent leur vie à dessiner de la même manière. Leur style est formé à la fois de codes existants et de création personnelle. Des auteurs comme Uderzo (sur Asterix) ont défini un style qui a peu évolué durant leur carrière. Le style est au service de l’histoire et n’en change pas, sans créer chez le créateur de frustration. Il en va de même pour un Hergé, avec la frustration en plus de ne pas être un grand peintre. Pour autant ce style est le leur et difficile d’en changer.

D’autres préfèrent explorer, ou sauter d’un style à l’autre en changeant de série, comme c’est le cas chez Moebius/Giraud. Mais même si l’auteur avait senti le besoin de se créer un pseudonyme, un autre moi pour ses autres créations, on ne peut que constater un rapprochement des deux styles vers la fin de sa vie.

Figé ou pas, le style parle.

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On ne peut pas imaginer qu’un Schuiten et ses citées obscures soit  autrement que très réfléchi. Son style architecturé, construit, mathématique révèle un être posé, à l’inverse d’un Enrico Marini ou d’un Loisel dont la personnalité généreuse et échevelée nous saute à la figure à chaque case. Le style parle malgré soi. Impossible pour Marini de dessiner comme Schuiten et vice versa.

 C’est là, pour en finir avec ces réflexions, que je reviens sur le point de départ. Affirmer un style, c’est devoir renoncer à d’autres, reconnaître une certaine forme d’incapacité. C’est accepter qu’on ne dessinera jamais comme Leonard de Vinci, ou Jim Lee. Qu’on ne pourra jamais représenter la Joconde ou Batman comme eux, mais qu’il nous faudra trouver notre voie. C’est une forme de sagesse.

Et c’est pour cela qu’il est difficile pour un jeune étudiant de trouver son style. Comme je l’ai entendu dire dans la voix de Jacques Loustal, ce sont les défauts qui font le style. C’est cette association de difficultés contournées qui devient une force et affirme une personnalité.  C’est par la compréhension de ce qu’on est pas capable de faire et l’acceptation de nos difficultés que le style verra le jour.

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