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Bronzino, maniériste florentin

Par Artetvia

Agnolo di Cosimo, dit Bronzino, est né à Florence en 1503, il entre jeune dans l’atelier de Pontormo – Vasari affirme qu’il aurait d’abord fréquenté l’atelier de Raffaellino del Garbo, mais ce n’est pas prouvé. Toujours est-il que Bronzino assiste Pontormo dans plusieurs de ses grandes réalisations : on pense aux fresques des années 1514-1515 à Santa Maria Novella et à la Santissima Annunziata. Profondément attaché au maître, il en deviendra le fils adoptif et son disciple le plus fidèle. Pontormo aura une influence considérable sur son élève, notamment la précision du dessin et le traitement de la couleur, nous y reviendrons.

Portrait d'un jeune homme
Bronzino entre au service des Della Rovere (la famille de Jules II) à Urbin. Après un bref séjour à Pesaro (dans les Marches actuelles), il revient à Florence. Il y restera jusqu’à la fin de ses jours, travaillant pour les Médicis à partir de 1539 avec une commande de décoration pour le mariage de Cosme et d’Éléonore de Tolède. Les commandes princières ne sont pas venues par hasard, Pontormo était déjà connu des Médicis, ayant déjà portraituré le dit Côme dès 1538. Bronzino restera attaché à la famille Médicis de longues années.

Membre fondateur de l’Accademia delle Arti del Disegno de Florence (créée par Cosme en 1563), il meurt en 1572 à Florence.

A la suite de Pontormo, on classe habituellement Bronzino dans la catégorie des maniéristes, à la fois en rupture (notamment sur les proportions et la perspective parfaites) et en continuité avec les illustres prédécesseurs de la Renaissance.

La peinture de Bronzino est caractéristique de cette Renaissance tardive et du courant maniériste. Pour renouveler les techniques, les sujets, le traitement des espaces et des corps issus du quattrocento et utilisés depuis plus d’un siècle (les thèmes étaient un peu usés jusqu’à la corde il faut le reconnaître), les maniéristes en font « un peu trop », avec une recherche de mouvement, des corps déformés, des tons très acides, des significations parfois alambiquées, très érudites et complexes, basées sur des codes et des symboles réservés à une élite de savants… En même temps, succéder Botticelli, Raphaël, Michel-Ange et Léonard de Vinci n’est pas chose très simple.

Bronzino - La Luxure dévoilée par le Temps
Un exemple typique : observez (et admirez !) l’Allégorie du Triomphe de Vénus peint par Bronzino en 1545, et vous comprendrez tout ce qui vient d’être écrit. Outre l’érotisme certain, presque malsain (Cupidon n’est pas un petit bonhomme joufflu et fessu mais un ado pas boutonneux beaucoup moins innocent), le tableau regorge de symboles, parfois contradictoires. Je vous renvoie à la puissante étude d’Erwin Panofsky dans Essais d’Iconologie dans le chapitre intitulé « Le vieillard temps » (p 123-127 de la version française, ça c’est juste pour dire que je l’ai vraiment lue), sur la signification réelle de cette œuvre qu’il nomme « La luxure dévoilée par le temps ». S’y croisent Vénus, Cupidon, le Temps sous la forme d’un vieillard, avec son sablier et ses ailes, une pomme d’or, des masques (un sombre, un clair, un jeune, un vieux), des tourterelles, un étrange personnage, « Le tromperie », au beau visage féminin, mais aux pattes de lion et à la queue de serpent, avec un détail significatif : les mains sont inversés (droite et gauche)… Le tout avec des couleurs acidulées (le bleu, le rose du coussin), un univers clos et des corps en S très peu naturels (essayez de prendre la pose de Cupidon, c’est certainement très inconfortable). On est loin, très loin de Léonard de Vinci !

Bronzino - Déploration
Autre exemple, moins troublant dans le sujet, mais typique dans son expression plastique : la Pieta, un tableau de 2.70 m de haut, à Besançon depuis… 1545 ! Admirez les nuances de bleu acidulé (Bronzino se savait aussi redevable de Michel-Ange !), la pureté des visages, les tons pâles des visages (sauf deux), les regards qui disent tout, les poses et les drapés. Bronzino a aussi peint tout une série de portraits de personnes illustres ou d’inconnus : Dante, Laura Battifferri, Andrea Doria, Eléonore de Tolède…

Malgré son côté un peu « décadent » (le mot est mal choisi, je sais, mais tant pis), Bronzino nous révèle sa parfaite maîtrise du dessin, des formes et des couleurs ; se situant en rupture de ces prédécesseurs, il savait très bien d’où il venait et qui étaient ses maîtres. Même si le maniérisme italien n’a duré que moins de 60 ans, cette période a été propice à un foisonnement d’œuvres assez étonnantes, toujours singulières (on connaît tous les portraits d’Arcimbolodo ou du Greco), puissantes dans leur portée évocatrice et débridée dans leurs formes.

Pour notre plus grand plaisir.


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