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Interview breton | « une nouvelle manière d’écrire »

Publié le 12 décembre 2014 par Acrossthedays @AcrossTheDays

Sous la capuche noire de Roman Rappak se cache un garçon habité par un mouvement artistique d’un autre siècle, le surréalisme. Génie autodidacte, le leader de BRETON nous apparaît pudique et réservé, mais par dessus tout passionné par ce qui a construit ce qu’il est aujourd’hui: la musique. Et, le groupe qui a connu un réel tournant quant à ses débuts au « Labs » de Londres, sort aujourd’hui une version Deluxe de l’album au papillon bleu que l’on avait chroniqué titre par titre. C’est autour d’une bière et quelques jours avant leur concert que nous sommes allés discuter avec la tête pensante du collectif.

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Rencontre avec Roman Rappak, la voix du nouveau surréalisme

Parle nous de ton amour pour André Breton ?

En réalité, c’est un amour envers la manière dont les surréalistes construisaient une œuvre et en faisaient l’interprétation. Je trouve que c’est aujourd’hui trop facile d’assimiler ce qu’ils disaient à quelque chose de prétentieux alors que c’est un concept peu abstrait. Mais il y a beaucoup d’art et d’oeuvres qui ne sont pas le fruit d’une réflexion. Et ce que j’aime chez André Breton et dans le Manifeste du Surréalisme c’est que ce n’est pas seulement une référence au surréalisme ou à André Breton mais surtout à une manière de communiquer quelque chose de complexe tout en restant accessible.

Alain Bashung disait qu’il ne composait jamais ses musiques avant d’avoir écrit les paroles, tu te reconnais dans sa manière de créer ?

Je me sens proche de l’idée de ne pas seulement me laisser guider par une corde ou une mélodie. Quand j’étais petit je pensais qu’écrire de la musique c’était trouver un accord que tu aimes, mais tu fais ça cinq fois et tu te rends compte que tu as écris cinq fois la même chanson. Et on en revient au surréalisme parce qu’en travaillant avec l’écriture automatique ou le jeu du cadavre exquis, on débloque quelque chose de plus subconscient, une nouvelle manière d’écrire.

Pour la promo de l’album War Room Stories, vous avez fait appel à des « street team », c’était quoi votre idée de départ ?

Ça fait seulement deux ans qu’on a sorti notre premier album, donc quand je rencontre d’autres groupes ou des gens qui ont commencé la musique avant moi ,j’essaie de garder contact avec eux. Parce que le monde musical qu’on connait est post-iTunes, post-laptop, post-PirateBay. Et les gens qui travaillent pour les maisons de disques ou labels avec lesquels tu signes ont un véritable amour pour la musique et ils ont appris tout ce qu’ils savent dans le « vieux monde de la musique », avant tout cela. A l’époque ou il y avait de vraies promotions d’albums, plus d’argent… Maintenant c’est quelque chose de nouveau. Nous à nos débuts on avait seulement les réseaux, Facebook, Twitter et Soundcloud. Et avec les « Street Team » on a justement voulu donner une vision plus humaine à notre promotion d’album, on voulait être proche des gens qui aiment notre musique, on voulait qu’ils fassent partie du groupe en quelque sorte, que ce soit une aventure collective. C’est pas comme il y a vingt ans où les groupes sortaient un album et faisaient trois concerts avant d’attendre trois ans pour sortir un nouvel album. Aujourd’hui il y a tellement de moyens de partager de la musique et de communiquer que c’est dommage de ne pas les utiliser.

Vous aviez près de cent chansons pour votre premier album, et une soixantaine pour le second. Comment vous avez fait un choix parmi tout ça et surtout comment vous faites pour produire autant ?

Oui c’était super difficile. Quand j’étais petit, mon père m’emmenait dans un Videoshop et j’arrivais jamais à choisir (rires). J’entendais mon père compter derrière moi : « 10…9…8… » et moi j’arrivais pas à me décider. C’était un peu comme ça avant la sortie, on arrêtait pas de changer l’ordre des chansons jusqu’à la dernière minute. Alors c’était pas les dox meilleures chansons, c’était plutôt les dix chansons qui représentaient le groupe à cette période ou qui envoyaient l’album vers une autre direction ou bien faisaient références à des éléments du groupe qu’on voulait montrer. C’est le dernier portrait du groupe à ce moment là. C’est aussi pour ça qu’on a sorti la version Deluxe, pas seulement pour sortir un autre album, mais pour montrer les autres chemins que War Room Stories aurait pu avoir.

Dans ce deuxième album, vous avez collaboré avec un orchestre symphonique, et le rendu est magnifique. Est-ce que cela pourrait être un projet de jouer sur scène avec un tel orchestre ?

Oui, on l’a fait seulement deux fois. La première fois à Londres lors d’un festival de films et la deuxième fois à Melbourne en Australie. C’est quelque chose d’incroyable de travailler avec des gens comme ça. On est allé en Macédoine pour enregistrer notre album, et de répéter avec un orchestre comme ça, ça nous a permis de nous améliorer et aussi d’apprendre, parce que les membres de Breton ne savent pas forcément lire et écrire la musique. Et du coup c’était plutôt une communication de manière spontanée avec ces gens.

Quand j’ai terminé de composer la musique pour l’album, j’ai demandé à Ben, un mec qui nous a aidé et qui travaille souvent avec des orchestres, comment on allait pouvoir répéter parce que à cinq, on a du mal… alors avec un orchestre entier ça paraissait inimaginable. Et puis il y avait des moments où Ben regardait la musique que j’avais écrite et il me disait que c’était physiquement impossible pour des humains de la jouer. Alors on avait la moitié de l’orchestre qui jouait une partie du morceau et l’autre moitié qui jouait la seconde partie.

Et comme ça coûte très cher de faire venir un orchestre, on avait seulement 4h d’enregistrement. Alors on est arrivé en Macédoine, on a appuyé sur « record » et là, tous les musiciens ont joué parfaitement tous les morceaux comme ils ne l’avaient jamais fait dans leur vie et tout s’est fait en une prise.

Sur la version Deluxe, on a retrouvé  « Port Of Call » et « Treadmill », deux titres déjà disponibles en écoute sur Spotify, comment ça se fait ?

Oui en fait il y avait une exclusivité pour Spotify France sur ces deux titres, et comme au Japon aussi ou comme dans d’autres pays. Il y en avait deux différentes et chacune de ces exclusivités était en fait un morceau de la version Deluxe qu’on a décidé de sortir par la suite.

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Pour ce qui est de « Port of Call » justement c’est un morceaux plus sombre, sans texte, construit presque uniquement sur un synthé, c’est un peu un retour souhaité aux débuts de Breton ?

Peut-être, je ne sais pas, pour moi c’est difficile de voir un album comme une ligne stylistique ou musicale, parce que ça évolue tout le temps. C’est quelque chose que tu comprends mieux en live où tu joues un peu tous les morceaux de différents albums. Moi j’adore le hip-hop et la musique électronique, mais j’adore par dessus tout jouer en live, et je pense que c’est ça qui fait avancer le groupe. Et au tout début, à notre premier concert il y a 3 ans aux Transmusicales de Rennes, on avait très très peur de jouer, on savait pas ce qu’on faisait. Et au final ça c’est bien passé car on a eu raison de se dire que, pour faire un bon concert, il suffit pas d’avoir de la technique ou de l’énergie, il faut savoir se mettre à la place du public et jouer la musique que le public aime et a envie d’entendre, et avoir confiance en sa musique.

Tu as récemment collaboré avec un rappeur français, d’où t’es venue l’envie?

J’ai toujours eu envie de travailler avec des gens comme ça. Au début quand j’écrivais de la musique c’était que ça, moi et mon laptop et dans mon quartier. J’étais pas producteur mais  j’étais le seul qui savait se servir de logiciels pour produire et j’étais le seul avec un laptop. C’est grâce à ça que j’ai travaillé avec plein de rappeurs. Mais c’est tellement facile si tu as des boucles et un micro tu peux faire un album de hip-hop alors que pour monter un groupe tu as besoin de batteries, de micros… Bizarrement, c’est plus complexe de faire quelque chose plus organique.

Et j’aime beaucoup ce que fait S.Pri Noir. Je pense d’ailleurs qu’il y a un genre de renaissance dans le rap français, et ça manque en Angleterre on a pas ça, on a des rythmes différents que l’on peut voir aussi aux US mais ça reste hyper underground et donc ça sort pas des quartiers du Bronx malheureusement. Ici, en France, t’as Joke ou encore Stromae qui peut jouer en Russie devant 10 000 personnes et ça c’est un truc qu’on avait pas y’a 10 ans !

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Et tu aurais envie de retravailler avec des rappeurs ?

Ouais carrément. Là je finis la tournée et après il y a deux ou trois projets qui vont se mettre en place.

Vous avez enregistré le premier album dans le Lab à Londres, votre ville originelle, puis le second à Berlin… Le troisième sera enregistré à Paris ?

On sait pas encore parce qu’en fait c’est toujours inspiré par des évènements. C’est pas forcément le lieu géographique qui nous attire c’est plutôt un bâtiment particulier, quelque chose qui nous inspire. Si je trouvais une vieille église en Hollande ou une cité abandonnée en Chine ou tu peux louer trois bâtiments pour rien ça pourrait être vraiment sympa. Mais on verra !

Bon alors du coup Roman, est-ce que c’était vraiment « 15 fois plus dur que ça » ?

Ahah ouais ! C’est toujours plus dur ! La première fois qu’on a joué cette chanson c’était il y a deux jours en Suisse. Cette chanson était une de nos premières qu’on a faite à Londres. Et justement le fait qu’on clôture cette tournée par une date à Londres ça nous fait vraiment plaisir, ça fait un an et demi qu’on travaille sur l’album donc ça va être un moment émotionnel. Au début, on était un peu perdu, on savait pas où aller ni même si on arriverait à écrire l’album, alors on est content d’en être arrivés là et de terminer par cette date chez nous à Londres.

Interview réalisée par Hélène Denoun & Kévin Osmont. Nous remercions tout spécialement Believe Records.


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