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Orange is the new black

Par Ellettres @Ellettres

Il n’y a pas beaucoup d’activité sur ce blog en ce moment, car en plus de m’occuper d’une petite personne de deux mois et demi qui dépend de sa maman pour satisfaire ses besoins vitaux (simples mais essentiels : manger, boire, être propre, faire des câlins, entrer en relation…), je recommence à préparer mes cours car la fin du congé mat’ approche…

Mais je suis un poil de mauvaise foi, car la vérité c’est que depuis que nous nous sommes abonnés au site Netf**x (visionnage de films et de séries TV), mon temps de lecture s’est un peu réduit… Oui, j’ai honte de l’avouer mais la magie de l’écran animé l’emporte actuellement.

Ainsi, j’ai pu voir des films tels que…

- « Attrape-moi si tu peux » (plaisant, un Léonardo di Caprio qui nous enchante de ses subterfuges) ;

Catch me

Will Hunting
- « Will Hunting » (une thématique intéressante – un surdoué des maths doublé d’une petite frappe – n’était-ce le fait que Matt Damon n’est pas très crédible dans le rôle du petit génie – mais Robin William – paix à son âme – fait vraiment un bon psy pépère qui cache une faille secrète) ;

- « L’étrange histoire de Benjamin Button » (une histoire on ne peut plus bizarre – un homme qui naît vieux et meurt bébé – dont je n’ai pas compris le fin mot. Entre temps, il y a quand même quelques scènes d’émotion et des morceaux de bravoure, notamment avec la truculent capitaine) ;

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- « Fargo » (Pouah j’ai tout détesté dans ce film : des personnages répugnants et/ou minables, des scènes répugnantes, une atmosphère morne et triste et une intrigue plate et sans vie – c’est le cas de le dire, puisqu’on a affaire à une petite série de meurtres, entre autres – seule la policière enceinte et son mari alias « gros nounours » artiste peintre jettent un peu de lumière dans ce purgatoire, mais ils n’arrivent pas à sauver le film) (au moins, l’autre film des frères Coen qui parle de tueurs, « No country for old men », bien qu’horrible, faisait vraiment peur, ce qui remplit l’objectif du film dit « noir ») ;

- « Le Facteur » (un film doté de beaucoup d’atouts de charme : le premier, de taille, c’est Philippe Noiret qui joue le poète cubain Pablo Neruda exilé en Sicile. Mais il y a aussi des paysages éblouissants, une atmosphère à la Pagnol et un facteur, donc, qui a tout des héros benêts de Pagnol justement. A part ça, on ne suit pas toujours l’histoire, une histoire qui tournicote un peu en rond. Et je dois dire que nous avons sauté la fin…) ;

le facteur

- « Miss Doubtfire » (oui, je l’avoue. Ce film est une perle pour voir Robin William déguisé en super nanny anglaise, à part ça il est quand même un peu daté…) ;

Robin Williams In 'Mrs. Doubtfire'

- « Neverland » (un film qui mêle goût du merveilleux et « biopic » du créateur de « Peter Pan », c’est un peu mièvre mais c’est plaisant) ;

- « Un hiver à Central Park » (c’était tellement filandreux que j’ai presque oublié de quoi causait le film. Mais c’est américain, donc ça passe bien sur le moment).

Mais mon coup de cœur du moment, c’est la série produite par Netf**x dont le titre, « Orange is the new black », est une formule lapidaire à l’américaine pour dire à peu près ceci : « La tenue orange est la nouvelle petite robe noire ». La tenue orange, c’est celle des détenues qui arrivent à la prison fédérale de Litchfield, une prison fictionnelle mais qui repose sur des bases bien réelles puisque la série s’inspire d’un livre du même nom écrit par une certaine Piper Kerman qui a passé 11 mois d’incarcération, alors que rien dans son background n’annonçait qu’elle devait passer par la case prison. En deux mots, le pitch c’est l’histoire de cette jeune trentenaire bobo et WASP, Piper donc (Chapman dans la série) qui se retrouve en prison à la suite d’une bêtise de jeunesse dix ans plus tôt et qui finit par la rattraper au moment où elle s’y attend le moins : sa petite entreprise de savonnettes décolle et son amoureux est prêt à lui mettre la bague au doigt. Elle va devoir mettre tout cela de côté pendant un moment et affronter un univers totalement nouveau pour elle, dont elle va vite devoir assimiler les codes.

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La prison de femmes où elle atterrit est une prison à « sécurité minimale » où les détenues purgent des peines relativement courtes. Elles peuvent ainsi déambuler d’un endroit à l’autre, dorment par deux dans des box ouverts et chacune à son emploi dans la prison (celles qui cuisinent, celles qui nettoient, font le linge, réparent les installations électriques, convoient prisonnières et marchandises…). Malgré tout, la prison n’est pas une colonie de vacances, entre le comptage fastidieux des prisonnières plusieurs fois par jour, l’interdiction de courir, de « fraterniser » pendant les heures de travail ou de se prendre dans les bras dans la salle des visites, le sadisme de certains gardiens (au fait, je ne savais pas que des gardiens hommes étaient embauchés dans les prisons de femmes) et surtout, l’absence totale d’intimité (toilettes et douches comportant rarement des portes…). Le risque est grand dans cet univers répressif et kafkaïen de se déshumaniser, ce qui est l’objectif avoué du chef des gardiens, Mr Caputo. Comme il le dit à une gardienne : « They are not persons, not like you and me, they are just sheep we track from one place to another. When you talk to one of them, don’t call her by her name but just « inmate » so that she feels that either she or another, it is just the same for you » (« Ce ne sont pas des personnes, pas comme vous et moi, mais des moutons que l’on déplace d’une pièce à l’autre. Quand vous vous adressez à l’une d’entre elles, ne l’appelez pas par son nom mais « détenue », comme elle sentira qu’elle ou une autre, c’est la même chose »).

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Or il a tort car la série a le grand mérite de montrer des personnalités souvent complexes (à une ou deux caricatures près), bien ancrées dans un monde, certes particulier, mais qui a un grand parfum de vérité. Il y a plein de petits détails qui distinguent cette série du lot des productions lisses et clinquantes des studios américains. Un détail entre mille : les films projetés une fois par semaines n’ont pas de son. Pour avoir le son  il faut posséder des écouteurs. Les infortunées qui n’en ont pas, comme Chapman au début car son compte n’est pas encore approvisionné et elle ne peut donc en acquérir, sont obligées de voir le film version muette (c’est le fameux « pas de bras, pas de chocolat » revisité).

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A travers les yeux candides et horrifiés de Chapman, on voit les hiérarchies et les affrontements qui s’établissent dans ce vase clos, souvent d’une violence rentrée : la chef cuisinière, une babouchka russe, qui fait régner l’omerta, les systèmes de troc frisant l’illégalité, y compris avec les gardiens (rien n’est gratuit), la contrebande et les privilèges, les intimidations, les bagarres pour un rien, les passe-droit, les inimitiés entre groupes ethniques (les noires, les blanches, les latinas – bizarrement il y a très peu d’Asiatiques, mise à part une espèce de gnome nommé Tchang – comme le dit une détenue à une Piper bien-pensante choquée : « je fais [de la préférence ethnique] dans un sens tribal, pas raciste ») et des relations sentimentales entre détenues qui sont parfois oppressives. La série montre aussi comment la prison infantilise les détenues.

Petit à petit cependant, on s’attache aux personnages, notamment des détenues, parce qu’elles sont souvent drôles ou émouvantes. Ceci est facilité par le fait qu’aucune n’est un monstre assoiffé de sang (même si personnellement, les trafiquantes de drogue de haut vol sont pour moi aussi criminelles que des meurtrières). Le personnage qui me touche le plus c’est celui, éminemment comique, pathétique, émouvant, inquiétant parfois de Suzanne « Crazy Eyes » Warren, une noire adoptée par des blancs et qui a clairement un grain… L’actrice Uzo Aduba livre une véritable performance, mais c’est le cas de beaucoup d’autres, ce qui constitue une grande force de la série.

Piper Chapman et Crazy Eyes

Piper Chapman et Crazy Eyes

Une autre grande force est l’insertion habile de flashbacks sur le passé des détenues, éclairant les raisons de leur incarcération. On découvre certaines interactions passées entre elles (une prisonnière retrouve même sa maman en prison).

On a ainsi une série d’une grande force narrative, qui verse parfois dans le comique pur (l’audition des détenues pour le spectacle de Noël – et le spectacle de Noël lui-même – c’est de saison ! – qui rejoue la Nativité – mais aussi, multiculturalisme oblige, Hanouka et une fête d’origine africaine, Kwanza, ce qui fait pouffer de rire une afro-américaine, bien méthodiste par ailleurs, qui admet préparer cette fête juste parce que ça lui permet de ne pas travailler pendant une journée). Mais le tragique s’en mêle (la mort d’une détenue), le grotesque (voir le phénoménal gardien « Pornstache »), la comédie de moeurs, le roman social (les coupes budgétaires obligeant à des économies de bouts de chandelle), etc… Bien-sûr, la série comporte ses rebondissements et ses situations tirées par les cheveux, pour entretenir l’attrait des spectateurs, mais elle est aussi suffisamment proche du réel pour comporter un vrai intérêt documentaire.

La saison 2, pour ce que j’en ai vu, est un peu plus faible que la première : du déjà-vu, beaucoup de situations cocasses mais moins « brutes de fonderie » que dans la première saison. La 3e saison, déjà sortie aux Etats-Unis, devrait être visible au printemps 2015 en France.

Au fait, il y a même une bonne soeur dans la prison, et elle s’appelle… sister Ingalls ;-)


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