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Inconséquences

Par Pseudo

libye_sarkozy.jpgAmusons-nous : depuis quelques jours, pas un éditorial, ou presque, sans lamentions tirebouchonnées sur le destin infiniment tragique de cette pauvre Libye, qui n'en finit pas de fermenter à gros bouillons dans son «printemps» perpétuel — ah, ce printemps arabe, les a-t-il fait gamberger nos professeurs de démocratie ! Les tyrans n'avaient qu'à numéroter leurs abattis : le XXI ème siècle serait le nouveau siècle des Lumières, ou ne serait pas... Et Malraux pouvait bien aller se faire voir, avec son mysticisme.

Mais le vent a tourné. Parmi les spécialistes de la climatologie libyenne voilà que désormais c'est à qui pleurera le plus sur notre responsabilité dans le joyeux bordel qu'a produit cette «démocratie» inattendue : les tribus en vendettas saignantes ; des ethnies en purges réciproques ; deux «parlements» auto-proclamés, l'un à l'ouest, l'autre à l'est, se disputant à mort légitimité et représentativité «nationale» ; des seigneurs de la guerre aux quatre coins du territoire — ils se galonnent en «généraux» dès que leurs troupes dépassent la centaine de Kalachnikov —, installés dans leurs fiefs-arsenaux d'où ils monnayent leurs alliances ; des hordes de pilleurs-caravaniers de toutes obédiences, sillonnant les pistes armés jusqu'aux dents pour mieux assurer leurs trafics en tous genres : drogues, armes, produits de rapines, bétail humain dont ces migrants conduits à la noyade ou à l'esclavage, et ces femmes promises à toutes les déchéances ; rezzous algériens maquillés en bigots mahométans, accourus précipitamment se planquer et reprendre quelques forces à chaque méchant coup porté par «Serval» puis «Barkhane»...

«Ah ! pleurniche le chœur des stratèges sur papier journal, il a fallu que cet

copy Marc Roussel - Proche Benghazi - mars 2011.jpg
irresponsable de Sarkozy ouvre la boîte de Pandore, et voilà cette folle anarchie à nos portes !» Les mêmes, ou presque, se pâmaient, il y a quatre ans pratiquement jour pour jour, quand l'irresponsable en question, entraîné par un Bernard-Henri plus échevelé que jamais, fou du roi patenté, démolissait ce qui tenait encore debout dans ce pays, au prétexte de «sauver Benghazi» : «Dégagez le tyran !», c'était le cri qu'on entendait alors... L'exclamation de tous les éditoriaux.

Le tyran a dégagé fissa. Livré à la foule, qui l'a démocratiquement lynché. Pour le beau temps en revanche, les populations libyennes attendront encore un peu. Peut-être même longtemps. Parce que le joyeux bordel susdit, amené dans les camions de l'armée franco-anglaise, vient soudain de s'enrichir de cette autre joyeuseté : des groupes se revendiquant de Daesh viennent de se faire connaître à l'est du territoire — chose nouvelle dans le secteur, l'islamisme purificateur s'étant contenté jusqu'à présent de la bannière d'Al Qaïda au Maghreb islamique. Cependant que plus au sud, les furieux de Boko Haram inquiètent chaque jour davantage Niger, Nigeria, Tchad, Cameroun, Bénin. Et pour que le festin offert aux thuriféraires occidentaux de la révolution libyenne soit un peu plus roboratif encore, ces daeshistes nouveaux-venus se proposent de nous submerger au moyen de flottilles d'immigrants clandestins, jetés à la mer de gré ou de force à partir des côtes libyennes...

Et l'on parle toujours de recommencer cette macabre comédie en Syrie...  Il ne resterait plus qu'à rappeler BHL, puisque finalement le ridicule tue bel et bien. À tort et à travers. 


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