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L'art de la fugue: un (rare) exemple de belle adaptation littéraire?

Par Filou49 @blog_bazart
16 mars 2015

art fugue

Le formidable succès du ciné club de Potzina ne cessant de se démentir,  cette blogueuse émérite a ce mois ci choisi de cibler sa thématique autour des adaptations littéraires, à ma plus grande joie, avouons le, tant le thème m'intèresse et m'interpelle tout à la fois.

En effet, si  il y a quelques années, je m'étais interrogé sur cette tendance  à adapter des grandes œuvres littéraires au cinéma (en orientant plutôt mon article sur les classiques de la littérature), celle ci n'a pas diminué, bien au contraire,  à croire que les scénaristes sont de plus en plus en manque d'inspiration ou de plus en plus flemmards (ou les deux).

Cela dit, concernant « l'Art de la fugue « ,le film de BriCe Cauvin sorti début mars sur nos écrans et qui est donc l’'adaptation littéraire  que j'ai eu envie de choisir pour ce ciné club, cette idée d'adaptation ne va pas totalement dans ce sens : d'une part, parce que le film a été tourné il y a déjà quatre années ( mais n'est sorti qu'en 2015 à cause de gros problèmes  de production), et d'autre part parce que cette adaptation me semble être une idée censée et réfléchie et non pas une commande qu'a du remplir un metteur en scène peu inspiré.
Le fait qu’Agnès Jaoui, amie du cinéaste Brice Cauvin depuis 20 ans, et également grande lectrice de Stephen Mc Cauley depuis ses débuts soit à l’origine du projet et ait collaboré au scénario prouve bien que le film n’est pas qu’une pale copie du livre.

Personnellement, j’ai été, comme Jaoui, un grand lecteur de Mc Cauley, du moins ses premiers romans publiés en France au milieu des années 90, je prenais un plaisir immense ces études psychologiques pleines d’humour d’acuité psychologique et de justesse sociologique, des mœurs sociales et sentimentales de ces est américains plutôt bobos avant l’heure avant de trouver que comme beaucoup d’auteurs, l’auteur brassait pas mal de thématiques récurrentes (.. la communauté gay de Boston, la culture Harvard, la solitude affective et les liens familiaux orageux beaucoup d’auteurs, Mc Cauley avait du mal à se renouveler .

Bref j’avais lu l’art de la fugue pratiquement à sa publication en 1997, trop longtemps pour m’en souvenir parfaitement et ce n’est qu’après avoir vu le film de Cauvin que je me suis replongé dedans (grâce à la formidable édition spéciale publiée par les éditions Baker street) pour comparer les deux œuvres.

Et on voit bien en comparant les deux que l’approche de Jaoui a été primordiale dans le scénario, tant elle tire le film de son coté à elle, cet art de la fugue faisant beaucoup penser aux films qu’elle a réalisé avec son ex compagnon Jean-Pierre Bacri avec cette vision mi désabusé mi lucide de la société et des rapports humains, mais sauvé toujours par cette humanité et cette tendresse avec lesquelles les personnages sont peints.

Stephen Mc Cauley le reconnait lui-même dans cette passionnante interview croisée qu’il livre en prologue de cette édition avec Jaoui et Cauvin, le film, aussi drôle soit il, frappe par sa mélancolie et une certaine tristesse (amorcée dès le premier plan du film) qui sont inhérents des personnages.

Mc Caley dit d’ailleurs dans cette itw qu’un film raconte avant tout une histoire avec des images et ne peut totalement se mettre dans la peau du narrateur, d’où certaines frustrations parfois, mais ici cela est fait avec grande habileté, tant le film se recentre plus sur le noyau familial en tant que tel, ce qui donne lieu à d’excellentes prestations d’acteur de Biolay touchant en frère ainé détruit par un divorce ou le couple Guy Marchand-Marie Christine Barrault qui s’en donnent à cœur joie en parents castrateurs un poil étouffants.

 On prend énormément de plaisir à regarder ces variations et ces atermoiements de ces gens qui comme nous n’arrivent jamais à être totalement heureux et cherchent un idéal que forcément ils ne trouveront jamais. Les doutes, les mesquineries, les mensonges que les rapports humains engendrent, tout cela était déjà dans le roman initial, mais même s’ils gardent une configuration assez différente à la sauce Jaoui, ils n’en conservent pas moins toute sa saveur.

Pour conclure avec Agnès Jaoui, je citerais une de ses phrases dans cette même interview  croisée figurant dans la nouvelle édition du livre « toutes les adaptations sont réussies quand le cinéaste possède lui-même un univers et un point de vue fort « … En cela, on peut dire que l’art de la fugue de Brice Cauvin est pleinement réussi !!

art fugue 2


Raconté par Patrick, 31 ans, « diplômé d’une université perdue dans les bois de l’Etat de New York » et devenu employé dans une agence de voyages à Cambridge, L’Art de la fugue met en scène la vie sentimentale contrariée de la fratrie qu’il compose avec Ryan et Tony, son aîné et son cadet. Tandis que Patrick est l’amant semble-t-il comblé du bel Arthur, Ryan est sur le point de divorcer, alors que Tony connait, lui, les affres de l’hésitation, réalisant la veille de son mariage avec Loreen qu’il n’est peut-être pas si amoureux que cela de la jeune femme...

livreart

Découvrez l’édition spéciale cinéma de L’Art de la fugue de Stephen McCauley ! avec une préface de l’auteur, une conversation entre Agnès Jaoui et Stephen McCauley, et des photos du tournage !

 Les Éditions Baker Street, en proche collaboration avec le distributeur du film, KMBO Films, publient une nouvelle édition brochée avec, en exclusivité :

- une conversation avec Stephen McCauley et Agnès Jaoui, qui joue un rôle central dans le film, celui de la
collègue et meilleure amie de Patrick.

- une préface signée de Stephen McCauley.


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