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La maison des 1000 morts

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] LA MAISON DES 1000 MORTS

Titre original : House of 1000 Corpses

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Réalisateur : Rob Zombie
Distribution : Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon Zombie, Karen Black, Chris Hardwick, Erin Daniels, Jennifer Jostyn, Rainn Wilson, Walton Goggins, Tom Towles, Matthew McGrory, Robert Allen Mukes, Dennis Fimple, Harrison Young, William Bassett…
Genre : Horreur/Épouvante
Date de sortie : 15 février 2007 (DTV)

Le Pitch :
1977, Halloween, la nuit où tout peut arriver. Quatre jeunes gens, Jerry, Denise, Mary et Bill écrivent un livre sur les endroits flippants des États-Unis. Après visité le mini-musée des horreurs du Capitaine Spaulding, ils sont envoyés par ce dernier à la recherche du Docteur Satan, célèbre tueur et tortionnaire psychopathe local. En chemin, ils prennent en stop une mystérieuse auto-stoppeuse. L’orage et une crevaison les entraînent vers la maison de la famille de cette demoiselle. Une famille répondant au doux nom de Firefly…

La Critique :
Si un jour, un psy venait à se pencher sur le cas de Rob Zombie au prisme de son œuvre, il aurait de quoi se gratter la tête. Il faut dire que Robert Bartleh Cumming, musicien, chanteur et réalisateur de son état, a un univers bien singulier. Un univers qu’il distille depuis son groupe White Zombie et dans sa carrière solo. Des albums cultes comme La Sexorcisto : Devil Music Vol 1 ou Astro-Creep-2000 : Songs of Love, Destruction and Other Synthetic Delusions of the Electric Head, et, en solo, Hellbilly Deluxe, ou The Sinister Urge ont fait figure d’ovnis dans une musique (le metal indus) marquée pourtant par l’excentricité de ses artistes. Le son d’un amateur de cinéma de genre, samplant des films d’horreur et pornos, retranscrit dans des clips complètement barrés, véritables orgies sonores et visuelles, et truffés de références (par exemple, le clip de Living Dead Girl reprend Le Cabinet du Docteur Caligari, de Robert Wiene). C’est ainsi tout naturel qu’il entrerait un jour dans le cinéma tambour battant, tout d’abord avec des participations dans des B.O., souvent en recyclant des chansons de ses albums (notamment Superbeast, Dragula ou Living Dead Girl qui ont figuré dans quelques films) ou des inédits comme Hands of Death (Burn Baby Burn) en duo avec le king du shock rock Alice Cooper. Il a aussi fait une apparition (certes, dans son propre rôle) dans la comédie Radio Rebels de Michael Lehmann.

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En 2003, il décide de rendre hommage à Massacre à la Tronçonneuse (le vrai, le culte de Tobe Hooper, pas les remakes tout pourris) en revisitant le schéma (classique mais toujours aussi bon) des jeunes cons (ou insouciants on va dire) qui s’égarent dans un trou paumé de l’Amérique profonde et tombent sur une famille de psychokillers (un soir d’Halloween et en plein orage pour parfaire l’ambiance conviviale). Cette fois-ci, à la place des Sawyer (pas Tom, les autres), c’est au tour des Firefly d’entrer à leur tour dans la légende des familles de sanguinaires de cinéma, légende qui sera assise avec la suite, culte aussi, The Devil’s Rejects. Les Firefly sont des fous furieux, cannibales et adeptes de rites occultes, et qui tuent parce que c’est fun. L’hommage au film controversé de Tobe Hooper ne s’arrête pas là, puisque l’acteur Bill Moseley, qui joue Chop Top dans Massacre à la Tronçonneuse 2, campe un des personnages principaux, le sadique Ottis qui tue pour faire de l’« art ». Ce n’est pas la seule référence que le cinéphage Rob Zombie place dans le film, puisque les noms de plusieurs personnages sont tirés des cinq films des Marx Brothers.
On peut y ajouter à cela un casting de gueules  avec la bombe atomique Sheri Moon Zombie (madame Zombie à la ville, qui a joué dans les clips de Rob en solo) dans le rôle de la vénéneuse Baby Firefly, Sid Haig (Jackie Brown, Kill Bill vol. 2) dans celui du Captain Spaulding, le géant Matthew McGrory (qu’on aperçoit dans Big Fish) qui joue Tiny (les anglophones apprécieront l’ironie de ce surnom) Firefly, Karen Black (Easy Rider, Gatsby le Magnifique), Rainn Wilson (l’apprenti aussi candide qu’inquiétant Arthur Martin dans la série Six Feet Under, Dwight dans The Office)… Une partie du casting figurera, en plus de la suite, dans d’autres films de Rob Zombie, dont le remake de Halloween ou délire animé psy-cul-délique The Haunted World of Superbeasto qui donne l’impression d’un Tex Avery ayant mélangé Viagra et ecstasy et partant dans un délire débridé de 80 minutes.
Mais ce qui fait le sel de La Maison des 1000 Morts, ce qui le rend si unique dans une filmographie toujours visuellement impeccable, avec une photo superbe même quand c’est crade, c’est son esthétisme très particulier. Après avoir ouvert sur une séquence digne des émissions des années 60 présentant des films d’horreur (avec Rob himself qui fait une apparition hyper furtive) et une scène montrant toute la répartie géniale de l’antihéros devenu culte Captain Spaulding, on assiste à un générique complètement barré enchaînant des séquences bien bizarres avec un grain d’image à l’ancienne, le tout sur la chanson House of 1000 Corpses extraite de Sinister Urge. Le film enchaînera comme ça tout au long des courtes séquences visuellement vintage et psychédéliques et qui parfois (notamment une en particulier) n’auraient pas dépareillé dans le magazine Girls and Corpses ou peuvent faire penser aux affiches des films underground Nekromantik.

Le premier long-métrage de Rob Zombie bouscule les habitudes et les conventions par ce côté « clipesque », que le réalisateur jugera par la suite maladroit, mais qui a contribué au statut de films cultes du diptyque. Au fond, il a cette audace du premier film. Des réalisateurs ont pu apposer une patte particulière dans leur première œuvre, avant de rentrer dans le rang. François Ozon, avant de faire des films plus académiques, a fait la comédie trash Sitcom. Peter Jackson, avant d’être l’audacieux qui a adapté deux sagas de Tolkien, a réalisé trois films bien barrés dont deux comédies gore cultes, Bad Taste et surtout Braindead (la troisième, Les Feebles est une version trash des Muppets). Le premier Albert Dupontel est son plus virulent, le premier Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich) est le plus barré, comme le premier Gondry (Human Nature). Ce qui a rendu culte tous ses films, c’est l’envie, pour son premier film, du réalisateur, de mettre un concentré de son univers en une dose et dire « Voilà, ce film, c’est MOI ». Si on ajoute à cela l’univers hyper-personnel d’un artiste comme Rob Zombie, sa fascination pour l’horreur, les serial killers, le vintage et les pin-ups de l’enfer, ça donne La Maison des 1000 Morts, un excellent film d’horreur doublé d’une orgie visuelle, qui préfigurera le style de son auteur, moins barré par la suite (à part son dessin-animé cité plus haut) mais tout aussi travaillé au niveau des images. Embarquez donc dans ce train fantôme sous acide, et maintenez-vous bien assis sur vos sièges, ça va secouer. « This is the house, come on in. This is the house, built on sin ».

@ Nicolas Cambon

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Crédits photos : Metropolitan FilmExport


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