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Rencontre exclusive avec Olivier Berlion

Par Filou49 @blog_bazart

01 juin 2015

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Oui, je l'avoue piteusement Monsieur le Juge : je ne me souvenais pas du tout avoir entendu parler de l'assassinat du juge Renaud à Lyon en 1975, mais en même temps, j'avais un alibi en béton il me semble: je n'étais pas né à l'époque (bon, ça n'allait pas tarder j'avoue aussi)!!

 Oui, bien sûr, Monsieur le juge, depuis, j'aurais pu me rattraper pour corriger cette immense lacune, et d'ailleurs, oui, j'ai bien vu le film d'Yves Boisset avec  l'incandescent et formidable Patrick Dewaere, "le juge Fayard dit le shérif" qui relatait ce fait divers, mais cela fait bien trop longtemps pour m'en souvenir, et surtout pour moi, on parlait du Juge Fayard et non pas du juge Renaud et dans mon cerveau, les branchements n’avaient pas fait tilt!!

 Bref, monsieur le juge, il n’est jamais trop tard pour apprendre des choses, et  j'ai découvert cette histoire qui visiblement a beaucoup marqué les lyonnais qui eux étaient bien vivants à cette époque à l'occasion d'une BD  qui vient de paraitre, intitulé tout bonnement «  Le juge »  et qui rend  un vibrant hommage à ce juge lâchement assassiné, le juge Renaud.

Rencontre exclusive : Olivier Berlion nous a dévoilé tous des secrets du Juge Renaud!!

  Premier magistrat de France à être tué depuis l'Occupation, ce juge Renaud était chargé de  dossiers brûlants, et avait une manière bien à lui, pas forcément très orthodoxe de s'occuper des affaires en instruction !

 Alors que 40 ans après sa mort, la justice n'a jamais  voulu réussi à  élucider cette sombre histoire impliquant des politiciens, le SAC et le fameux gang des Lyonnais ( ça par contre je connais, mais faut dire que le film de Marchal est plus récent que celui de Boisset), un illustre illustrateur (bon faut l'oser celle là, j'avoue) lyonnais, Olivier Berlion, auteur notamment de la série Tony Corso ou des "sales Mioches" pour la jeunesse se lance dans une tentative de réhabiliter l'honneur de ce juge.

Un honneur trop souvent sali de son point de vue, et de celui du fils magistrat, Francis Renaud, auteur notamment d'un ouvrage "Justice pour le juge Renaud", dans lequel il soutient la thèse d'un assassinat politique, et aimerait que malgré un non lieu, la vérité soit enfin révélée.

 Dans cette nouvelle série en trois tomes, dont le premier tome, intitulée la république assassinée, vient de paraitre ce 22 mai, Olivier Berlion nous plonge dans une reconstitution particulièrement soignée du Lyon des années 60-70, cette ville qu'on surnommait à l'époque le Chicago du Rhône, et s'attache à suivre les pas de ce juge charismatique au possible, héros rêvé de BD.

L’ambition de l'auteur, c'est à travers cette série en trois albums de mettre en lumière l’homme, son parcours, son combat, les valeurs pour lesquelles il s’est battu jusqu’à donner sa vie.

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 Dans ce premier tome, on y suit l'arrivée en 1966 du juge Renaud à Lyon, ses premières affaires qui s'entrecroiseront avec son passé de grand résistant, son parcours de juge en Afrique et son engagement contre l'OAS.

  La ville de Lyon, en proie au grand banditisme, est alors surnommé par les journalistes "Chicago sur Rhône". En charge de dossiers brûlants, le juge Renaud, au caractère bien trempé, se verra  ainsi vite  attribuer le surnom de "Sheriff".

Car, Olivier Berlon, nous le montre parfaitement dans cette BD, ce juge Renaud avait une foi irréprochable dans la justice et la légalité c’est pour cela qu’il n’avait aucune estime pour le banditisme et son soi-disant code d’honneur, il méprisait l’illégalité...

C’est sans doute aussi ce qui fait aussi son charme et sa différence d’avec les flics qui  parfois reconnaissaient la valeur d’un bandit.

 Bref, un tome passionnant et qui augure d’une excellente série à venir, donc un ouvrage sur lequel nous avions envie de longuement revenir dessus.

 Et comme Olivier Berlion tenait à privilégier les lyonnais (lui même est né à Lyon et y a longtemps vécu) pour sa nouvelle parution, il nous- avec Michel qui connaissait bien mieux l'affaire que moi-  a très généreusement accordé une longue interview lors de sa très récente dédicace dans l'excellente librairie spécialisée lyonnaise Expérience. 

Petit échantillon de cette passionnante rencontre permettant de mettre un peu de lumière sur ce personnage fascinant qu'était le juge Renaud :

 ITW exclusive Baz'art avec l'auteur illustrateur 

Olivier Berlion pour sa Bande dessinée Le Juge

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  Bonjour Olivier Berlion et avant tout un grand bravo pour votre formidable BD le Juge, et notamment pour l'exceptionnel travail de documentation qui ressort de votre album. Tout de suite une question nous vient en tête : pourquoi avoir eu envie de vous lancer dans cette histoire du Juge Renaud que tant de gens a oublié?

 En fait, tout est parti d'une conversation anodine avec mon père il y a un an et demi  environ, qui m'a alerté sur l'existence de cette histoire, car mon père m'a dit avoir joué au rugby avec un dénommé Marin  (NDLR :  dont le nom a été cité comme un des principaux suspects du meurtre du juge) qui était mêlé à cette affaire et dont le nom m'était vaguement familier. Très rapidement,  j'ai senti qu'il y avait des choses qui m'intéressaient dans ce fait divers et qui me parlaient bien.

 Très vite, j'ai acheté  et lu tout ce qui a été écrit j’ai lu  et écouté ce qui avait  réalisé sur le Juge Renaud, à savoir  un épisode de « Faites entrer l'accusé » diffusé en avril 2006 ou une émission de France Inter  en 2008 « Rendez vous avec  X », mais aussi le livre de  son fils, Francis Renaud bien sur, mais aussi des livres oubliés car écrit à l'époque comme  Le sheriff. Autopsie de l'assassinat d'un juge ou bien le passionnant ouvrage d'un américain, James Sarazin, Dossier M comme milieu, paru en ‎ 1977.

 Après avoir fait le point sur toutes ces informations diverses et variées, j'ai été aussitôt frappé par la multitude de versions qui existaient et qui différaient énormément les unes des autres.  Et je me suis aperçu qu'il existait plusieurs thèses- surtout deux, une thèse plus politique, et une autre plus criminelle,  et qu'il me semblait vraiment passionnant de les confronter, et de me lancer dans une bande dessinée qui tenterait d'apporter un nouvel éclairage, 40 ans après les faits, et le plus objectif possible, sur cette histoire.

 Et  justement par rapport au travail de documentation proprement dit, comment avez vous procédé pour écrire le scénario de cette importante affaire : en plus de la documentation dont vous venez de nous parler, avez-vous rencontré des gens proches du juge à l’époque et qui sont encore vivants, tels que les policiers concernés, ou bien ses anciens collègues magistrats, ou bien encore sa  greffière qui dit-on, i connaissait tout de ses secrets…?

 Non,  là dessus, j'étais d'emblée très clair sur ma démarche et je n'y ai jamais dérogé: je  ne voulais rencontrer aucun des témoins encore vivants avant d'élaborer le scénario, j'ai commencé une fois que ma bande dessinée était finie. Comme je savais que chacun avait une version totalement divergente les uns des autres, je me doutais que chacun allait vouloir tirer la couverture à lui, et tentait de me prouver que sa version était la plus convaincante possible.

 Ma manière de procéder a été très simple : après avoir lu, relu et rerelu ces ouvrages dont je vous ai parlé (et revu et réécouté les émissions de radio et de TV),  je me suis "amusé" à faire un immense tableau chez moi regroupant l'ensemble de la chronologie de cette histoire et l'ensemble des personnages, trente à quarante qui intervenaient dedans, et c'est ainsi que progressivement la structure de ma BD s'est mise en place, et que les fils ont pu se nouer ou se dénouer le cas échéant.

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  Est ce également votre façon de procéder avec Francis Renaud, le fils du juge qui livre une émouvante préface de votre BD? Vous l'avez rencontré auparavant pour lui montrer le travail ou bien lui non plus, vous ne vouliez pas le voir avant de vous lancer dans votre travail ?

 Oui, ce fut bien sûr la même démarche qui m’a animé concernant mes relations avec Francis Renaud : je n'ai pas voulu le rencontrer avant de me lancer dans mon premier tome, et ce, pour les mêmes raisons que je viens de vous avancer, à savoir cette peur de ne pas être  influencé, je voulais vraiment faire le portrait du juge tel que moi je le ressentais et pas par le prisme, forcément subjectif, de son fils.

 Mais vous savez, j'étais quasiment, pendant toute la BD, derrière le juge Renaud, c'était vraiment ma ligne de conduite, et je me doutais que ce procédé là ne pouvait que séduire Francis qui d’ailleurs, lorsqu’il a lu la BD une fois finie m'a avoué  avoir retrouvé l'esprit de son père et de l'ambiance de l'époque.comme il s'est pas mal retrouvé dedans, il a accepté volontiers d'écrire la préface,  pour mon plus grand plaisir.

Rencontre exclusive : Olivier Berlion nous a dévoilé tous des secrets du Juge Renaud!!

  Est-ce que vous avez déjà écrit et dessiné vos deux autres tomes et si non, savez vous ce qu’il va avoir dedans ? Est-ce qu’éventuellement, l’intrigue pourrait évoluer en fonction d’éléments ou de témoignages que vous pourriez entendre maintenant que vous avez commencé à rencontrer des témoins de cette affaire ?

  Ah non, aucun de mes deux autres tomes ne sont commencés pour l’instant. Je me laisse 10 mois par tome pour les finaliser, donc va falloir que je commence à m’y mettre sérieusement. Le tome 2 s’appellera- Le gang des Lyonnais  et le Tome 3 - Chronique d'une mort annoncée , c’est tout ce que je peux vous dire pour le moment ( sourires)… Après, j’ai déjà réfléchi à ce qui va constituer le très gros de la trame  évidemment, je suis plus en train de me poser des questions sur les nouveaux personnages qui vont apparaitre (des nouveaux flics notamment qui arrivent  de Paris en 1976) ou ce genre de détails, mais le fil conducteur de l’intrigue, je l’ai en tête, et ca ne va pas changer…

  Pourquoi ce coup ci avoir voulu faire le scénario et l'illustration et ne pas travailler avec votre fameux comparse Éric Corbeyran? Est ce que c'était un sujet qui vous tenait particulièrement à cœur du fait de vos origines lyonnaises et que vous préfériez faire cavalier seul?

 Si vous suivez de près mon travail, vous verrez que cela près d’une quinzaine d’années maintenant que je fais également mes scénarios  sans l'aide de quiconque (NDLR : merci Michel pour ces infos éronnées :o) et même que j’écris pas mal de scénarios pour d’autres auteurs. Et concernant le juge, effectivement il n’était pas question une seule seconde que je n’en écrive pas la trame.

Dès que je me suis plongé dans ce fait divers, j’ai immédiatement vu l’esprit qu’il pouvait  résulter de cette histoire et je m’en délectais par avance.

 Je pense notamment aux dialogues, pas très  loin  de l’univers d’Audiard, avec des réparties très savoureuses et j’ai pris énormément de plaisir comme prévu à les écrire.

Ce juge, j’avais vraiment envie de le faire parler personnellement et de montrer l'homme qui se cachait derrière ce magistrat.

 Oui, et à ce propos, on ressent tout au long de votre bande dessinée cette véritable sympathie que vous semblez éprouver pour ce juge et votre envie de lui rendre l'hommage qu’il n’a jamais eu de son vivant… Mais est-ce que ce parti pris n’allait pas à l’encontre d’une volonté de rester objectif dans votre enquête ?

 Non, pour moi il n’y a pas de contradiction. J’avais effectivement choisi cet angle de tenter de "redorer l’image" du juge, une image  que j’avais trouvé tant salie de diverses façons, et pour moi pour ce faire, il fallait coller à sa véritable personnalité, parfois à la limite de la légalité au niveau de ses fréquentations et de son mode de vie, mais effectivement terriblement humain. Mais cela ne m’a pas empêché de tenter de coller à la véracité des faits et de rendre l’enquête de manière la plus plausible possible.

 La part de fiction est importante dans cette affaire. J’ai fait le  choix de la fiction et je me dis que je ne détiens pas LA vérité, de toute façon,  on ne peut pas tout savoir … Disons que ce que j’ai vraiment cherché à faire, c’est que  ma fiction  soit  historiquement plausible, sans erreur de reconstitution.

 On sent aussi dans votre BD le plaisir que vous avez ressenti en dessinant ce Lyon là  des années 70. ces rues qu’on connait si bien mais à la fois si différentes.. Est-ce que le plaisir de dessiner Lyon était il également un des moteurs de votre projet ?

 Oui, tout à fait,  même si je n’habite plus Lyon, je connais très bien  la plupart des lieux évoqués mais là, c’est le Lyon des années soixante-dix et je ne l’avais jamais traité. J’ai travaillé sur photos et vidéos, comme pour la partie sur « Le Progrès », alors situé rue de la République.

  J’ai également beaucoup regardé un téléfilm de 1978, « La traque » de Philippe Lefèvre sur le gang des lyonnais (réalisé bien avant le film de Marchal), un téléfilm  qui montrait très bien le Lyon de cette époque, tout cette documentation m’a bien servi pour parfaire mes illustrations.

 Avez-vous vu le film d’Yves  Boisset, "le Juge Fayard dit le Shériff" qui traite aussi du juge Renaud ? A ce propos, je trouvais que son juge était plus clean, chevalier blanc contre un monde cynique et corrompu alors que le vôtre est un anar qui donne des coups de pied dans la fourmilière, aussi bien par ses méthodes que par ses fréquentations…alors, dites nous, lequel est le vrai ?

 Oui, j’ai vu le film de Boisset évidemment, mais effectivement, comme vous dites,  nous n’avons pas la même vision des faits  et des personnages…J’aurais quelques anecdotes à vous raconter sur Boisset  et sur ses rencontres pour le tournage de son film,  mais bon, on va dire que ca n’intéressera pas forcément vos lecteurs (rires) 

Ce qui est certain, c'est que le film de Boisset a été tourné juste après l’assassinat du juge, il n’y a donc pas le même recul et les mêmes témoignages que j’ai pu avoir.

 Lors de vos recherches avez-vous eu l’impression que 40ans après, le souvenir de cet assassinat est encore vivace chez les lyonnais?

 Ca dépend de quels lyonnais vous parlez…chez ceux de la génération qui avaient 30-40 ans à l’époque des faits, oui évidemment, chacun a sa petite anecdote à raconter sur le sujet… par contre chez les plus jeunes, non, cette histoire ne leur dit rien du tout et d’ailleurs si ma BD peut leur permettre  de leur faire, j’aurais réussi mon pari….

 Pourquoi le juge Renaud n’a-t-il pas été cité à l’ordre de la nation à titre posthume comme le juge Michel ?

 Vous touchez du doigt avec cette question  certainement ce qui est le plus gros scandale à mes yeux dans cette affaire, le fait qu’il n’ait eu aucune reconnaissance posthume digne de ce nom…

Saviez vous pour prendre un exemple parmi tant d'autres qu'une plaque en mémoire du  juge dans le palais de justice de Lyon  a été posée à l' endroit  même où se trouvaient avant des urinoirs? Je vous laisse plancher sur la symbolique de la chose ( sourire).

Rencontre exclusive : Olivier Berlion nous a dévoilé tous des secrets du Juge Renaud!!

Bref, cette reconnaissance posthume pour rendre justice à ce juge formidable, c'est vraiment le combat de son fils, et je m’y associe vraiment  à mon humble niveau …

  Dernière petite question en lien plus général avec votre bibliographie : Si le juge était devenu détective privé, peut on dire qu'il serait Tony Corso (en référence avec le fameux personnage  de détective sans foi ni loi créée par Olivier Berlion) ?

  Oui, je n'y avais pas pensé, mais c'est vrai que l’analogie est plutôt pertinente. Disons que ces deux "héros"partagent sans doute le même côté un peu rebelle, les deux détestent qu’on les montrent du doigt et qu’on leur dise ce qu’il faut faire…

François Renaud et Tony Corso sont des sortes d'anars sans peur mais pas tout à fait sans reproche, des personnes  difficilement intimidable, alors même si l’un ( NDLR Tony) est un personnage de fiction et que je n’ai aucune envie de le faire mourir, oui, je le reconnais, il y a forcément un peu de Tony Corso dans mon Juge Renaud !!

Merci beaucoup Olivier pour toutes ces précisions et très longue vie à votre juge, et surtout vivement le tome 2!!


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