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Quentin Mouron : Trois gouttes de sang et un nuage de coke

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

Trois gouttes de sang et un nuage de coke de Quentin Mouron  3,5/5 (20-06-2015)

Trois gouttes de sang et un nuage de coke (224 pages) est sorti le 2 juin 2015 aux Editions La Grande Ourse

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L’histoire (éditeur) :

Watertown. Banlieue de Boston, novembre 2013. Un retraité sans histoire est retrouvé dans son pick-up sauvagement assassiné. L’enquête est confiée au shérif McCarthy, pugnace, humaniste, déterminé. Au même moment, Franck, jeune détective dandy, décadent et cocaïnomane, double sombre du shérif, mène l’enquête en parallèle, parcourant la ville en quête de sensations nouvelles.
Un mafieux de renom, un jeune musicien ambitieux, un romancier vulgaire, des flics besogneux ainsi que tous les autres, les « largués », les « paumés » sont mis en scène et embrasent cette fresque sans concession d’une Amérique hantée par la crise des subprimes.
Mon avis :

Comment découvrir une maison d’édition discrète ? Faites-lui publier un titre à rallonge qui donne résolument le ton avec une quatrième de couverture qui met en appétit. Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Oui, j’avoue que c’est à cause du titre que je me suis tournée vers ce bouquin, et puis aussi parce que j’aime aller vers ces plus petites maisons d’édition qui font moins de bruit mais dont certains de leurs titres vous transportent et vous marquent parfois plus qu’une grosse publication archi médiatisée. C’est un peu le cas de ce titre de Quentin Mouron, un roman que vous lisez en vous demandant si vous ne l’avez pas plutôt pris de la collection  Néonoir de chez Gallmeister, tant la noirceur, le décor pittoresque américain et les situations sont brillamment rendus.

Précisons encore un point : Quentin Mouron n’a que 25 ans et signe là son quatrième roman (le premier publié en France). Ce n’est pas rien quand même, surtout quand on voit la qualité de son écriture et son style très personnel (que l’on accroche ou pas, on ne peut pas nier la qualité de son travail).

C’est d’ailleurs ce style percutant, un poil déjanté, et en même temps acerbe qui m’a le plus scotchée. L’intrigue m’a plus donné l’impression de servir de prétexte pour mettre en avant des considérations sociologiques. Mais elle n’en reste pas moins accrocheuse et donne franchement envie de tourner les pages.

Entre l’histoire principale de meurtre (Jimmy Henderson, un type ordinaire de 70 ans, est retrouvé égorgé et sauvagement mutilé à Watertown, une petite ville de la banlieue de Boston), l’histoire qui touche à la mafia, les personnages plus vrais que nature (et pourtant peu communs, tel que Franck un détective cocaïnomane qui déteste la médiocrité –y compris dans le crime- et qui s’autorise absolument tout) et l’exploration des thème comme la solitude, la vanité, la folie ordinaire, la criminalité et la misère humaine, il y a de quoi faire ! Peut-être un peu trop aussi…Les digressions nous éloignent parfois du point de départ et oublier que l’on est dans la un polar. Mais, on retombe heureusement sur nos pattes  et la boucle finit par être bouclée, sans pour autant nous plonger dans une investigation minutieuses (ça change !).

Je trouve d’ailleurs que cette quatrième de couverture est parfaitement adaptée et sonne très justes : « À mi-chemin entre le roman social et le thriller, Trois gouttes de sang et un nuage de coke, roman au ton vif et au style léché, laisse le lecteur sans voix. ». C’est bien de ça qu’il s’agit ; un roman noir social qui flirte avec les grands romanciers nord-américains du genre, et qui ne laisse pas indifférent. Frustré sans doute ne pas avoir lu un vrai policier (quoi que…), mais séduit aussi par le fond tout autant que la forme.

«  La neige a cessé de tomber. Watertown est recouvert d’une légère poudre blanche sous laquelle les petits drames continuer de se jouer. Dehors, le shérif McCarthy va de porte en porte, de théâtre en théâtre. Rien n’y a  l’apparence de la fureur ou de la barbarie. Ces gens-là ne commettent que des meurtres rationnels, justifiés par l’ivresse ou la nécessité, dilués dans leurs pleurs et leurs regrets. Ce sont des hommes simples que la vie a dérangés. » Page 25

« Les Bellams (Falkner Street, Crescent Street, Downard Street,  Bartolomeo Avenue) sont devenus l’un des quartiers populaires décriés, où l’alcoolisme, la violence et le suicide poussent comme des champignons sur de la mousse humide –champignons qui ont vu leur vitesse de croissance augmenter à la fin des années 1960, lorsque le trafic de stupéfiants (ainsi que la répression de leur usage) a connu d’importants développements. » Page 34

« Lorsqu’on trouve un cadavre au centre de Watertown, dans une maison cossue on se récrie, se scandalise. Quand on trouve un cadavre aux Bellams, on hausse des épaules » Page 37

« La folie éruptive des agités du Jaguar Club, ainsi que l’individualisme dont ils font preuve le reste de la semaine, est un produit de la société contemporaine. » Page 128

Trois gouttes de sang et un nuage de coke  m’a donc donné l’occasion de découvrir ce jeune romancier (prodige ?) et aussi une jeune maison d’édition (née en 2012) dont je vais suivre de près désormais les futures publications, des fois qu’une pépite s’y glisserait…


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