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Laurent Barth, joyau caché de l'Alsace.

Par Eric Bernardin

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Lorsque vous allez à Bennwihr à la recherche de Laurent Barth, comptez plus sur votre GPS que sur les panneaux fléchés et autre enseigne. Il n'y a RIEN. Juste un pavillon qui fait à peine local, avec un petit écriteau sur la porte d'entrée. Ouf, je ne me suis pas trompé. Il est sympa de me recevoir, Laurent, car je débarque à midi passé, sortant tout juste de chez Zind-Humbrecht.

 

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Si son domaine commence à être connu des amateurs pointus, il y a encore du boulot pour le faire connaître du grand public. Il faut dire qu'il est d'une taille modeste (4,5 ha actuellement mais longtemps à 3,7 ha). Le père de Laurent était coopérateur. A son dècès en 1999, son fils a repris l'exploitation. Jusqu'en 2003, il a vendu ses raisins à la cave de Bennnwihr avant de se lancer dans la vinification en 2004. Ayant bourlingué dans des grandes exploitations aux quatre coins de la planète, l'exercice n'a pas été trop périlleux. Mais comme il a longtemps assuré seul les travaux viti-vinicoles, cela lui a laissé peu de temps pour assurer la promotion de ses vins. Il a maintenant un apprenti en alternance qui prépare un BTS viti-oeno à Rouffach. Il peut respirer un peu plus, même si le travail ne manque pas.

Dès 2004, il a fait le choix du bio, même s'il se montre là aussi discret sur le sujet : ses étiquettes ne le mentionnent pas.

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Quelques bouteilles vides trainent dans la salle de dégustation. Elles laissent un indice sur les vins qu'apprécie le vignerons : Raveneau, Arretxea, Richard Leroy, Ganevat... On peut en déduire 1- qu'il a bon goût 2 - qu'il aime les vins blancs denses et racés.

Une partie des vingt parcelles est située sur le Grand Cru Marckrain : les sols sont argilo-calcaire avec des coteaux orientés est, sud-est, donnant plutôt des maturités tardives (mais d'autant plus intéressantes). Le cépage qui est le plus planté est le Gewurztraminer, alors qu'on y trouve peu de Riesling. Laurent y a aussi une parcelle de Pinot noir. Mais comme ce n'est pas un "cépage noble", il n'a pas le droit à l'appellation Grand Cru. Aussi, seul un discret M sur l'étiquette indique la provenance.

Comme  en Bourgogne , on commence par les rouges (blanc sur rouge, rien ne bouge...)

Pinot noir SO5P164 2013 : nez sur les fruits rouges plein de peps. Bouche gourmande, fruitée, avec une acidité élevée, mais bien intégrée. Un beau vin de copain.

Pinot noir SO8P193 "M" 2013 : nez très joi, bourguignon dans la meilleure acception. Bouche pure, tendue, traçante, avec un fruit très élégant. Extra.

Pétillant naturel (80 % Auxerrois, 20 % Pinot noir) : attaque tonique aux bulles vives et rafraîchissantes, avec une finale légèrement  douce (contrairement à l'année dernière où il était totalement sec). Une gourmandise qui se descend à vitesse grand V.

Racines métisses 2014 : (50 % Auxerrois complété par des jeunes parcelles de Riesling et de Muscat, un peu de Pinot gris et de Gewurztraminer) :  le nez floral et épicé tient du Muscat et du Gewurz. La bouche ronde et aérienne, légère comme une plume, tient plus de l'Auxerrois. Très belle entrée de gamme.

Muscat 2013 : le nez est expressif mais pas too much. La bouche est tendue, avec un toucher élégant, raffiné. Finale mâchue.

Riesling Vieilles Vignes 2013 : le nez est surtout sur les agrumes. La bouche est encore plus tendue que le vin précédent, mais bien enrobée, tout en restant aérien.

Riesling Vieilles vignes 2014 : Le nez est plus riche, miellé. Bouche plus mûre, avec malgré tout une acidité bien présente mais totalement intégrée. Finale marquée par la salinité.

Pinot gris 2013 : étonnamment tendu pour un Pinot gris, avec de l'ampleur et de la rondeur, et une finale moins douce que le 2012.

Pinot gris Marckain  2013 : plus intense et droit que le précédent, avec une finale puissante et expressive. Le terroir du GC apporte un plus indéniable.

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Pinot d'Alsace 2013 (Auxerrois et Pinot noir): rond, doux, presque moelleux, avec une finale bien équilibrée

Gewurztraminer Vieilles Vignes 2013 : nez tout en finesse, vraiment joli. Bouche droite, tendue, aérienne, sans aucune lourdeur. Le sucre se fait à peine sentir alors qu'il y en a tout de même 25 g par litre (plus "sec" et tranchant que le 2012)

Gewurztraminer 2013 "trois chemins" : plus riche, mais très fin. Bouche ronde, suave, charmeuse, rafraîchie par un léger perlant. Finale douce, sans être pesante (45 g/l)

Gewurztraminer 2010 "trois chemins" : nez plus évolué. Bouche ample, avec une grande tension, enrobée par une matière riche mais digeste.  Finale plus longue et persistante.

Gewurztraminer Marckrain 2013 : bouche classieuse, droite, pure, d'une grande élégance. Finale toute en densité.

Gewurztraminer Marckrain 2012 : nez "pétrolé" évoquant le Riesling. Bouche plus enrobée, plus grasse, plus sexy, mais toujours bien tendue. Superbe !

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Que dire, si ce n'est que tout est d'un très bon niveau, sans jamais tomber dans le facile/flatteur, à l'image du terroir et du vigneron. Ses vins méritent vraiment qu'on s'y intéresse. Autant le faire dès aujourd'hui, car ils sont accessibles dans tous les sens du terme (il en a à vendre et ne sont pas à prix prohibitifs).



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