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Approches diverses de l'appréciation du vin

Par Mauss

On a déjà débattu de ce thème sous des angles différents, mais là, suite au papier complexe de Jacky Rigaux (billet précédent) et au commentaire de Nicolas de Rouyn citant le grand Lardière, on me permettra de présenter cette question qui aura toujours son intérêt :

"Comment faut-il apprécier un vin, sur quelles bases et avec quel niveau de connaissances".

Le lecteur assidu aura de l'indulgence à notre égard lorsque nous ferons quelques comparaisons musicales ou littéraires… ou autres…

Partons d'une base simple : le vin est un aliment censé nous apporter du - des - plaisir (s), et particulièrement à table avec des convives de qualité.

L'apport primaire du vin restera toujours son contenu en alcool qui a cette redoutable capacité de rendre des gens plus intelligents ou sympathiques que d'habitude, alors que d'autres se verront, hélas, confortés dans leur bêtise ou médiocrité.

C'est une table de tri redoutable : tout le monde en a des expériences répétées.

A côté de ce rôle primaire, on arrive très vite aux autres facteurs apportant des niveaux de plaisir, puis, chez les grands, d'émotion. Ces éléments se conjuguent de façon plus ou moins harmonieuse autour des concepts suivants : fruité, équilibre, harmonie, développement en bouche, complexité aromatique, longueur et finale.

Déjà à ce niveau, on a quelques moyens offerts à des discussions passionnées, d'autant plus que jusque là, ce peut être pour des crus dégustés à l'aveugle où on ne jugerait que les éléments du contenu, rien sur le contenant et a fortiori rien sur l'origine historique et géographique du cru. C'est un peu comme écouter du Bach sans savoir qu'il en est l'auteur ou lire du Baudelaire sans référence à ce nom. Cela peut donner à chacun, un niveau de plaisir ou d'émotion qui sera ± complexe en fonction de ses attentes, de son état du moment, etc…

Mais nos Maîtres nous ont appris qu'il faut aller plus loin. Et ce voyage auquel ils nous invitent doit nous apporter d'autres éléments qui doivent, qui vont multiplier les qualités de nos appréciations. C'est là que l'Histoire, la Géographie, la Culture (trois mots méritant là une majuscule) doivent décupler l'environnement de cet acte de dégustation qui, du coup, va prendre d'autres dimensions.

Exemple : savoir que tel cru alsacien est un produit "Deiss", en sachant qu'on a quelques connaissances sur ce fascinant producteur aux arêtes vives et tranchantes, c'est autre chose que simplement déguster un grand riesling.

Savoir que ce Chambertin est celui de Rousseau, qu'il est différent de son Clos de Bèze, c'est s'ouvrir des portes à discussions rigausiennes sur les climats bourguignons. Idem en comparant le Musigny de Roumier avec celui de Mugnier.

On l'a compris : des connaissances connexes ne peuvent que modifier (on devrait dire améliorer) l'appréciation des crus. Et c'est ainsi dans tous les domaines de l'art : peinture, architecture, littérature, musique, sculpture, gastronomie (si, si : demandez au Grand Jacques).

Là où je chipote Jacky Rigaux, c'est quand, quasi sournoisement, il exige que nous ne nous arrêtions point sur nos plaisirs primaires (ex : le fruit), quand bien même nous serions informés de l'environnement du cru dégusté : son propriétaire, sa région, son cépage ou son assemblage, son style, etc…

Quelque part, en un grand renfort de sollicitations livresques datant de siècles anciens, on devrait savoir apprécier autrement, ne pas se fier ou juger sur des choses simples comme le fruit, ou autres immédiatetés du goût telles qu'elles sont pratiquées par une vaste majorité des amateurs.

On arrive au point critique : doit-on aboutir au fait que muni de ces connaissances prodiguées par Jacky dans ce papier et autres qu'il a écrits, on devrait changer notre approche du vin et l'apprécier non pas de cette façon directe, par nos sens, mais prioritairement en fonction de ce qu'il nous dit sur les climats, les gourmets et autres subtilités ayant - cela ne se discute pas - constitués cette réussite inouïe que sont les grands crus bourguignons ?

Vous avez le droit de dire que j'ai mal lu son papier, que je resterai un benêt sympathique mais benêt quand même, mais oui ou non, faut-il combattre cette première approche sensuelle du vin pour une seconde approche, qui serait "supérieure" et qu'en simplifiant, je dirai "intellectuelle" ?

Dans le même genre de discussions : doit-on aimer un "bio" ou un "nature" en priorité parce qu'il rentre dans cette catégorie alors même que l'approche sensuelle - chacun la sienne, of course - me laisserait sur le bord de la route ?

Sans oublier les discussions autour des apports techniques qui caractérisent ces dernières décennies. Mais bon : en 1945, on a bien jeter des pains de glace dans les cuves de Mouton…

Il suffit de lire certains blogs ou forums où manifestement des intervenants veulent démontrer à quel point telle ou telle connaissance de la chose doit être prise en compte pour émettre une opinion, un jugement, alors même que tant de gens, des amateurs aussi, ne veulent pas se compliquer la vie et rester dans le "j'aime - j'aime moins - j'aime pas", avec toutes les nuances de cotations de la chose.

Là encore, je resterai toujours stupéfait par les passions d'amateurs de musique pour défendre tel ou tel chef, tel ou tel soliste, telle ou telle voix. 

Pas mal ce sujet comme devoir de vacances, hein ! Nicolas. C'est toi le coupable : tu n'aurais pas dû me lancer sur la chose, et surtout en évoquant Monsieur Lardière, un immense Monsieur du vin dont on boit les paroles avec respect, passion, et une quasi avidité ! Il y a toujours de la beauté poétique dans son langage. Avec Messieurs Aubert de Villaine, Jean-François Coche-Dury, Charles Rousseau, Bernard Noblet, et tant d'autres bourguignons, cette région justement intégrée dans le Classement de l'UNESCO nous fera toujours rêver au-delà des simples plaisirs qu'il faut, in fine, toujours magnifier par d'autres connaissances.

Si c'est pas consensuel cette dernière phrase, qu'on me jette la première pierre ! :-)


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