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Un dîner à Bruxelles

Par Mauss

On le sait, j'ai des amis belges. Il y a deux catégories d'amis : de vrais bachusiens qui vous offrent leurs plus beaux flacons, et des pingres façon Fabrice Luchini dans le film "Le coût de la vie" qui vont trouver mille arguments vaseux pour ne vous servir que des seconds couteaux.

Là, j'étais clairement avec d'excellents représentants de la première catégorie. Il y a des jours comme ça, où on partage des expériences à souvenirs, d'autant plus fortes que les vins furent servis à l'aveugle, comme il se doit entre amateurs passionnés. Et bien sûr, j'ai encore pu dire des tas de bêtises. Décidément, avec l'âge, c'est comme au golf, difficile de faire mieux que dans les jeunes années !

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Nous étions 6 convives.   Le chardonnay 2005 de Gaja : Le vin, à la limite d'une suavité voluptueuse qui m'a fait penser plutôt à un chenin limite "doux", développait une finale assez éloignée des classiques de la Côte de Beaune. Aucune tension en fin de bouche, juste une continuité quasi exotique de saveurs "agrumesques". Il m'a fait évoquer, lorsqu'on m'annonça le cépage, les très beaux vins de Jean-Claude Thévenet, du temps des grandes heures quand je courrai encore le Mâconnais et ses vinifications assez particulières.  Le Roagna 2002 :Une grosse déception ! Pourtant un nom résolument placé par les fins connaisseurs au sommet des crus piémontais. Le vin était totalement fermé, n'avait rien à dire et aurait pu être monstrueusement humilié - vu son prix - par un Cà Növa "Montefico". Assez rageant mais bon, disons que cela peut arriver à n'importe quel vin … quoique…   Le Poggio di Sotto Riserva 2005 :Vous dire que j'ai sauté de joie dès la première gorgée, c'est encore être en-dessous de la réalité. Je rappelle que ce vin fut servi à l'aveugle. J'évoquais de facto un grand cru de la Côte de Nuits, mentionnant même Musigny, et inutile que je continue à vous dire à quel point ce cru de la DOCG Brunello di Montalcino - qui n'était pas encore la propriété de la famille Bertarelli - continue à m'enthousiasmer un max. Courrez, si vous êtes parisien, chez Karabetyan Mihran, à l'Enoteca au 77 rue du Cherche-Midi : il en a normalement quelques bouteilles de millésimes plus jeunes. Un chef d'oeuvre de finesse, d'élégance, de grâce. Un vin qui vous donne tout avec une générosité sans retenue. Bref : une beauté totale. Un grand merci à cet ami qui nous a servi ce vin rarissime.
 Haut-Brion 1986 :Le bouchonné du jour. Vraiment quelle tristesse de tomber sur ce problème qui continue à gâcher des moments où il devrait être une sorte de phare intemporel de la grandeur bordelaise ! Si le fautif reste clairement le producteur de bouchons, on attend quand même de la part de la propriété une compréhension qui doit trouver une solution à l'amiable. On verra.Mais cela me renforce dans l'idée qu'au delà du format "magnum", on prend de sacrés risques dans le temps !  Cos d'Estournel 1990 :Ne voulant pas rester sur cet échec bordelais, mon ami rapporte de sa cave ce 1990. Je n'ai qu'un mot en anglais pour le définir : DULL !! :-(Rien, nada, monolithe. Que dalle. Sotto zero ! Tristesse affligeante : bon sang de bonsoir, comment un tel cru, et surtout dans ce millésime reconnu, peut-il devenir aussi terne, aussi ennuyeux ?  On ne reste jamais sur un échec. Et comme on avait longuement parlé d'Emmanuel Reynaud, ce vigneron si particulier, assemblage détonnant d'un humour corrosif adorant déstabiliser ses visiteurs, mais offrant littéralement ses tout beaux Château des Tours à des conditions lui octroyant sans hésitation - et avec bénédiction papale si besoin est - le statut de "Saint-du-Vin" (comme les Rocca de Cà Növa), retour à la cave de notre ami qui nous sert - toujours à l'aveugle hein ! - un Rayas 2003. Rayas 2003 : Si le 2002 m'est assez familier - merci à mon pote René Millet qui m'a fait découvrir ce cru - , le 2003 m'était inconnu. De facto, me revoilà parti à Musigny imitant en cela Olivier Poussier lequel, par trois fois, invité au Laurent par le GJE lors de sa préparation du concours du Meilleur Sommelier du Monde qu'il gagna à Montréal, avait également mis ce vin en Musigny !Son coach de l'époque, Didier Bureau, lui pardonna par trois fois cette erreur… qui n'est qu'un compliment ! Quand je dis que le terroir de Rayas est la seule erreur du bon dieu de la vigne qui aurait dû le mettre en Côte de Nuits …   Un jour, quand même, faudra qu'un psy m'apprenne à ne plus citer ailleurs des crus qui sont finalement très bien chez eux comme le Clos Rougeard. Que voulez vous ! La Bourgogne des pinots noirs, c'est toujours un graal avoué ou non par bien des vignerons qui rêvent de produire des crus à la beauté irréelle des trop rares chefs d'oeuvre de la Côte de Nuits !Du coup, avec ce vin qui fut proprement séché avec enthousiasme, nous voilà reparti vers des sommets ! Les Jardins de Babylone 2011 : une définition du mot "ciselé"
 
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11°, bouteille de 0,5L rarissime de Louis-Benjamin Dagueneau et Guy Pautrat, ce cru est simplement époustouflant de finesse, de tendu, de fraîcheur sans aucune dominante sucrée à quelque soit le moment de sa dégustation. Jamais je n'aurai pu mettre à l'aveugle ce vin en Jurançon ! Comme quoi, il y a sur cette terre des vignerons ayant des idées singulières et surtout capables de les réaliser ainsi "alla grande" ! Alors que depuis quelques temps les SILEX ne me font plus d'effet supérieur, trouvant que le style des anciens millésimes n'est plus tellement évident, voilà un cru qui me rabiboche totalement à ce nom quasi mythique du vignoble français. Qu'on ne m'en veuille point d'être à ce point plutôt amateur de finesse, d'élégance et de fraîcheur alors même qu'on doit garder un réel respect pour les amateurs de puissance et de générosité associées à des maturités marquées. J'arrivais à Bruxelles en provenance de chez Egon Müller qui m'avait invité avec 4 fondus graves de Nîmes souhaitant découvrir les rieslings allemands et qui ont eu la chance unique, en une soirée à Trèves, de fréquenter avec une joie non dissimulée les vins de Kesselstatt, de JJ Prüm, de Van Volxem, de Willi Schäffer, de Nick Weis, de Loosen et autres grands noms de la région Mosel-Saar. Au domaine Egon Müller, quand on commence une dégustation croissante de 5 vins par un Kabinett 1991, c'est dire qu'on va vers des sommets impensables ! Bon : nos amis du VDEWS ont connu de tels moments. Ecouter Egon Müller nous raconter le Scharzhofberg, son schiste unique, c'est confondant d'humilité, de simplicité, d'histoire. Oui, oui : on a évoque Napoléon et ce qu'il a réalisé en Allemagne pour réduire la puissance des églises, richissimes propriétaires, à l'époque, des plus beaux terroirs.  En d'autres termes, mon palais prolétaire était clairement orienté et quasi formaté pour cette recherche continue et jamais terminée - heureusement -  de ce qu'il y a de plus beau dans le Grand Vin : finesse, équilibre, longueur en finale et élégance en tout, sans aucune "maigritude". Merci à tous ces vignerons qui sont à l'origine de ces émotions uniques de convivialité, d'amitié et oui, disons le : de beautés !
 

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