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Alister, Aucun mal ne vous sera fait

Publié le 16 juin 2008 par Bertrand Gillet

Non, Alister n’est pas le connard blond de Candy. Alister est un homme aux mille visages. Qui a bouffé Morrison, Nino Ferrer, Dashiell Hedayat/Melmoth pour vomir Alister sur les trottoirs de la nuit parisienne. Alister est un rockeur. Une silhouette pliée au bord d’un piano. Lovée contre une guitare, électrique de préférence. Enfin et détail important, Alister est bel et bien français. Un french rockeur. Buvant du vin français. Ecrivant des poèmes français, des odes. Murmurant ces choses-là dans un Français sobre (l’est-il lui ?), élégant (il l’est assurément), avec des intonations profondes, presque blêmes. Alister plait aux filles, comme tout rockeur. Alister sort son premier album, Aucun mal ne vous sera fait, c’est le titre, mais cette incantation laisse planer un doute sur ses réelles intentions tant cet opus fait mal, sensation que l’on aime par ici, tant il dérange par son ordonnancement calme de mélodies malades, fiévreuses, suicidaires, drôles, free. Alister en est le principal chroniqueur, ses mondanités balancent grave, de ces filles à problème jusqu’aux amants psychotiques, parfois en bordel rythmique savamment agencé, ailleurs en rock tendu, sec, stoogien, avec des riffs serrés, et au milieu avec des pièces académiques, non ce mot n’est pas péjoratif, des œuvres classiques où le piano dialogue avec des cordes, comme dans un bar d’hôtel, un verre de Substance de Selosse à la main. Rien que cela. La pochette est belle, cramée dans un ocre de bordel, fumée brouillant un visage déjà envahi par la barbe et cette chevelure bouclée, noire, désespérée, un nom de lord anglais, un titre d’album, en guise d’énigme, comme un carton d’invitation sur vélin 80 grammes avec typographie gaufrée, subtile sensation lorsque votre doigt l’effleure. Il y un côté Oscar Wilde dans tout cela, une forme de singularité qui pourrait donner une respiration à la chanson française, elle en a bien besoin, et Alister serait ainsi le héros en demi-teinte du nouveau roman musical. Son ombre est présente, sa musique obsédante, de celle que l’on écoute en boucle le cul vissé dans son appart, jusqu’au petit matin, à fond pour faire chier ses voisins, en buvant beaucoup aussi, l’ivresse étant le meilleur guide pour appréhender l’œuvre. Je voudrais passer à une autre phase de cette chronique, bifurquer, choisir un chemin inconnu, incongru, arrêter de parler de ce disque pour traduire ce qui vient de naître en moi, je crois que quelqu’un a mis quelque chose dans ces vers, moi, je me sens mal, en sueur, éreinté comme un Maldoror à bout de souffle, comme un avion en phase terminale, prêt à s’écraser sur le tarmac noyé dans le crépuscule. La fenêtre est ouverte et de mon siège moelleux je vois passer les heures noires durant lesquelles les citoyens dorment paisiblement en rêvant à leur possible licenciement, ils s’agitent dans leurs draps trempés, mes lèvres elles baignent dans un vin mort, du genre en pleine période tertiaire, mais duquel la vie rejaillit dans un dernier sursaut, la pleine maturité dira-t-on en parlant de ce breuvage. Je ne dors pas ou un peu quand même, je suis ailleurs, dans une autre vie de contemplation et de bacchanales. J’aurais passé la nuit à mater un vieux Brigitte Lahaie, Bordel SS je crois, le son coupé pour que la musique dicte son propre texte, bite à l’air, nuit douce caressant les replis de peau. Comme c’est beau une bite la nuit. Je suis vaguement bourré, les voisins que la musique tient dans un cauchemar éveillé tonnent à ma porte, ma femme n’entend rien, elle dort comme saisie par le trépas, heureusement d’ailleurs, moi je fais mine d’ignorer leur présence, je m’en branle, c’est le cas de le dire ; salut Brigitte. Il me manque juste une cigarette, c’est con, je ne fume pas. Il y a dans tout cela un côté pathétique que j’assume, qui me grise. Il est 7 heures du matin, la platine s’est éteinte d’elle-même comme usée par les longues heures d’écoutes, alors que le soleil s’immisce dans ma vie. Aucun mal ne vous sera fait, histoires de mélodies qui sonnent, écrites, composées et jouées par Alister, homme au passé plus que chargé, au destin déjà tout tracé.

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