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Entrons dans la danse (The Barkleys of Broadway)

Par Kinopitheque12

Charles Walters, 1949 (États-Unis)

Entrons dans la danse (The Barkleys of Broadway)

Fred Astaire ne dansait plus depuis deux ans. Par choix, pour respirer, se consacrer à sa famille. Gene Kelly se blesse et la MGM vient chercher Astaire pour le remplacer sur Parade de printemps (1948). Le film est réalisé par Charles Walters et produit par Arthur Freed. Content de se trouver encore capable, l'acteur danseur enchaîne alors avec Entrons dans la danse des mêmes Walters et Freed, pour les mêmes studios, avec le même duo, lui et Judy Garland. Seulement, personnellement, Judy Garland n'est pas dans une très bonne période, elle va mal et il faut la remplacer. C'est assez facilement que l'on pense à l'ancienne partenaire d'Astaire, Ginger Rogers. Depuis La grande farandole (Potter, 1939), tous deux avaient bien pensé tourner à nouveau ensemble, mais jamais l'occasion ni le scénario ne s'était présenté. Entrons dans la danse est leur dixième et dernier film.

Josh Barckleys (Fred Astaire) voit sa flamme vaciller. Peut-être plus froid que par le passé ou plus exigeant, après les louanges et les fleurs jetées, il a le don d'irriter Dinah, sa femme et sa partenaire de danse (Ginger Rogers). Un signe de cet amour terni et des questions que se pose Josh : chez eux, plus aucun briquet ne veut fonctionner entre ses doigts. Les Barckleys forment un couple de danseurs professionnels aguerris et toujours appréciés, mais entre eux maintenant c'est la guerre des sexes déclarée. L'enjeu ? L'émancipation de Madame et la reconnaissance de ses propres talents : la femme accessoire veut en découdre mais le Pygmalion ne veut rien savoir. Les deux acteurs s'amusent à exagérer leurs attitudes et leurs expressions. On se cache, on se dispute et on se réconcilie. Le scénario leur demande d'en rajouter et lance par exemple Astaire dans un jeu d'imitation par téléphone. Il prend la voix du dramaturge qui dirige Dinah et dont elle risque de s'éprendre (Jacques Barredout interprété par Jacques François, que l'on connaît davantage dans des comédies populaires françaises dans les années 1980 que dans les musicals des années 1940). Le Pygmalion ne peut d'ailleurs s'empêcher de venir en aide à sa femme même quand le couple est officiellement séparé.

Les numéros sont souvent très bons. Bouncin' the blues, le premier numéro de claquettes à deux notamment est un moment savoureux. Ginger et Fred sont sur scène et doublent un solo de batterie de leur danse. C'est déjà rythmé et enlevé mais quand le piano, le sax et la clarinette s'en mêlent, cela devient tout à fait fantastique. Une autre danse avec kilt, cornemuse et petit pont en campagne et carton-pâte est très amusante. Ginger et Fred avancent mollement en cadence, jamais ne forcent sinon sur le roulement des " r " ( My one and my only Highland fling). Seul, Fred Astaire offre aussi une scène restée fameuse, Dancing shoes sur le titre I've got shoes with wings on : il y joue un cordonnier dans sa boutique, entraîné puis dépassé par des dizaines de paires de chaussures enchantées enchaînant leur propre chorégraphie. L'idée aurait pu figurer dans Fantasia (1940). Enfin, signalons deux autres scènes avec Oscar Levant en vedette (l'ami et entremetteur Ezra Miller dans l'histoire), derrière un piano bien sûr et tout en virtuosité, ce qui n'est pas sans rappeler un ou deux passages comparables dans Un Américain à Paris de Minnelli (1951).

Entrons dans la danse est le dernier film du duo Ginger et Fred et le seul en couleur. Il a quelques défauts difficiles à cacher : l'impossibilité pour la femme d'exister sans son mari (même si c'est elle qui lui tend un guet-apens à la fin) ou cette récitation assez terrible à entendre de la Marseillaise appris en français par l'actrice alors qu'elle est censée jouée Sarah Bernard au théâtre. On aurait préféré à cet endroit... une danse. Mais cela n'enlève pourtant rien au charme du film, au plaisir de voir Astaire et Rogers, leurs chorégraphies, leur maîtrise absolue et leur unique complicité.


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