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Babe Ruth, l’homme qui transforma le baseball.

Publié le 01 janvier 2010 par Vinz

Dans tous les sports, un homme ou une femme ressort pour être qualifié de « plus grand de l’Histoire ». Pelé au football, Wayne Greztky au hockey sur glace sont ceux dont on ne conteste pas la position. Au baseball, un nom ressort : Babe Ruth. Le 27 avril 1947 est décrété dans les ligues majeures et japonaises le « Babe Ruth Day ».

Babe Ruth, l’homme qui transforma le baseball.

De la pauvreté aux Red Sox.

George Herman « Babe » Ruth est le plus grand de tous et la grande majorité des amateurs de baseball ne me contrediront pas. Son histoire pourrait ressembler à celle des autres grands champions. Né dans une famille pauvre de Baltimore le 6 février 1895. Ses parents sont taverniers et le jeune George est souvent laissé à lui-même. Des huit enfants de la famille Ruth, deux ont atteint l’âge adulte dont le jeune George Jr. Quant à sa mère, elle mourut de la tuberculose durant son adolescence.

Envoyé dans une institution catholique de Baltimore à l’âge de sept ans, le turbulent George apprit à jouer au baseball sous l’impulsion de Frère Matthias qui influença considérablement le jeune garçon. Il ne vit que très rarement sa famille. C’est là-bas que le manager des Orioles de Baltimore repéra le talent de George, qui jouait à tous les postes mais qui se distinguait aussi par ses capacités de lanceur. Puis les Red Sox rachetèrent son contrat.  Il commença sa carrière dans les Ligues Majeures en 1914 à l’âge de 19 ans, au titre de lanceur, même s’il passa la majeure partie de la saison dans les ligues mineures.

Babe Ruth portant luniforme des Red Sox. Recruté comme lanceur, il sillustre également comme un excellent frappeur.

Babe Ruth portant l'uniforme des Red Sox. Recruté comme lanceur, il s'illustre également comme un excellent frappeur.

En 1915, il devient lanceur partant régulier et commence une belle carrière à ce poste ; sa moyenne de points mérités s’approche de 2 et même inférieur (ce qui est remarquable pour un lanceur). Il gagne 18 parties en 1915, 23 en 1916 (où il est 41 fois lanceur partant et affiche une moyenne record de 1,75 ERA sur la saison), 24 en 1917 On remarque aussi très vite ses capacités à frapper la balle : d’ailleurs en 1918, il dispute plus de matches en tant que joueur de champ qu’en tant que lanceur, même s’il obtient 13 victoires en vingt apparitions comme lanceur (dont 19 comme partant).

Ruth remporte 3 séries mondiales entre 1915 et 1919 : il est frappeur suppléant lors de la victoire en 1915 contre les Phillies de Philadelphie. En 1916, il lance un match complet de 14 manches pour la partie 2 de la Série Mondiale contre les Brooklyn Robbins (victoire 2-1) et n’accorde son seul point que sur un circuit. En 1918, les Red Sox remportent la Série Mondiale contre les Chicago Cubs. Ruth est étincelant dans cette série : il lance un blanchissage dans le match 1 (victoire 1-0 des Sox) et gagne le match 4 en lançant huit manches et en produisant 2 points sur un triple (son seul coup sûr de la Série Mondiale) qui permettent aux Sox de gagner la rencontre par 3 à 2. C’est déjà une grande vedette dans cette Amérique de la fin de la guerre et de la grippe espagnole. Ruth a lancé 29 manches 2/3 sans accorder le moindre point en Série Mondiale, un record battu seulement en 1961 (décidément une année des records battus du Bambino).

Le Babe n’est donc déjà plus un lanceur spécifique en 1919 : il effectue 15 départs en 17 apparitions, dont 12 matches complets et gagne 9 parties. Les Red Sox doivent s’incliner contre d’autres chaussettes, blanches mais qui seront noircies à la fin de la saison. Babe Ruth établit un nouveau record de circuits frappés avec 29 loin devant le deuxième qui n’en compte que 12. Cette année-là, les autres joueurs de Boston n’ont frappé que 4 circuits.

26 décembre 1919. Le jour où l’histoire du baseball changea.

Puis se produisit ce qui allait constituer le transfert le plus sensationnel de l’Histoire du baseball et la source de la rivalité Boston-New York. A la fin de 1919, les Red Sox, refusant d’augmenter son salaire de 20 000 $, puis le 26 décembre 1919 le transfèrent aux Yankees de New York pour … 250 000 $, somme énorme à l’époque. Ainsi commença l’une des légendes les plus tenaces du sport, la malédiction du Bambino. Notons que les White Sox de Chicago étaient aussi sur l’affaire ; ils avaient proposé Joe Shoeless Jackson en échange. L’affaire conclue par Ruppert et Huston s’avéra le coup du siècle, peut-être même de l’Histoire du baseball et un des plus grands dans l’Histoire du sport.

Ruth, qu’on surnomma Babe dès 1914 ou le Bambino en raison de son visage enfantin, fit décoller une franchise qui n’avait rien gagné jusque-là. New York disputa ses premières séries mondiales et Ruth établit record sur record pour les coups de circuits (54 en 1920, 59 en 1921). C’était l’époque dorée du baseball, qu’on suivait à la radio tandis qu’au cinéma, les actualités montraient un homme bedonnant, frapper les coups de circuits.

La maison du Babe et la récolte.

Babe Ruth dans l'uniforme des Yankees.

Babe Ruth dans l'uniforme des Yankees.

Les Yankees commencèrent leur moisson de titres (1923, 1927, 1928, 1932 et plusieurs finales en 1921, 1922, 1926). Ruth eut avec lui un autre géant, Lou Gehrig (qui détient le record de points produits dans une saison dans la Ligue Américaine devant Ruth), et les deux constituèrent la base d’une des plus grandes équipes de baseball de l’Histoire. Ce qui impressionnait tout le monde, c’était la domination au bâton.

L’année 1921 constitue la meilleure saison de Ruth : en plus de ses 59 circuits, il affiche une terrible moyenne de 0.378 et produit 171 points. En 1923, sa moyenne passe même à 0.393 même s’il ne frappe « que » 41 home runs. Mais il est élu MVP de la Ligue Américaine, sa seule récompense du genre. Après deux échecs contre les New York Giants en World Series en 1921 et 1922, les Yankees s’imposent enfin au voisin (qu’il ne faut pas confondre avec la franchise de football ; les Giants évoluent aujourd’hui à San Francisco), dans leur tout nouveau stade. C’est d’ailleurs le Bambino qui frappe le premier circuit dans l’histoire du stade, contre les Red Sox (victoire 4-1 des Yankees).

Auparavant, il avait été suspendu par le très puritain commissaire de la MLB, Kenesaw Mountain Landis (celui qui a suspendu à vie les joueurs impliqués dans le scandale des Black Sox) pour 6 semaines parce qu’il avait disputé des matches exhibitions. Cela n’avait pas empêché Ruth de frapper 39 circuits en 110 matches.

Babe Ruth et Lou Gehrig en 1939 quand ce dernier annonce son retrait du baseball, atteint par la maladie. Ils ont formé la paire de frappeurs la plus prolifique de l'Histoire du baseball.

Babe Ruth et Lou Gehrig en 1939 quand ce dernier annonce son retrait du baseball, atteint par la maladie. Ils ont formé la paire de frappeurs la plus prolifique de l'Histoire du baseball.

En 1927, Ruth frappa 60 circuits -record battu en 1961 par un autre Yankee Roger Maris- et les autres gros frappeurs des ligues majeures étaient bien loin du total (parfois plus de 20 circuits d’écart). Cette année-là, les Yankees alignent la plus puissante équipe de leur histoire, qu’on appelle couramment le « Murderer’s Row » (Alignement meurtrier).

Les années 30 marquèrent le lent déclin de Ruth mais il était encore largement performant : il frappa 49, 46 et 41 circuits entre 1930 et 1932, puis 34 en 1933 et 22 en 1934. Ainsi, au cours du troisième match de la Série Mondiale de 1932 contre les Cubs de Chicago, il pointa sa batte vers l’endroit où il voulait frapper son circuit et le fit en l’expédiant très loin comme jamais personne ne l’avait fait avant (il avait déjà claqué un home run dans le match). Du moins c’est ce que raconte la légende.

Il n’avait pu devenir gérant des Yankees, ce dont il rêvait. En 1935, il signe pour l’équipe des Boston Braves mais se retire rapidement après avoir frappé 6 circuits en 28 matches, à l’âge de 40 ans. Puis il devient entraineur au premier but pour les Dodgers de Brooklyn. Il rêvait de manager une équipe de la MLB mais jamais il n’eut sa chance. Il fait partie des six premiers joueurs à être élus au Hall of Fame, avec notamment Ty Cobb et Honus Wagner.

Le plus grand frappeur de l’Histoire.

Il a frappé 714 circuits en 21 ans de carrière mais plus de 700 en tant que joueur de champ. Sa moyenne au bâton est exceptionnelle (0.342), marqué 2147 points et produit 2217 points derrière Gehrig. Seuls trois joueurs ont fait mieux que lui : Hank Aaron, Barry Bonds et Sadaharu Oh qui détient le record absolu dans tout le baseball. Il détient encore deux records de puissance. En tant que lanceur, le Babe (qu’on surnomma aussi Sultan of Swat en raison se sa puissance) a remporté 94 victoires pour 49 défaites et sa moyenne en carrière de points mérités (ERA) est excellente (2.28 difficile à atteindre même sur une seule saison. Personne ne l’a fait en 2008). Jamais un joueur n’avait brillé autant de cette façon et plus aucun autre ne fera cela. Ruth incarne aussi les Yankees car il a « créé » cette franchise : n’appelait-t-on pas parfois le Yankee Stadium « the House that Babe built» (La maison qu’a construite Babe) ?

Plaque dédiée à Babe Ruth à Cooperstown au Baseball Hall of Fame

Plaque dédiée à Babe Ruth à Cooperstown au Baseball Hall of Fame

Il frappa 2718 coups sûrs dont 2518 pour les Yankees. Ce record a tenu 74 ans jusqu’à ce que Derek Jeter le batte en 2009. Il détient toujours le record de circuits en carrière pour un joueur dans la Ligue Américaine (avec 708).

Le 23 août 1942, il participe à une exhibition au Yankee Stadium en faveur de l’armée et frappe un circuit.

La plaque dédiée à Babe Ruth à Monument Park, le musée dédié aux légendes des Yankees situé dans lenceinte du stade.

La plaque dédiée à Babe Ruth à Monument Park, le musée dédié aux légendes des Yankees situé dans l'enceinte du stade.

Les adieux bouleversants.

Malade, atteint d’un cancer de la gorge, Ruth assiste pourtant au Babe Ruth Day du 25 avril 1947. L’hiver suivant, il est longuement hospitalisé. Le 13 juin 1948, le Bambino fait une dernière apparition publique pour les 25 années du premier titre des Yankees dans l’antre new-yorkaise : il est affaibli mais le public l’ovationne avec son maillot flanqué de l’éternel numéro 3 (3 parce qu’il était le troisième frappeur de l’alignement).

Tribute to Babe Ruth

La photo qui l’immortalise de dos valut à son auteur (Nathaniel Fein) le prix Pulitzer.

Babe Ruth, deux mois avant sa mort, acclamé par le public Yankee Stadium à l'occasion des célébrations du 25ème anniversaire du stade.

Babe Ruth, deux mois avant sa mort, acclamé par le public Yankee Stadium à l'occasion des célébrations du 25ème anniversaire du stade.

Il meurt deux mois plus tard le 16 août 1948, à l’âge de 53 ans au Memorial Hospital de New York. Le New York Times écrivit à son propos : « Une figure sans précédente de la société américaine. Un showman hors du terrain et un merveilleux artiste à l’intérieur qui avait l’incroyable flair de créer le spectacle au moment le plus dramatique. »

A l’occasion, son corps est exposé dans sa maison, le Yankee Stadium où une foule immense (entre 75 et 100 000 personnes selon les sources) vient lui rendre un ultime hommage après l’office à la Cathédrale St Patrick. Et quelques soixante ans après sa mort, on y célébra à nouveau une messe en sa mémoire.

Un monstre du sport et de la culture populaire américaine.

L’héritage du Bambino tient aussi au fait qu’il est le premier frappeur de puissance de l’Histoire du baseball. Le coup de circuit était une performance rarissime jusque là. L’introduction du liège dans la balle a permis d’alléger celle-ci et de rendre la frappe plus puissante mais jamais avant Ruth il n’y a eu de spécialiste de la longue balle. Ruth a de la sorte transformé le baseball, dans la technique, la technique et en ajoutant la dimension spectaculaire. D’ailleurs, il mit fin à l’ « ère de la balle morte » qui désignait le jeu pratiqué au baseball jusqu’avant, marqué par le petit nombre de circuits.

Ruth a aussi marqué les esprits parce que l’Histoire a croisé les destins de ses deux clubs : après son transfert, les Red Sox n’ont plus jamais gagné une Série Mondiale tandis que les Yankees se sont imposés 26 fois entre 1923 et 2000. Il a fallu attendre 2004 et l’invraisemblable retour des Red Sox en finale de la Ligue Américaine pour les voir conjurer le sort (New York menait 3-0 mais Boston gagna les 4 autres matches et remporta dans la foulée la Série Mondiale 4-0 contre Saint-Louis).

Ruth a sa plaque et sa statue à l’entrée du Yankee Stadium, dans le musée spécialement dédié. Il aurait pu mériter le titre de Mr Baseball. Ce mythe est tellement immense que le document du contrat l’engageant aux Yankees a été vendu aux enchères près d’un million de $ et que la batte utilisée pour frapper le premier circuit du Yankee Stadium a été adjugé à plus d’1,25 millions de $ (le troisième objet le plus cher de l’histoire du baseball).

Aujourd’hui la maison du Babe a disparu, remplacée par un autre Yankee Stadium, tout neuf et inauguré en 2009, plus confortable. Reste à l’esprit du Bambino de l’envahir. Les Yankees en ont besoin et si le stade a disparu l’esprit est bien revenu avec une victoire en Série Mondiale pour la saison inaugurale.

Statue de Babe Ruth située à Camden Yards, devant le stade des Orioles de Baltimore, ville dont le Bambino est natif.

Statue de Babe Ruth située à Camden Yards, devant le stade des Orioles de Baltimore, ville dont le Bambino est natif.

Évidemment, le Bambino a eu droit à sa biographie filmée : c’est l’acteur John Goodman qui incarna le personnage en 1992 dans « The Babe ». Quant à sa vie privée elle a été des plus agitées : marié en 1914 à Helen Woodford qui avait 17 ans, il eut plusieurs maîtresses et eut une fille avec une des amies de la famille, qu’il reconnut rapidement. Il épousa ensuite Claire Hodgson, une actrice, la veille du match d’ouverture contre les Red Sox en 1929 (et il frappa un circuit à sa première apparition de la saison). Gros fumeur et amateur de virées dès le début de sa carrière, Ruth était un personnage à la limite du sulfureux surtout à un moment où le puritanisme dominait la société américaine (au temps de la Prohibition) mais on lui pardonnait ses excès parce qu’il était largement au-dessus des autres.

Ruth eut même une brève carrière cinématographique : vedette dans un petit film en 1920 (« Heading Home », une des expressions récurrentes au baseball), il tourna dans un film d’Harold Lloyd (acteur comique du muet, dont la scène où il est accroché à une horloge est demeurée célèbre) et dans « The Pride of the Yankees », film biographique de Lou Gehrig, joué par Gary Cooper. A chaque fois, Ruth y joue son propre rôle.

Cette popularité malgré les excès est si grande que Babe Ruth est considéré comme le plus grand athlète américain au même titre que Mohammed Ali ou Michael Jordan dans les différents classements établis à la fin du siècle dernier.

La Une du New York Times annonçant le décès de Babe Ruth.

La Une du New York Times annonçant le décès de Babe Ruth.

Babe Ruth avec un jeune diplômé de l'université de Yale, qui fera carrière plus tard. Mais quel est ce jeune homme grand amateur de baseball ? Un indice : son fils aussi et a possédé une équipe de baseball.

Babe Ruth avec un jeune diplômé de l'université de Yale, qui fera carrière plus tard. Mais quel est ce jeune homme grand amateur de baseball ? Un indice : son fils aussi et a possédé une équipe de baseball.


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