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Découverte des bordeaux primeurs 2009 avec iDealwine

Par Elmarco

1 avril 2010 par rédaction iDealwine

primeurs-2009
Bordeaux est en émoi : depuis le début de la semaine (et même avant pour certains) le marathon des dégustations du très attendu millésime 2009 a débuté. Professionnels du vin et journalistes spécialisés se sont donc donné rendez-vous pour s’en faire, enfin, une idée. iDealwine a rejoint Bordeaux pour une journée marathon… de dégustation !

L’Union des Grands Crus, qui orchestre chaque année avec brio cette semaine des primeurs, dénombre plus de 6000 personnes au compteur des inscriptions : cest un record, même le millésime 2005 n’avait pas fait aussi bien. Ce chiffre témoigne de l’intérêt sans précédent suscité par 2009, notamment auprès des intervenants asiatiques, attendus en masse.

Une tempête s’annonce sur Bordeaux et sa région. Les chapeaux s’envolent et les parapluies se retournent à la Gare Saint-Jean. Et pourtant, rien ne saurait freiner les ardeurs des professionnels impatients de déguster le 2009. Peu importe que ce soit la troisième fois que l’on annonce cela depuis 2000 : si 2009 devait être « le millésime du siècle », il faut en avoir le cœur net. C’est parti pour une belle journée !

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Cap vers le Médoc. Nous empruntons la fameuse D2 qui traverse des villages mythiques et longe les plus grands vignobles du Médoc. Le Château Batailley, à Pauillac, accueille les crus de trois appellations de la rive gauche : Pauillac, Saint-Julien et Saint-Estèphe. Le personnel du domaine semble un peu dépassé par la foule, les voitures s’entassent le long de la route. Bigre, il va falloir jouer des coudes pour accéder au précieux nectar. Les producteurs sont pris de cours. On entend, dès 11 heures, l’un d’entre eux appeler au secours le domaine pour demander du renfort : c’est sûr, il ne tiendra pas la journée avec les stocks d’échantillons prévus.

Les conditions ne semblent à priori pas complètement remplies pour déguster sereinement ce millésime. Et pourtant, d’emblée, le constat s’impose : la qualité est au rendez-vous. A Pauillac, le Château Lynch Bages se démarque par son incroyable concentration, son joli boisé et une longueur en bouche exceptionnelle. Les châteaux Pichon Longueville Comtesse de Lalande, Pichon Longueville Baron et Batailley ont également réalisé un très beau millésime. Du côté des Saint-Julien, les châteaux Branaire-Ducru, Langoa Barton, Léoville Poyferré, Lagrange et Beychevelle se distinguent par la finesse de leurs tannins. Les Saint-Estèphe sont peu nombreux, il est donc difficile de se faire une idée.

L’étape suivante nous amène au Château Desmirail, qui reçoit les crus de Margaux. Au-dessus des chais flambant neufs tout juste rénovés, la dégustation nous laissera une impression plus mitigée. La maturité n’est pas toujours au rendez-vous et certains crus sont marqués en fin de bouche par des notes herbacées. C’est dommage. D’autres se démarquent, à l’instar du Château Malescot-Saint-Exupéry ou du Château Giscours. Les Châteaux Rauzan-Ségla, Brane-Cantenac et Siran ont produit des vins élégants. D’autres se dégustent moins bien, et nous semblent encore légèrement fermés ou moins concentrés.

A l’heure du déjeuner, autour d’une assiette de foie gras et d’une cassolette de canard très efficacement servies par l’équipe du château Desmirail, et accompagnées du cru éponyme servi dans le millésime 1999, les conversations, les rumeurs et les paris vont bon train. LE sujet au centre de tous les débats ? Les prix bien sûr ! On parle d’une hausse de 15%, pronostiquée par un représentant de la famille Moueix (Petrus). Un autre évoque plutôt une augmentation de +50, voire +80%. Gloups, le canard passe un peu moins bien. Millésime de crise ? On a peine à y croire. Millésime d’exception ? Plus certainement. Et peut-être même millésime « du millénaire »,  comme le dit avec détachement et humour un propriétaire amusé de l’intérêt qu’il suscite auprès de négociants jusque là sceptiques sur son vin. Lequel de ces qualificatifs l’emportera ? Tout le monde souligne le mutisme de certains propriétaires qui nous ont assuré, la main sur le cœur, n’avoir à ce jour aucune idée du prix de sortie qu’ils appliqueront.

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Autre sujet qui frappe les esprits : la présence, en masse, des professionnels chinois qui devraient, pour la première fois avec les 2009, faire leurs emplettes dès les primeurs. Et cette anecdote relatée par un professionnel qui l’a vécue à l’accueil d’un premier cru classé : alors que les participants, triés sur le volet, sont sévèrement contrôlés et doivent montrer patte blanche avant d’accéder au Graal, un groupe de cinq visiteurs se présente, non prévu, non inscrit.

- « Bonjour, nous venons de la Chine, nous voudrions déguster votre vin. »
Silence, léger flottement, coups d’œil entendus.
« Mais bien sûr, joignez-vous donc au groupe de dégustateurs qui débute la visite. »
Ces visiteurs auront droit à la dégustation, suivie d’un rendez-vous organisé au débotté avec le responsable des lieux.

Dégustation privée à Château Margaux

Un café plus tard, nous sommes reçus au Château Margaux pour une dégustation privée. Les trois crus produits par la propriété seront dégustés dans l’ordre suivant : Pavillon Rouge du Château Margaux, Château Margaux et, pour finir, Pavillon Blanc du Château Margaux.

Au Château Margaux peut-être plus qu’ailleurs, on insiste sur le caractère exceptionnel du millésime. Le Pavillon Rouge est éclatant de finesse, tant au niveau des arômes que des tanins. En bouche, le vin révèle une concentration et un équilibre très réussis. La finale est longue et agréable. Certainement un des plus grands millésimes de Pavillon Rouge dont il est à noter que le domaine a effectué une sélection pour ce second vin aussi, ce qui pourrait amener à la commercialisation d’un troisième vin.

Le Premier Cru est lui aussi d’une très grande classe. En dépit de la qualité des raisins, la sélection a été sévère, seuls 36% de la récolte ont été retenus dans le grand vin.

Légèrement plus réservé au nez que son second vin, Château Margaux 2009 frôle la perfection en bouche : les tanins sont soyeux et la matière incroyablement veloutée. Aucune trace d’amertume. Le domaine laisse loin derrière lui tous ses congénères de Margaux. Les tannins sont déjà tellement ronds et suaves que le vin pourrait, dans cette année exceptionnelle, ne pas traverser la traditionnelle phase de fermeture. Enfin, le Pavillon Blanc du Château Margaux exprime un joli boisé au nez et une belle minéralité en bouche. Il présente un bel équilibre entre finesse et puissance.

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Cap sur la rive droite

C’est parti pour la rive droite, ensuite, pour poursuivre cette journée marathon. Nous commençons par Saint-Emilion, en proie à une belle tornade de vent. L’orage menace, le ciel est noir. Les crus de l’appellation se dégustent au Château Beau-Séjour Bécot. Très caractéristiques de leur terroir, force est de reconnaître la réussite de ce millésime 2009, réussite pas complètement homogène toutefois car certains échantillons, marqués par la surmaturité, manquent de précision. Le Château Troplong-Mondot, le Château Canon-la-Gaffelière et le Château Pavie-Macquin se distinguent. Très réussis aussi, Beau-Séjour Bécot, Larcis-Ducasse, Canon et Balestard La Tonnelle. Malgré une incroyable puissance, nos avis sont plus mitigés sur Figeac mais c’est sans doute la (fin de) bouteille qui nous est servie qui doit être incriminée.

Enfin, le Château Gazin sera notre dernière étape, nous y dégustons les crus de la prestigieuse appellation Pomerol. A la propriété, on annonce un millésime semblable à 1961, voire 1947 ! Et en tout état de cause supérieur à 2005. Une façon bien amenée de préparer le terrain en vue d’une hausse significative des prix ? Quoi qu’il en soit, les pomerols se dégustent particulièrement bien ; l’importante proportion de merlot entrant dans leur assemblage contribue sûrement à ce succès. Nous enchaînons les coups de cœur en cette fin d’après-midi. Avec le Château La Conseillante, tout d’abord. Le vin révèle une richesse aromatique impressionnante où l’on décèle déjà la violette. En bouche, il est onctueux et équilibré, avec des tanins d’une très grande finesse. La finale est magnifique ! Château Gazin se révèle somptueux, de même que Château Clinet, Château Beauregard, Château La Pointe et Château La Croix de Gay. Une fin de journée en apothéose !

En définitive, ce que nous avons entrevu de 2009 semble à la hauteur de ce qui avait été annoncé. Certes, nous avons noté dans certains vins quelques notes de surmaturité, chez d’autres des traces végétales. Mais la qualité des tannins est une constante sur ce millésime. Nous repartons séduits par ce premier aperçu, certes incomplet car nous n’avons pas dégusté l’ensemble des vins. Nous regrettons ainsi l’absence de certains vins qui sont présentés à la propriété exclusivement, tels que Cos d’Estournel ou Château Montrose à Saint-Estèphe, Château Palmer à Margaux, Château Pontet Canet à Pauillac, entre autres, et que nous n’aurons donc pas eu le temps de goûter… Autre regret, nous ne nous serons pas arrêtés à Sauternes, où s’annonce une année grandiose. Sur le chemin du retour, dans une agréable torpeur, nous confrontons nos impressions… La question revient…. Et les prix dans tout ça ? Puis le train nous berce, doucement, jusqu’à Paris…

Source: article publié sur le blog d’iDealwine


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