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Chérie, j’ai helvétisé la bouffe

Par Estebe

Bien le bonjour, gourmands bilingues

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De part et d’autre de la frontière franco-suisse, le lexique culinaire varie gentiment. Gare aux faux amis et aux vrais traquenards. Tenez par exemple, le Français qui est invité à dîner chez une délicieuse Vaudoise. Ben, il a toutes les chances de passer pour le dernier des mufles. Il était attendu à midi; il se pointe à la nuit tombée. Soit pour le souper. Ah, l’idiot!
Pour la peine, il passera un coup de patte sur l’évier et de panosse sur le sol de la cuisine, avant d’aller poutzer le carnotzet. Le Français, évidemment, il pédale dans la semoule sémantique. C’est que de part et d’autre de la frontière, voire même d’un canton suisse à l’autre, souvent les termes culinaires varient. Bien fol qui s’y fie. Et bonjour le cheni.
Sans même s’intéresser aux spécialités régionales, de la longeole à la cuchaule, ou aux recettes locales, du papet à la rissole, concentrons-nous sur ce petit fossé lexical dans lequel le gourmet peut aisément s’encoubler. A moins bien sûr qu’il prenne soin de dévorer le florilège de dissemblances que voilà.
Et puis non, le gruyère n’a pas de trous.
Dans le panier de fruits
Démarrons avec le cas de la groseille, qui dans le genre casse-tête acidulé se pose là. La petite baie que désignent ainsi les Français devient le raisinet en Suisse où l’on nomme groseille une baie verte plus dodue et velue. Celle que nos voisins appellent la groseille à maquereau, voire le croque-poux. Voyez l’embrouille. Même imbroglio avec notre pruneau, la quetsche en VF, qui dénomme une prune séchée, celle d’Agen, partout ailleurs dans la francophonie.
Ce n’est pas fini. En passant la frontière helvète, le pomélo et le pamplemousse, deux gros agrumes pourtant distincts, changent d’identité en devenant grapefruit l’un et l’autre. Quant aux meurons, que les Genevois aiment tant aller piquer dans les campagnes limitrophes, ce sont des mûres chez nos voisins, même avant de le devenir, mûres.

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Chez le boucher

Ne demandez jamais à un boucher français s’il a un cou de cochon, il pourrait mal le prendre. Pour le mettre à l’aise, parlez-lui plutôt d’échine de porc. Idem pour la palette et le jarret de bœuf, que l’artisan tricolore connaît respectivement sous les noms de paleron et de gîte gîte. Oui, gîte gîte, avec un inexplicable dédoublement qui fait pouffer les touristes. Il y a maints autres chausse-trapes du même genre dans les chambres froides. Retenons simplement que nos vol-au-vent sont leurs bouchées à la reine. Et nos greubons leurs gratons. Ou leurs fritons. Ou leurs grillons.
Une petite soif?

L’avisé Helvète en goguette évitera également de commander cinq décis de perlant, une topette de fendant, une williamine ou un parisien sans kirsch (soit une grenadine) dans un troquet français. Il ne rencontrerait qu’incompréhension goguenarde. Herrmann, notre pote dessinateur, se souvient ainsi d’avoir demandé un «thé froid» à Paris. «Or, on dit un thé glacé. Le serveur m’a fait un thé fumant. Il a ensuite attendu qu’il refroidisse pour me le servir.» On est peu de chose.
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Dans le placard

On a déjà cité ci-dessus la patte et la panosse, glorieux outils du frénétique poutzage confédéral. Ajoutons le cornet, celui qui sert à transporter ses emplettes, si exotique aux oreilles de France et de Navarre. Les cornets de nos voisins ne sont qu’à piston. Idem pour le cassoton où dorent nos chanterelles ou bolets. C’est un poêlon qu’on utilise outre-Jura. Et pour y cuire des girolles ou des cèpes. Gare toutefois à ne pas laisser l’engin trop longtemps sur le feu, au risque de transformer les champignons en papette, charmant helvétisme qui ne connaît pas d’équivalence en français.
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Traquenards maraîchers
Au rayon primeurs, le brouillard ne se dissipe guère. Certes, il y a le rampon connu ailleurs sous le nom de mâche ou doucette. Fastoche. Même chose avec la dent-de-lion et la carotte rouge, qui deviennent pissenlit et betterave. Enfantin. Mais prenez le colrave, par exemple, que nos amis français appellent chou-rave. Col-rave également nommé chou-pomme. Et chou-rave, qui, sous nos cieux en tout cas, désigne le rutabaga. Vous suivez? Nous, pas vraiment. Résumons. Leur chou-rave est notre colrave. Notre chou-rave est leur rutabaga. Ouf! Et n’oublions pas de plucher ces gentils légumes. Ou de les éplucher selon le côté de la douane où l’on manie l’économe.
A la boulangerie

Dans une pâtisserie française, le Suisse qui demande – plutôt qu’un pain aux raisins et un biscuit à la cuillère – un escargot et une pèlerine a toutes les chances de passer pour un chasseur de gastéropodes égaré. En gros, il a l’air bobet. Surtout s’il exige également un cœur de France (ou palmier). Voire un ballon, soit un petit pain, dont il grignotera illico le crotchon ou quignon. Quant au zwieback, littéralement cuit deux fois, il croustille dans l’Hexagone sous le nom de biscotte. De bis-cotto, cuit deux fois. C’est donc la même chose. Grountch!
Notons enfin qu’il existe de distrayantes disparités au sein même de la Suisse romande. Les Neuchâtelois, en particulier, aiment à embrouiller leurs voisins en appelant leurs tartes des gâteaux. Leurs cakes des biscuits. Leurs biscuits des bonbons. Et leurs bonbons des euh… bonbons.

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LES COMMENTAIRES (1)

Par Savoie
posté le 21 octobre à 13:10
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Beh. La plupart de ces mots sont savoyards et utilisés journalièrement.

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