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Bernard-Henri Lévy : « J’ACCUSE ! » [FIN]

Publié le 18 décembre 2010 par Raoul Sabas

Le 13 décembre 2010

Objet :

« BHL : « J’ACCUSE ! » 

[A l’attention de Claude Imbert, Franz-Olivier Giesbert, Catherine Golliau, Cristophe Ono-dit Biot, Emilie Lanez, François Dufay, Mireille Duteil et Violaine de Montclos]

Monsieur Bernard-Henri Lévy

Le Point

74, avenue du Maine

75014 PARIS

Courriel : [email protected]

Lettre suivie : 1K 000 724 7421 1

Monsieur,

Outre ses mensonges et ses « croyances au miracle » sur fondement religieux et idéologique, notre époque n’en est pas moins obscurantiste en matière de scientisme dans son « absolutisation » fictive des hypothèses et théories de la science du jour, comme il en va à propos du réchauffement climatique – une question, où les humains du XXIe siècle affichent, face à nos plus ou moins lointains descendants, leur absurde prétention d’établir sur la planète – à terme ! - un climat sur mesure pour l’éternité. Et jusqu’à preuve du contraire, vous vous gardez bien de donner publiquement votre opinion : wait and see !

Je ne reprends pas ici l’intégralité de mon argumentation contre cette absurde prétention de maîtriser à notre convenance le climat de la planète – DEMAIN, toujours DEMAIN et seulement DEMAIN ! -, car je tiens à votre disposition le courrier adressé à nombre des grands leaders du monde sur cette question, du seul fait d’organiser et de participer à des sommets mondiaux, voués par ailleurs à l’échec. Celui de Copenhague l’a déjà établi sans conteste, et Cancun est en train de le confirmer, du seul fait que se sont déplacés seulement des sous-fifres et que les médias n’en font pas leurs gros titres !

Que les participants se réjouissent néanmoins d’un accord a minima, c’est-à-dire d’un nouveau catalogue de vœux pieux, c’est de bonne guerre ! Toutefois, les propos suivants du président d’une grande association écologiste, le WWF en l’occurrence, démentent cet optimisme de façade, même si son site Internet affiche à la Une : « Cancun : Un accord mondial sur le climat à portée de main. »

En effet, selon ses propos retransmis par France Info le 12 courant au matin, il a déclaré :

« Le pire a été évité. C’est une avancée, mais le chemin est encore long. »

Il est d’ailleurs tellement long que l’humanité n’en verra pas le bout jusqu’à la fin des temps, et c’est pourquoi JE PRENDS DATE, en ce lundi 13 décembre 2010, pour réaffirmer que l’absurde prétention des humains du XXIe siècle d’établir sur la planète un climat sur mesure - pas plus de 2 degrés d’augmentation de la température mondiale d’ici la fin du siècle ! - restera un vœu pieux jusqu’à la fin des temps, ainsi que nos plus ou moins lointains descendants pourront le vérifier ! Et ce n’est pas l’actuelle querelle intestine des tout nouveaux alliés, Europe écologie, les Verts, qui en garantira le résultat, ni davantage la bisbille personnelle au sein des Verts !

Le courrier mentionné a été adressé, preuves matérielles à l’appui, au GIEC, à Barack Obama, à Ban Ki-moon, à José-Manuel Barroso et à Nicolas Sarkozy, entre autres leaders mondiaux, mais également à Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Louis Borloo, sans oublier Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit, Cécile Duflot et la plupart des grands médias nationaux ou régionaux, dont la liste est à votre disposition.

Comme aucun de ces menteurs et autres « croyants au miracle » n’a eu ni l’honnêteté ni le courage intellectuels de répondre à la question fondamentale ci-après, je vous invite à me faire connaître votre opinion, à défaut de quoi vous participeriez sciemment à une « escroquerie » intellectuelle planétaire, semblable à celle du catéchisme soi-disant universel contemporain – censé, lui aussi, régler les problèmes de la planète, avec les résultats que chacun peut constater !

Ainsi, outre les dizaines de pages d’arguments concrets dénonçant le scientisme contemporain, la question posée se fonde-t-elle sur un argument à validité éternelle planétaire, puisque relative au mouvement perpétuel de TOUT, unique cause de la transformation incessante de notre monde et des choses qui le constituent. Elle s’énonce ainsi :

 

« In an universe, that is perpetually in movement, and where EVERYTHING is in a constant movement, which is the SOLE cause of the unceasing transformation of all the things of our world, human beings included, HOW would-it be possible to definitively stabilize whatever, and thus to establish on the planet a custom-made climate for the eternity, excepted, precisely, by stopping this movement itself ? »

 

A l’appui de votre réflexion, je retranscris toutefois un extrait de ma lettre du 18 septembre 2008, adressée en envoi recommandée avec accusé de réception à Nicolas Sarkozy, dont seul le récépissé postal tient lieu jusqu’ici d’argumentation sur le fond. J’y écrivais notamment :

« La "débilité intellectuelle" de l’époque se manifeste également dans ses "croyances au miracle" scientistes. Par "scientisme", j’entends la Science devenue superstitieuse, dès lors qu’elle absolutise également le relatif, c’est-à-dire qu’elle fait ou laisse passer ses théories et hypothèses relatives pour absolues, pour la réalité ou Vérité absolue, alors que la Science est à jamais relative – l’évolution de son savoir fluctuant au fil du temps, y compris de façon contradictoire, suffit à l’attester !

Croire – encore et toujours « croire » ! – que notre penser relatif, ou penser du relatif, celui qui nous sert à vivre et à nous orienter dans notre monde des choses, serait en mesure de connaître et de comprendre absolument notre monde, c’est l’une des récentes « croyances au miracle » de l’humanité. Ainsi, sans entrer ici dans le débat de fond sur le réchauffement climatique, à propos duquel j’attends toujours les objections de Nicolas Hulot à ma lettre du 29 juin 2007, entre autre, la « croyance au miracle » scientiste du jour se manifeste dans la prétention insensée des humains du XXIe siècle de croire pouvoir maîtriser à leur guise les forces de la Nature, afin d’établir sur la planète un « climat sur mesure » pour l’éternité – certes, DEMAIN, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN, à la saint Glin-glin : cette sempiternelle échéance du penser superstitieux !

Comme ni vous ni moi (et bien peu des Terriens d’aujourd’hui) ne verrons le terme annoncé de cette nouvelle chimère, à savoir la fin du siècle, je me borne à fournir deux arguments non scientifiques pour la dénoncer, sans oublier pour autant les contrevérités et les lacunes de notre savoir scientifique actuel sur « tout un tas de choses » (selon l’expression de Claude Allègre), dont ne manqueront pas de sourire nos lointains descendants !

Mon premier argument se fonde, encore et toujours, sur l’impossibilité absolue de transposer l’Idéal dans le quotidien, mais appuyé par la constatation scientifique indiscutable suivante : notre monde est en perpétuel mouvement - ou incessant changement ! Il en résulte que la configuration de notre monde des choses est - à tout instant ! - différente de ce qu’elle était le moment d’avant.

Ceci devrait suffire à réduire à néant le « rêve fou » des humains d’aujourd’hui, devenu de facto sans intérêt puisque tout serait à recommencer sans cesse, du fait de l’incessant changement – sauf à vous-même ou à quiconque d’établir que les humains seraient en mesure d’arrêter, de figer, le mouvement universel. Mais là, précisément, ils apportent la preuve qu’ils ne doutent de rien, forts qu’ils sont de leur prétendue « libre volonté » !

Mon second argument contre cette prétention scientiste obscurantiste, et qui vaut également pour invalider les « croyances au miracle » de la superstition idéologique, tient à la réalité de notre nature humaine. Celle-ci se caractérise par son égoïsme effréné inné, auquel personne n’échappe : ni vous ni « moi », et pas davantage les six milliards d’humains d’aujourd’hui, voire les milliards supplémentaires de demain et d’après-demain (hypocrites et inconscients inclus !) 

Brièvement défini, notre égoïsme naturel n’est que le désir premier de chacun de vivre le plus longtemps et le mieux possible, en se gratifiant autant que faire se peut dans ses affaires d’amour, quel qu’en soit l’objet, d’argent, en tant qu’instrument de possession des biens les plus divers, voire de personnes, et de gloire ou honneur-vanité, d’ego tout simplement pour les plus modestes - s’il en existe !

Alors, s’imaginer que les six milliards d’humains différemment concernés par l’inquiétude climatique actuelle, et par ailleurs légitimement soucieux de leurs intérêts égoïstes immédiats, individuels ou collectifs, vont se mettre à marcher comme un seul homme pour le bien de la planète, un hypothétique bien qu’ils ne verront même pas, cela fait partie de la « croyance au miracle » actuelle orchestrée à l’unisson par les scientifiques, les médias, les politiques et les intellectuels d’aujourd’hui, à l’exception de quelques rares contradicteurs, parmi lesquels Claude Allègre.

Les chances de réussite de cet improbable accord unanime entre États de la planète - et même s’il le devenait par miracle - sont d’autant moins assurées que l’Organisation internationale représentative des humains n’est pas parvenue, en soixante ans, à faire vivre en paix deux Etats lilliputiens voisins de la planète, ou lorsque l’on voit les difficultés rencontrées aujourd’hui dans le Caucase pour résoudre un conflit concernant, en superficie et en population, l’équivalent de deux départements français – sans oublier la retenue à l’égard de la Russie pour des raisons fondamentalement égoïstes d’approvisionnement en énergie. Mais il n’est pas interdit de rêver ! ! !

Sans entrer ici dans les détails, comme une infinité d’autres exemples atteste la multiplicité des intérêts égoïstes contradictoires à travers la planète, il faudrait peut-être commencer à réfléchir sur l’opportunité, ou non, de s’engager dans cette galère climatique par rapport à laquelle les douze travaux d'Hercule ne sont qu'une modeste illustration – ne serait ce que pour une banale question de financement des mesures envisagées et théoriquement envisageables.

Toutefois, je fais confiance à l’avenir plus ou moins lointain pour juger de la pertinence de mes propos en les confrontant à la réalité du climat terrestre de demain et d’après-demain. Le Groenland a déjà connu un réchauffement climatique très important aux IXe et Xe siècles sans souffrir pourtant de pollution industrielle ou inhérente aux divers moyens de transport, à une époque où l’hypocrite compassion publique ne s’attendrissait pas sur le devenir des ours blancs – et pour cause ! » [Fin de citation]

Pour terminer, je tiens à dénoncer aussi, une fois de plus, la superstition moraliste sur laquelle vous fonctionnez dans vos condamnations moralisatrices partisanes. En effet, les vôtres n’échappent pas davantage au sacro-saint principe immémorial du penser superstitieux sous toutes ses formes, consistant à faire passer des vérités relatives pour LA Vérité absolue.

Ainsi, comme déjà dit et redit maintes fois à votre intention, le moralisme se fonde-t-il aussi sur l’ « absolutisation fictive du relatif », source des fictions qui permettent aux bien-pensants de toutes les époques de juger et de condamner - y compris « à mort » - ceux qui contrarient leurs intérêts égoïstes, individuels et collectifs, de toutes sortes. Il en fut ainsi pour Spinoza trop dérangeant pour sa communauté religieuse, mais aussi pour le Christ crucifié parce que la foule superstitieuse a perverti sa parole de Vérité, au point d’en faire le fondateur d’une religion qu’il n’a pas voulu créer. Sans oublier Socrate, un véritable philosophe, condamné à mort par la société athénienne, d’autres ont été plus chanceux aujourd’hui, puisque condamnés seulement au bûcher médiatique et à des pénalités monétaires pour avoir osé braver une liberté d’opinion et d’expression, dont les « vertueux bien-pensants » d’aujourd’hui décident de ce qu’il est bien ou mal de penser et de dire.

Une nouvelle occasion d’affirmer haut et fort que, sur ce plan aussi, vous êtes un « philosopheur », et non un véritable philosophe. Je l’ai déjà amplement établi à de nombreuses reprises pour démontrer qu’il n’y a ni Bien ni Mal absolus sur Terre, et je n’ai donc pas besoin de reprendre l’intégralité de mon argumentation antérieure. Pour fournir définitivement la preuve philosophique que vous mentez et trompez l’opinion en vous fondant sur cette « fiction », je me borne à vous renvoyer à ce mot de Spinoza, que vous ne pouviez pas ignorer, à défaut de le mettre en pratique. Spinoza écrit en effet :

« Nous ne désirons pas une chose parce qu’elle est bonne (absolument bonne, ou bonne en soi), c’est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne. »

Sauf à vous-même ou à quiconque, évidemment, d’en démontrer la fausseté, ce premier mensonge vous permet, ainsi qu’à tous les bien-pensants d’aujourd’hui, de décider ce qu’il est absolument bien ou mal de penser et de dire. Or, si j’en juge d’après ce mot de Jacques Vergès, « La gauche est moralisatrice, et c’est au nom de LA morale qu’elle lance ses anathèmes. », les « vertueux » du jour sont essentiellement de gauche, mais ils n’en fonctionnent pas moins sur ce premier mensonge éternel pour leurs plus grands profits de toutes sortes, électoraux et financiers notamment.

Et ainsi, de ce qu’il serait soi-disant « absolument » bien ou mal de penser et de dire aujourd’hui, on en vient au deuxième mensonge éternel, dont l’usage est tout aussi propice aux donneurs de leçons de morale d’aujourd’hui. Il consiste à distinguer mensongèrement « deux » catégories d’humains par nature, que ce soit à titre individuel ou collectif : d’un côté, les bons, les gentils, les « vertueux », les antiracistes aujourd’hui, nous, et de l’autre, les mauvais, les méchants, les « salauds », les racistes, eux.

Et c’est sur cette fable pourtant dénoncée sans ambiguïté, il y a deux mille ans, par l’un des grands diseurs universels de LA Vérité éternelle absolue, le Christ en l’occurrence, que vous vous autorisez, vous les vertueux et autres « bien-pensants », à juger et à condamner moralement les Autres, non seulement au nom de la superstition religieuse musulmane, mais au prétexte de racisme stricto sensu, en oubliant que, en raison de l’égoïsme inné brièvement précisé ci-dessus, auquel PERSONNE n’échappe, individuellement ou collectivement, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, est précisément la cause principale des discriminations de toutes sortes fondées sur le genre, l’âge, la race, les opinions, l’apparence physique, le statut social, la maladie, l’orientation sexuelle, etc., etc.

Mais c’est tellement « juteux» aujourd’hui, électoralement parlant, pour diverses communautés d’occulter toutes les autres formes de discrimination, qu’il n’est question que d’une seule, alors même que, en pratique, ces groupes communautaristes prompts à dénoncer le racisme s’affrontent précisément en raison de l’appartenance ethnique, comme l’a tragiquement et récemment illustré le supplice d’un jeune juif torturé sauvagement pendant des semaines par des membres d’autres communautés ethniques – vous avez dit « cousins » ? !

En résumé, sauf à vous-même ou à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire, j’affirme que, face à l’Idéal – fut-il en réalité seulement fantasmé puisqu’inconnaissable « en soi » -, chacun est forcément coupable, coupable de « crime de lèse-Idéal ». Il n’y a pas d’individus ni de groupes d’individus, TOUS critères d’appartenance confondus, réellement irréprochables. Alors, arrêtez de mentir et de tromper l’opinion à travers vos condamnations moralisatrices de « vertueux autoproclamé » : vous n’êtes pas plus irréprochable que n’importe lequel de vos contemporains – à commencer par moi ! ! ! !

Je me suis déjà tellement expliqué sur la superstition moraliste que je pourrais me borner à copier-coller des pans entiers de ma correspondance antérieure à votre intention, au cas où vous auriez l’honnêteté et le courage intellectuels d’avancer vos objections contradictoires intellectuellement et philosophiquement étayées sur des points très précis de désaccord. A défaut d’une solide argumentation opposée, vous persévèreriez malhonnêtement dans votre entreprise de dénigrement systématique, en feignant d’ignorer que, dans notre monde où TOUT est relatif, TOUT comporte, à la fois, du « pour », du positif, des avantages, et du « contre », du négatif, des inconvénients, entre lesquels tranchent seulement les intérêts égoïstes, individuels et collectifs – voire communautaristes ! – des uns et des autres, car il n’.

Pour mémoire seulement, je mentionne la troisième « fiction » sur laquelle fonctionne le penser superstitieux dans ses condamnations moralisatrices, mais aussi dans toutes les actions humaines, qu’elles soient politiques, environnementalistes ou autres, à savoir le soi-disant « libre arbitre » humain, cette prétendue libre volonté, en vertu de laquelle, il suffirait de vouloir pour pouvoir – ainsi que chacun le constate au quotidien dans sa vie personnelle ! ! !

Mais les vertueux bien-pensants n’ont cure de cette fadaise et accusent précisément les Autres en son nom – jamais eux-mêmes, évidemment, puisqu’ils sont vertueux par nature ! En effet, dans « leur logique », puisque nous avons le pouvoir d’agir librement, lorsque nous faisons le mal, c’est donc que nous le voulons bien, sachant que nous aurions pu « bien agir » - en toutes circonstances, bien entendu, y compris en cas de danger de mort !

Je m’en tiens là sur le fond, mais pour conclure, j’ajoute que, en l’absence de votre argumentation contradictoire, intellectuellement et philosophiquement étayée, sur des points très précis de désaccord, et en raison de votre obstination dans le silence et le refus de débattre depuis plus de dix ans, « JE VOUS ACCUSE » d’avoir contribué - et de continuer - à faire de la France, « Un pays de merde, dans un monde de TARÉS », ainsi que mes lettres des 22 juin et 15 juillet 2010 en accusaient, respectivement, Alain Weill, président de BFM et RMC Info, et le Parti socialiste, dont j’attends toujours une réponse à ce jour.

Dans l’éventualité de votre réponse contraire argumentée à ce courrier ainsi qu’au texte joint, Mensonges et lâcheté des élites, faute de quoi vous confirmeriez votre intention délibérée de continuer à colporter les mensonges et les « croyances au miracle du monde, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

Annexe : Texte, Mensonges et lâcheté des élites



[Les défauts de présentation, indépendants de ma volonté, seront corrigés dès que possible]


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