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Blue Monday – New Order

Publié le 07 décembre 2010 par Betcmusic @betcmusic

Blue Monday New order

Une bombe atomique. Un missile tomahawk vous arrivant en pleine face. Un ovni musical. Une déflagration sonore comme rarement on en avait connu jusque-là. Avec ce titre, New Order marque l’histoire de la musique. Dans quel contexte, cadre…débordement est-il sorti ? Replongeons nous dans cette année 1983, où Blue Monday va secouer l’Angleterre Thatchérienne comme un barman secoue un cocktail…détonnant !

New Order est né quelques années auparavant, à la suite d’un drame: le suicide d’un talent précoce, mais trop torturé pour survivre dans ce Manchester ouvrier des late 70’s et dans ses crises épileptiques qui le rongent de plus en plus. Triste cadre de vie et délires mentaux lui font peu à peu perdre la raison et il en vient à se suicider le 18 mai 1980, retrouvé pendu dans sa cuisine, à l’âge à peine de 24 ans. Ian Curtis, atypique leader du plus grand groupe post-punk, Joy Division, s’en va et laisse à l’abandon un groupe qui était promis à un avenir plus radieux…

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Ian Curtis

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Joy Division

Seule solution pour les 3 membres restants : poursuivre l’oeuvre qu’ils avaient commencée s’ils ne veulent pas sombrer à leur tour dans la déprime. Mais, ils sont bien conscients que ce n’est pas en se limitant à chercher un autre chanteur et à continuer sur la même voie – l’aura de Ian était déjà à cette époque trop importante – qu’ils vont survivre dans le paysage musical des early 80’s, où la New Wave se profile déjà à l’horizon…

Après un premier album Movement (1981) où les 4 membres de New Order (ils ont entre temps recruté Gillian Gilbert au clavier et à la guitare, compagne de Stephen Morris) ne se sont pas encore démarqués de ce qu’ils écrivaient avec Joy Division – même si l’on peut déjà ressentir les prémices d’une certaine évolution – le groupe sort un maxi, le lundi 7 mars 1983.

New Order

New Order

C’est donc en ce « lundi saint », date à marquer d’une pierre blanche, que le Royaume de sa chère Queen va devenir le témoin de la sortie d’un des plus grands morceaux de tous les temps. Petit topo: Tony Wilson, fondateur du label Factory Records sur lequel était produit feu Joy Division est encore sous le choc du suicide d’Ian, et même s’il voit bien que son nouveau groupe tourne en rond artistiquement, délaisse son bébé de label. C’est Rob Greton, visionnaire de génie et homme de l’ombre de Factory, qui reprend les affaires en main et qui décide d’embarquer New Order dans ses bagages : destination London. Il pense que leur créativité y trouvera un nouvel élan. Inutile de vous le préciser, teufs, drogues, et musique électronique naissante sont au rendez-vous de ce trip, et ils reviennent à Manchester métamorphosés. Ils troquent, ou plutôt marient leurs guitares et instrus propres à un rock plus consensuel à des boîtes claps, des samplers et des synthés, caractéristiques de nos bonnes vieilles 80’s. Naît Blue Monday, ou comment passer de leur musique de chambre froide à glacer un mort chantée par Curtis, à un hymne articifiel Dance/Electro 80’s.

Ne faisant jamais les choses à moitié, Factory Records décide « d’habiller » le morceau, sentant le potentiel de la chose, et confie le design de la pochette à Peter Saville, fan d’art contemporain, de pop art, et génie pour le moins un peu allumé.

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A cette époque déjà si lointaine, on en est encore au vinyl, et les pochettes sont bien plus travaillées et donne infiniment plus de « cachet » à la musique que nos bons vieux boîtiers plastiques CD ou les covers en format jpg que l’on chope sur iTunes…d’où l’importance au niveau de la conception que leur accordaient les labels.

Des retards sont à déplorer quant à la présentation de cette pochette aux membres du groupe et à Tony ; ce dernier commençant à pester sérieusement contre son designer. En effet, Peter s’était mis dans l’idée de pousser au maximum l’aspect visuel et graphique de la dite pochette. Il désirait coller au plus près des la « vibe » que véhiculait ce morceau et voulait lui aussi marquer à sa manière la musique avec cette cover qui au final n’allait pas y être pour rien dans la renommée du maxi.

Une enveloppe découpée telle une disquette informatique (objet qui venait juste de percer à l’époque, et à la pointe de la technologie pour les ingénieurs du son), aucun titre, ni même le nom du groupe. Enfin si, puisque celui-ci était en fait contenu dans un code couleur, fait de carrés disposés sur la droite. Une pochette qui en met plein les mirettes. Jamais un visuel n’aura autant été en adéquation avec son contenu. A l’époque, vous imaginez bien que l’achat d’un vinyle était beaucoup plus ritualisé qu’aujourd’hui : ça pré-écoutait, ça ré-écoutait, ça lisait les critiques, ça repérait dans les bacs, ça tâtait la pochette, et ça se procurait l’objet tant convoité. Point de pillage sauvage de zike à tout va sur le net, où l’on télécharge comme on va s’acheter un ‘dwich au dej’…

On ne peut s’empêcher de saluer l’ingéniosité de Peter Saville. Il venait de créer un objet mythique, sans même se douter de la portée qu’il pourrait encore avoir aujourd’hui. Différentes époques et différents support s’y mêlent : le vinyle, norme à l’époque / le numérique, format musical du futur représenté par la disquette / et enfin la musique, intemporelle…Selon les mythes et autres légendes urbaines, à vouloir se perdre dans les méandres de la créativité et de l’originalité, le disque revient cher à produire, et à chaque maxi vendu, Factory Records perdait £1 ! Tony Wilson prend tout de même le risque de le sortir, sentant la reconnaissance à venir…

BINGO : Blue Monday devient le maxi le plus vendu de l’histoire en Angleterre et se répand dans les oreilles des clubbers tels des petits moutons que l’on compte avant de s’endormir ! Refusant la communication et la publicité de masse, ce titre s’impose uniquement par le bouche à oreille et par sa diffusion en club. Explosion des charts et des dancefloors. Plus rien ne sera comme avant…Voilà pour la petite légende.

Mais revenons à nos moutons (pas ceux que l’on compte avant de s’endormir hein…). Le pourquoi du comment, le plus important, la musique : ici, le contre-rythme caractérise l’intro, née d’un décalage de synchronisation entre deux sequencers – nouveau matos qu’ils ne devaient pas bien maîtriser à leurs débuts – mais intro qu’ils décident de laisser telle quelle. Se poursuit un rythme, endiablé, robotique, soutenu par une basse mélodique et une voix prenante, où refrains et couplets se confondent. C’est un son hybride entre pop anglaise accrocheuse et electro dictée par des nappes de synthés qui font le charme des 80’s : n’ayons pas peur de le dire, à l’époque, rien n’est comparable. En résumé, un hymne à la danse et au futur. La mort de la Dance et du Rock tel qu’on les a connus jusque-là est devant nous, dans ce Lundi Bleu écrit sous forte dose de LSD. Il annonce une révolution musicale, une nouvelle ère, celle du chant des machines. New Order poursuivra son oeuvre dans cette voie, qui les amènera vers le succès, pour devenir un des plus grands groupes de la décennie ; faisant presque oublier l’ombre de Joy Division qui aurait pu peser trop lourdement sur leurs épaules, et les envoyer dans le mur au crash test des critiques et du public.

Blue Monday marque un point de départ. Il y aura un « avant » et un « après ». Ce titre est l’ancêtre commun de la techno, (bien que Kraftwerk ait commencé dans cette direction quelques années auparavant, mais de manière moins accrocheuse et marquante), de la House, de l’Electro, de l’Electro-Pop, Electro-Rock et autres courants et sous-genres que l’on se gardera de tous vous citer. Ce qui n’était au départ qu’une expérimentation est devenu un hit intemporel ; assurément un des plus grands et influents titres de tous les temps.

A consommer avec excès :

Texte écrit par Fabrice Mathieu


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