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D’Issur Danielovitch à Kirk Douglas

Par Mickabenda @judaicine

la-vie-passionnee-de-vincent-van-goghA 95 ans, il est le dernier mythe vivant de l’Age d’Or Hollywoodien. Son ascension a tout du rêve américain : parti de rien, il a franchi tous les obstacles grâce à son extraordinaire vitalité qui en a fait le symbole même du héro indomptable.
Un journaliste avait demandé à Kirk Douglas comment celui-ci pouvait expliquer que certains de ses anciens partenaires à l’écran aient raté leur carrière. « Parce qu’ils manquaient de fougue » avait instantanément répondu le héros de La Captive aux Yeux Claires d’Howard Hawks. Telle une évidence, le terme employé par l’une des plus grandes stars de l’histoire résume exactement ce qui le distingue: une énergie dévastatrice.

Cet appétit de vie vorace lui aura permis de venir à bout de mille embuches comme il le raconte lui-même dans son autobiographie Le fils du chiffonnier. Né Issur Danielovitch en 1916, il eut une enfance miséreuse dans l’état de New York. Fils d’un immigré juif, ayant fui la Russie, il est victime d’attaques antisémites répétées. Il se forge ainsi un caractère combattif en affrontant ses ennemis, en enchaînant les petits boulots et en devenant champion universitaire de lutte, un sport qui résume la façon dont il aborde l’existence.  A cause de ses origines, il a souvent dû changer de nom et devient enfin Kirk Douglas après avoir décidé lui-même de sa vocation.

Lorsqu’il rentre enfin à l’Académie d’Art Dramatique, ses profs lui assurent qu’il n’est pas fait pour ce métier. Il veut leur donner tort. Une apprentie actrice nommée Lauren Bacall lui obtient divers rôles au théâtre et au cinéma, notamment dans L’Emprise du Crime de Lewis Milestone. Il tourne ensuite dans une œuvre culte: La Griffe du Passé de Jacques Tourneur, au coté de Robert Mitchum. Il y interprète déjà un de ces salauds mémorables dont l’agressivité semble émaner d’un caractère instable. Son premier triomphe, il l’obtient dans un rôle qui lui va comme un gant : celui d’un boxeur incorruptible dans Le Champion de Mark Robson.

Quand il joue le producteur peu scrupuleux dans Les Ensorcelés de Vincente Minnelli, même ses ennemis finissent par se ranger à ses cotés tant il brille par son panache. Dans La Femme aux Chimères de Michael Curtiz, il est un trompettiste que personne n’arrive à empêcher de jouer. Nul mieux que lui n’a incarné le héros dont la société ne cherche à étouffer l’élan vital. Quand il frustre son énergie, elle finit toujours par exploser violemment comme dans L’Homme qui n’a pas d’Étoiles de King Vidor. Il ne fait rien à moitié : il s’immergea si bien dans son rôle pour La Vie Passionnée de Vincent Van Gogh qu’il mit du temps à en sortir.

A la fin des années 50, au sommet de sa popularité, il enchaîne les rôles physiques où il confère à des surhommes certaines faiblesses humaines comme dans Les Vikings de Richard Fleischer et surtout Spartacus de Stanley Kubrick, un péplum politisé qu’il produisit lui-même. Ces engagements en tant que producteur vont de pair avec ses convictions de démocrate : il ne se fourvoie pas durant la Chasse aux Sorcières et confie plusieurs scénarios, dont son film préféré Seuls sont les Indomptés de David Miller, au dramaturge Dalton Trumbo, alors sur liste noire. Aucune force politique ne peut l’arrêter. Il incarne un arriviste que rien ne peut stopper dans Le Gouffre aux Chimères de Billy Wilder. Il propose Les Sentiers de la Gloire à Stanley Kubrick, un pamphlet contre  l’aveuglement militaire en 1917 qui fut interdit en France. Elia Kazan en fait son double torturé dans L’Arrangement. Il retrouve Joseph Mankiewicz, avec qui il avait tourné Chaines Conjugales au début de sa carrière, pour un western euphorique : Le Reptile au coté d’Henry Fonda. Dans ce film trop méconnu, Mankiewicz inverse ingénieusement les rôles pour exalter les qualités des deux stars : Fonda est un homme élégant mais retors, Douglas un bandit sympathique.

Malgré les innombrables rôles qui lui ont valu d’être placé parmi les 20 plus grandes stars de tous les temps, il n’a jamais reçu d’Oscars. Si depuis trente ans, on le couvre néanmoins de récompenses, on lui a souvent reproché son jeu excessif. Alors que cette  passion, cette fougue lui aura permis de devenir une icône de l’insoumission qui allait inspirer les cinéastes du Nouvel Hollywood, dont Brian de Palma avec qui il tourne Fury un film d’horreur bariolé avec John Cassavetes.

Mais sa carrière décline à mesure qu’il vieillit. En 1986, il fait l’un de ses derniers tours de piste dans Coup Double au coté de son vieil ami Burt Lancaster avec qui il a joué dans de nombreux films, dont El Perdido un western pro indien de Robert Aldrich.

Après divers ennuis de santé, il arrête le cinéma comme si la vie lui avait ordonné de se calmer. En fait, il continue de se battre en s’occupant de sa fondation pour enfants inadaptés. Cette rage de vaincre, il l’a transmise à son premier fils Michael Douglas qui, s’il n’a pas une aussi profonde fossette au menton, lui aura permis de se réincarner pour poursuivre sa course infatigable.


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