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Le cinéma indépendant s’émancipe grâce à Internet. Quelle place pour la salle ?

Publié le 14 avril 2012 par Monartiste

Le cinéma indépendant s’émancipe grâce à Internet. Quelle place pour la salle ?

Bartosch SALMANSKI

Le grand défi du cinéma à l’ère du numérique demeure l’adaptation de la chronologie des médias. Si la place de la salle de cinéma n’est pas encore remise en cause, le cinéma « indie » doit perpétuellement se battre pour exister et réussir à être distribué.

Laisser une place pour un certain cinéma

Je reprends ici le constat fait dans un article des inrocks, qui date un peu, mais qui met bien en perspective les difficultés que peut connaître le cinéma indépendant (ou dit d’auteur).

La fréquentation des salles a été exceptionnelle en 2010. Mais pour qui ? A qui profite cette année exceptionnelle ?

Il est évidemment pas question ici d’être catastrophique, on peut clairement se réjouir du nombre d’entrées dans les salles en 2010 et ( la tendance s’est confirmé une nouvelle fois en 2011), tout de même 206, 5 millions d’entrées. Le téléchargement n’a pas encore eu raison de la salle obscure. Les gens continuent à se déplacer d’une manière rituelle, malgré la possibilité qu’ils ont de le télécharger et de regarder le film dans son canapé. Et quoi qu’on en dise, c’est une tendance de fond, la fréquentation est en hausse depuis 2007. Certains y voient  » l’effet crise « , les gens vont au cinéma, pour se changer les idées, n’ont plus les moyens de partir en week-end, d’autres y voient aussi le résultat d’une forme de démocratisation de la culture, les gens voyant plus de films grâce au téléchargement, ont aussi peut-être envie de voir les films qu’ils considèrent de qualité dans de bonnes conditions.

Car pour beaucoup d’exploitant indépendant, comme Stéphane Goudet, directeur du cinéma Georges-Méliès à Montreuil, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt, en effet il dénonce dans l’article « l’extraordinaire concentration des entrées sur quelques films et quelques salles. »

Même si depuis fort longtemps, aucun carton sort du lot comme a pu l’être Bienvenue chez les Chtis en 2008, en effet 15 films dépassent les trois millions, aucun à plus de 6 millions, Harry potter restant le film le plus vu.

L’inquiétude se fait ressentir chez les cinéastes et les producteurs indépendant, face au fossé qui se creuse chaque année davantage entre les quelques champions du box office à la puissance commerciale presque sans limite et la marée de films qui ne trouvent ni public et parfois même de salles. Grand sujet de préoccupation pour les professionnels, comment réussir, si l’on a même pas accès aux salles.

Un chiffre cristallise leur inquiétude 40 % des films qui sortent en France réunissent moins de 20 000 spectateurs et 60 % recueillent moins de 100 000 entrées. En Espagne ce constat est d’autant plus alarmant, 40 % des films espagnols qui sortent chaque année n’arrivent pas à atteindre les 2000 spectateurs.

Leur inquiétude n’est pas tant la concurrence croissante entre les films, vingt films peuvent sortir en même temps un mercredi, mais la situation de quasi monopole des grands groupes d’exploitation et leur pouvoir dictatorial de vie ou de mort après une semaine de projection du film. UGC, EuroPalaces (Gaumont/Pathé) et MK2 réalisent 90 % des entrées en France. Il suffit que les trois programmateurs ne veuillent pas du film, pour qu’ils finissent aux oubliettes. La logique commerciale trouvera un nouvel atout de taille avec l’apport du numérique, qui leur permettra de changer la programmation en un clic.

La réponse est  peut-être là…elle ne profite pas à tout le monde ?

Internet offre un nouveau souffle et un nouvel espace pour le cinéma indépendant

Faute de distributeur, de nombreux réalisateurs choisissent de bousculer la chronologie des médias pour diffuser leur film sur internet et laisser aux internautes la possibilité de le voir.

Internet offre un espace pour tous les films.

En 2008, Mathieu Kassovitz et Augustin Legrand, eux aussi en panne de distributeur pour Les Enfants de Don Quichotte, mettent le film sur Dailymotion : 500 000 clics prouvent que le documentaire a un public. Et le long-métrage de connaître finalement une sortie en salles.

Mais cette fameuse sortie en salles, qui confère au cinéma toute sa noblesse, ne devient-elle pas un accessoire de luxe ? Des quelque 240 longs-métrages distribués chaque année, moins de la moitié sont rentabilisés sur grand écran. Alors certains pensent au petit. Celui de l’ordinateur. Eric Atlan, producteur desDémons de Jésus, vient de réaliser et produire Mortem, thriller métaphysique d’un coût de 500 000 euros qui verra le jour sur le Net en janvier 2012 et, en même temps, dans un ou deux cinémas. « La salle est devenue un outil de promotion, mais n’est plus une source de profits, sauf pour une petite poignée de films. » Atlan a mis au point une stratégie. Depuis début 2011, Mortem écume les festivals du monde entier et accumule les prix : meilleur scénario à Los Angeles, meilleur film à Mexico et à Honolulu… Fort de cette bonne réputation, le long-métrage pourra être téléchargé pour 1 ou 2 euros. Et, pourquoi pas, à l’étranger, être vendu clefs en main à un annonceur qui, après l’avoir estampillé, se chargera de le diffuser sur la Toile ? Pour certains, ce sera un sacrilège. Pour d’autres, un moyen de rentabiliser leur création. L’éternel paradoxe de l’art et de l’industrie.

Les salles seraient-elles vouées à disparaître ? Une chose est sûre, à force de vouloir se protéger, l’industrie cinéma risque de s’enfermer dans son tombeau, chose que l’industrie de la musique commence à peine à le réaliser.

Pour autant, non, la salle ne doit pas disparaître, c’est un lieu de rencontre.

Internet peut être l’endroit où chaque film peut rencontrer l’ensemble de son public. Mais ça ne veut pas dire qu’Internet est le lieu où un film qui ne suscite pas le désir dans le monde analogique va trouver un public: sur Internet, la logique de marché est encore plus poussé. Chaque mercredi, c’est comme une sortie de tranchée: quinze films sortent de la tranchée, trois ont la possibilité de faire trois pas et un seul arrive vivant au bout. Cette loterie sauvage structure le film de cinéma. Si on touche à ça, on va faire de la salle de cinéma une chaîne de télévision hors de chez vous. Le cinéma est un événement social, avec des rendez-vous, singulier, irrationnel, mais c’est ce qui fait la différence de l’expérience du cinéma dans le salon ou en salle.

Même si l’avenir du cinéma se situe sur internet. Tous les réalisateurs indépendants seraient d’accord pour préserver la salle. Le cinéma, c’est un lien social, c’est une sortie, un effort. Mais l’expérience est très différente: ce n’est pas la même chose de voir une comédie dans son salon et de rire ensemble à 200 dans une salle. Et même pour un film plus difficile: si je suis dans mon salon, la question est vite réglée: je zappe. Dans une salle, je fais l’effort.

L’avenir est dans la valeur ajoutée, l’expérience avec le transmédia.

Les spectateurs sont toujours plus avides d’expériences et veulent en avoir pour leur argent, il faut leur offrir de la valeur ajoutée. A nous de travailler dur sur la relation unique qui nous lie à eux pour conserver leur attention et bâtir une relation sur le long terme (une niche). Nous pouvons penser que plus cette relation sera forte, plus l’accès à du contenu sera facile, moins il y aura du piratage. Les récits transmedia, effectuant des rebonds d’un écran à l’autre ( Dark night, le projet Blair Witch) et intégrant la multiplicité des écrans comme terrain de jeu pour l’auteur et le spectateur, sont de précieux remparts à la ringardisation du support de l’oeuvre. « Pirater une œuvre transmédia » n’a pas de sens, d’une part car seul un écran à la fois est « piratable », et d’autre part car ce nouveau genre d’œuvre se vit ou « s’expérimente » plutôt qu’il ne se regarde.

Les programmes transmedia répondent à deux obligations : aller chercher une audience là où elle est, et lui fournir une expérience riche et multitâche, adaptée à son comportement. On peut parler d’un divertissement plus “interactif”. Le public ne souhaite plus uniquement être spectateur, mais aussi acteur, il ne souhaite plus vivre une expérience, qu’il pourrait vivre devant sa télévision.

Comment pourrait-il en être autrement, comment le (jeune) public pourrait-il se contenter d’un divertissement qu’il peut télécharger gratuitement, il s’agit de leur offrir quelque chose qu’ils ne peuvent pas copier. Quelque chose d’authentique. Une vraie expérience, qui leur donne envie de payer. Le plus bel exemple pour moi est une nouvelle fois la « Cosmonaut expérience ». Le premier étage de la fusée de lancement du film le cosmonaute.

L’objectif de Riot Cinéma Collective est de concentrer l’énergie et l’enthousiasme en un seul événement. Une grande fête qui rendra ce moment unique et inoubliable. Il est prévu pour la sortie mondiale à Madrid une diffusion en compagnie de plusieurs milliers de spectateurs. Evidemment cela ne s’arrête pas là, mais pour découvrir l’ensemble de cette stratégie très riche, le plan de diffusion est disponible en téléchargement sur le blog du film.

En offrant aussi la possibilité de la cocréation aux internautes, on découvre aussi la volonté de créer une communauté créative collaborative pour favoriser, l’échange avec le public et entre les membres du public (voir communauté Iron Sky). Ses producteurs s’appuient totalement sur le récit transmédia. Ils ont imaginé pour compléter leur univers narratif à l’humour grinçant un prologue en trois bandes dessinées, qui seront disponibles avant le film, ainsi qu’un roman graphique relatant toute l’histoire d’Iron Sky. Sans oublier l’outil incontournable de la stratégie transmédia, le jeu vidéo. (pour mieux connaître ce projet vraiment enthousiasmant, je vous invite à lire cet article complet du transmédia Lab ou d’aller évidemment sur le site du film.) En laissant une partie de leur autorité, ils favorisent l’implication du public pour favoriser la promotion. Les chaines classiques ont en France une obligation de financer la création cinématographique (Canal + essentiellement). Mais leur capacité d’investissement se réduit toujours plus.  D’où notre obligation à faire preuve de créativité, trouver d’autres sources de financement, ne pas avoir peur de les rassembler

Le storystelling : Double voie l’intégration du spectateur dans le récit et l’attractivité du projet

Extrait d’un article de Pierre Olivier Leurent

L’art de raconter des histoires authentiques (ou storytelling) autour de la marque est un élément clé sous-exploité actuellement dans la communication des entreprises en marketing digital. Grâce à un site internet, un blog, une page marque de réseaux sociaux tels que Facebook ou LinkedIn, on peut mettre en valeur l’histoire et une success story d’une entreprise. On peut ainsi construire, rassembler des communautés en ligne et augmenter l’impact de sa marque autour du storytelling. 

John Sadowsky, dans sa thèse de doctorat, en arrivait à la conclusion que « les plus puissantes et stimulantes formes de communications sont basées sur des histoires ». Il décrit dans son récent livre : Email, social marketing and the art of storytelling que les plus grands leaders utilisent leur expérience de vie pour en faire des histoires personnelles qu’ils utilisent pour enseigner, motiver ou influencer les autres individus. Mais ce n’est pas uniquement réservé aux grands de ce monde, mais peut être aussi employé dans différents contextes (pro ou perso). 


Pourquoi raconter des histoires ? 

Les histoires sont universelles, compréhensibles par tous et facilement transmissibles. Les récits donnent la possibilité de mieux déterminer qui nous sommes et notre signification dans ce monde. Elles sont nées avec la naissance de l’humanité. De même notre esprit fonctionne de manière narrative : nous classons les personnes, les objets, les faits… selon les histoires et les souvenirs que nous nous sommes forgés. 

Les histoires définissent une communauté qui se retrouve autour de valeurs et d’une identité commune. Les contes et légendes racontées autrefois étaient un moyen puissant de transcender les différences des peuples et même de les unir pour des causes. La religion, par exemple, a utilisé la narration pour transmettre ses idées et des faits aux peuples. 

Ces histoires déterminent et définissent hier et aujourd’hui notre comportement et nos habitudes. Comment ? Parce qu’elles sont dites et répétées aux membres de la communauté et ont tendance à nous influencer de manière plus ou moins forte. Cela se fait au niveau de la communauté, qu’elle soit réelle et avérée ou virtuelle dans le cas de Facebook, où les anecdotes racontées construisent les individus et leurs relations qui en font partie. 

Alors que l’individu est saturé de messages publicitaires (plus de 3 000 sont ainsi perçus par jour) et de produits dont les caractéristiques sont devenues de plus en plus proches, il apparaît difficile pour lui de faire un choix. Le communiquant souhaite alors que des notions plus abstraites telles que l’imaginaire, la sympathie, le plaisir, … prennent le pas sur la raison dans l’acte d’achat d’un bien ou d’un service. 


Comment fonctionne la « communication via le storytelling »?

Le storystelling pour El cosmonauta.

Je l’ai déjà mis en avant précédemment el cosmonauta Dans un monde aussi concurrentiel que le cinéma, libérer le contenu de leur film leur donne un atout marketing non négligeable. Sans cette volonté initiale de se démarquer, El Cosmonauta n’aurait peut-être pas vu le jour, il aurait été considéré comme un autre projet de cinéastes indépendants. De cette façon, en faisant appel aux internautes, en créant une communauté autour de celui-ci et en le diffusant avec une Licence Créative Commons, il est clair que le projet devient beaucoup plus attractif pour les médias.

Les deux ressorts essentiels qui donnent envie de soutenir ce projet :

  • donner la possibilité aux internautes et en particulier aux jeunes la possibilité de soutenir un projet innovant, n’hésitant pas aller à contre courant et à l’encontre du corporatisme et des lois mettant en péril les libertés individuelles des internautes comme la loi scinde
  • .  Soutenir le changement et la volonté de prendre son indépendance pour  bénéficier de plus de liberté. Libérer le contenu s’inscrit dans cette dynamique démontrant que l’important est non seulement de réaliser une œuvre, mais aussi de démontrer qu’une autre voie est possible.



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