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Margin Call : un huit-clos intense et crépusculaire sur la finance mondiale

Par Alyette15 @Alyette1

Premier film du réalisateur J. C. CHANDOR, MARGIN CALL est la surprise cinéma de ce mois de mai pas si joli que ça. Loin des poncifs d’un Wall Street lifté ou des égarements financiers d’un Ewan McGregor en courtier sur-vitaminé, MARGIN CALL est une immersion couleur mâchefer dans le petit monde surpuissant de la finance , de celle qui laissa sur le carreau des millions de foyers engloutis sous les subprimes.

Pas de grosse machinerie ou ficelles démagogiques pour ce premier film qui fait l’effet d’un uppercut en gants blancs et vous laisse dans le cœur un arrière-gout de cynisme. Avec peu de moyens mais beaucoup de finesse ce jeune réalisateur,  fils de Trader, décomplexe son Œdipe en nous proposant un huit clos financier dans les bureaux design de la Firme qui n’est pas sans évoquer celle de Lehman Brothers. Il est ici question d’une Team de traders et autres nababs vaniteux de la courbe, jouant sans vergogne avec des produits financiers pour certains toxiques, qui  en l’espace d’une nuit  de l’année 2008 vont assister impuissants à l’écroulement d’un Eden ignoré du commun des mortels.

Tout part d’une clé USB laissée entre les mains d’une jeune recrue par un certain Eric Dale, remercié manu militari après plusieurs années au service de la firme. Dans cette clé USB une bombe à retardement : un calcul aussi savant qu’erroné qui va provoquer l’holocauste moral et financier dont nous payons encore aujourd’hui le prix. Branle-bas de combat dans les bureaux de la Firme avec vue sur un Manhattan qui ne veut jamais cesser de briller. Toute la hiérarchie est convoquée pour éviter la faillite y compris le grand manitou qui débarque tel un général en chef de la grande armée des millions.

Ce petit monde à la Bret Easton Ellis rasé de près et le cheveu gominé frôle le Burn out en s’imaginant privé des bonus indécents leur permettant de se ravitailler en costumes trois pièces, call girls et restaurants. Du directeur au jeune courtier surdiplômé, toute la fine équipe va suivre au pas les consignes du boss qui tel un Confucius du business fait sienne l’idéologie : « être le premier, le meilleur, ou tricher, mais surtout être le premier ». Pas de morale au pays du billet vert devenu le grand ordonnateur d’un système auquel personne ne comprend rien, y compris ceux qui le génèrent.

Œuvre Orwellienne qui fait froid dans le dos, MARGIN CALL est aussi l’occasion de retrouver les comédiens  un peu boudés que sont : Kevin Spacey, Jérémie Irons ou encore Demi Moore. Patibulaires aux mâchoires crispées ils composent à merveille ces personnages dépourvus d’affects qui à défaut de pleurer sur la vie des hommes qu’ils condamnent à la pauvreté, pleurent sur le cancer de leur chien, les stock-options qu’ils ne pourront plus engranger pour maintenir à flots leur standing. Dans ce monde, pas question de faire des économies. On claque, on frime, on conduit vite et à cinquante ans on se retrouve nu comme un ver tout juste propriétaire de sa maison.

Au-delà de la perfection de son interprétation, MARGIN CALL est surtout un grand film politique qui sans complaisance nous dépeint les ficelles des vieux et jeunes briscards de Wall Street et la faillite idéologique de leur schéma de pensée. Avec ce long métrage tendance mea-culpa, J.C  CHANDOR nous livre là une œuvre crépusculaire sur la nature humaine qui se verra tôt ou tard contrainte d’enterrer six pieds sous terre les illusions de l’ultra capitalisme pour que fleurisse un nouvel idéal.

Alors, sans hésiter, précipitez-vous dans les salles obscures pour voir ce film malin et désabusé qui en dit long sur l’indignation que suscitent  aujourd’hui les procédés indignes d’une certaine finance.


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